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L’itinérance, un problème croissant pour la Ville de Moncton

Plusieurs tentes les unes à côté des autres sur un chemin de terre.

Quelques dizaines de sans-abri ont érigé un campement de fortune au centre-ville de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

Radio-Canada

L’itinérance s'aggrave dans le Grand Moncton, selon les intervenants du programme ReBrancher du YMCA. Jusqu'à 120 personnes dormaient dans la rue l’été dernier dans la région et ils sont 127 cette année. Ils constituent plus de la moitié des sans-abri au Nouveau-Brunswick.

Par ailleurs, les intervenants ne dénombrent que ce qu’ils peuvent constater. Les données n’incluent pas les sans-abri en périphérie du centre urbain, ou ceux qui n’utilisent pas les services offerts. 

Nous avons aussi une grande population de femmes et d’enfants qui font du couchsurfing, c’est-à-dire qui sont hébergés ici et là chez des connaissances. C’est très difficile de les trouver et de les compter, à moins qu’ils utilisent des services, explique Lisa Ryan, du programme ReBrancher. 

L’ouverture d’un nouveau refuge reportée

Dans les trois grands centres de la province, Moncton, Fredericton et Saint-Jean, les organismes comptent au total 230 personnes sans-abri. Encore là, il ne s’agit que de l’itinérance « visible ».

Nous n’avons pas assez de lits dans les refuges pour accommoder tous les individus qui vivent dans la rue, souligne Mme Ryan. Il n’en resterait qu’une trentaine dans la province.

Moncton attend toujours l’ouverture d’un troisième refuge prévu en novembre, car les deux organismes existants, la Maison Nazareth et Harvest House, n’ont que 60 lits et ne peuvent répondre à la croissance de la demande. 

À Moncton, des personnes itinérantes sont rassemblées depuis des mois dans un campement de fortune surnommé « Tent City ». La Ville comptait beaucoup sur le nouveau refuge de 120 lits de la Maison Nazareth, mais des obstacles imprévus retardent l’ouverture qui devait avoir lieu le 1er août et qui a été reportée en fin d’année dans un ancien gymnase de la rue Albert. 

« Tent City » : les coût du démantèlement

Des documents obtenus par Radio-Canada en vertu de la Loi sur le droit à l'information indiquent que la Ville de Moncton a déboursé au moins 2700 $ pour nettoyer un campement de sans-abri dans son territoire à l’automne 2018.

La Municipalité avait dû faire venir au dernier moment trois camions-remorques et une excavatrice, qui s’ajoutaient à cinq autres camions.

La Ville dit évaluer ses options au sujet du campement actuel, érigé à l’endroit où l’on doit bientôt commencer à construire le nouveau poste de la Gendarmerie royale du Canada. Entre temps, Moncton doit payer l’éclairage temporaire et des agents de sécurité.

Je dirais qu'on est mieux coordonnés qu'on ne l’était l'année dernière, remarque la conseillère municipale Paulette Thériault.

Elle fait néanmoins valoir toute la complexité de la situation. Comment gérer tout ça? Pas seulement les gens qui sont dans la rue - parce qu'il faut les protéger, ces gens-là, mais il faut aussi gérer toutes les inquiétudes du public.

Dans les documents, on note que la Ville a reçu des dizaines de plaintes de résidents.

La bonne approche ?

Un refuge pour sans-abri n’est qu’une infime partie de la solution à l’itinérance, selon l’intervenante Lisa Ryan, du programme ReBrancher du YMCA. Il faut aussi des services de soins de santé et d’accompagnement, le tout intégré dans une stratégie à long terme qui comprend des solutions de logement abordable

Le refuge seul ne réglera pas les problèmes d’itinérance. Offrir des services en dépendance, en santé mentale et autres n’effacera pas l’itinérance, dit-elle. Des solutions de logements abordables sont nécessaires pour résoudre le problème de l’itinérance.

Le programme ReBrancher affirme avoir aidé 126 personnes depuis 2006 à sortir de la rue en leur trouvant un logement abordable. Or, il n’y aurait plus de logements du genre disponibles dans la région de Moncton. 

Selon Matthew Pearce, président et chef de la direction de l'organisme Mission Old Brewery à Montréal, si l'on ne fait que soulager la misère des personnes en situation d'itinérance sans les aider à sortir de la rue, on est plus partie du problème qu'on est partie de la solution.

Il faut qu'il y ait les programmes qui aident les personnes qui sont en situation d'itinérance à ne plus l'être. Donc, à sortir de cet état. Tous les programmes et les services doivent être dirigés vers ce but, affirme M. Pearce. Même le service de repas ne doit pas être la fourchette, la cuillère, on mange et on quitte; on doit participer à un programme pour pouvoir avoir accès à ces repas. Comme ça, la personne s'engage.

Avec les renseignements de Margaud Castadère, Patrick Lacelle et Jean-Philippe Hughes

Nouveau-Brunswick

Pauvreté