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Entre soulagement et trahison, le nouveau programme d'éducation sexuelle fait réagir

Les explications de Normand Grondin

Photo : iStock

Radio-Canada

Le programme d'éducation sexuelle révisé du gouvernement de l'Ontario montre que le gouvernement Ford fait marche arrière après avoir abandonné le curriculum que le précédent gouvernement libéral avait révisé en 2015. Entre soupir de soulagement pour les uns, impression de temps perdu ou de trahison pour les autres, le nouveau programme ne laisse pas indifférent.

Le nouveau curriculum de l’Ontario, dévoilé mercredi, est presque une copie conforme du programme d’éducation sexuelle proposé par le gouvernement libéral en 2015, de quoi soulager certains qui déploraient que les élèves aient reçu, pendant un an, un enseignement datant de 1998.

La directrice de l'éducation du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario, Édith Dumont, s’est dite ainsi satisfaite du nouveau programme.

On se réjouit que ça sorte avant la rentrée. On semble avoir capturé les sujets qui nous préoccupaient, comme la cybersécurité, les relations basées sur le consentement.

Une femme dans la rue parle en entrevue.

Amanda Jetté-Knox estime que l'identité de genre devrait être enseignée plus tôt.

Photo : Radio-Canada

La mère d'un enfant trans, Amanda Jetté-Knox, confie avoir des sentiments partagés vis-à-vis du nouveau programme, car bien qu'il conserve l'orientation sexuelle et l'identité de genre, il aborde cette dernière uniquement en 8e année. Maintenant que c'est repoussé en 8e année, c'est comme si nous recommençons à zéro.

En tant que personne ayant un enfant trans et un partenaire trans, j'aurais vraiment aimé voir cela [enseigné] plus tôt.

Amanda Jetté-Knox, mère d'un enfant trans

Les enfants trans existent et les gens doivent le savoir. Ma fille a été victime d'intimidation à l'école lorsqu'elle est devenue trans, c'était en 6e année. Beaucoup d'enfants ne savaient pas ce que signifiait être trans, alors ils se sont moqués d’elle, ils l'ont harcelée, nous avons dû la sortir [de l’école], raconte-t-elle.

Une « trahison » pour la droite catholique

Hanna Kepka, responsable des relations avec le gouvernement pour la Coalition nationale pour la vie, estime que le nouveau programme est une trahison de la part de la province qui n’a pas respecté ses promesses, selon elle.

Une femme dans la rue parle en entrevue.

La militante Hanna Kepka affirme qu'elle défend une « vision chrétienne du monde ».

Photo : Radio-Canada

Les identités de genre doivent être complètement retirées du programme.

Hanna Kepka, responsable des relations avec le gouvernement pour la Coalition nationale pour la vie

Cela signifie que je dois envoyer mes enfants dans une école privée, ce qui constitue un très grave désavantage financier pour ma famille, dit-elle.

Comme pour l'ancien programme mis en place en 2015, les parents pourront continuer à retirer leur enfant du cours d'éducation sexuelle s'ils le désirent. Toutefois, la militante note que d'autres cours obligatoires du programme abordent ces notions.

Des incohérences

L’éducatrice en santé sexuelle Lyba Spring déplore que l’intimidation soit abordée seulement en 3e année, soit avant l’orientation sexuelle (5e année). Ça n’a pas de sens, estime-t-elle. L'intimidation, c’est aussi de l’homophobie, de la transphobie, du sexisme. Comment parler de l’orientation sexuelle si tard alors qu'on parle d’intimidation beaucoup plus tôt?

Lyba Spring critique aussi que le nouveau programme, tout comme le précédent, aborde les menstruations en 5e année alors que les filles peuvent avoir leurs règles plus jeunes, dès 9 ans indique-t-elle.

Une femme sur un plateau de télévision.

« Je suis déçue qu’il ait fallu tant de temps avant de produire ce document qui n'est d’ailleurs pas tant différent des révisions qui ont été faites en 2015 », déplore Lyba Spring.

Photo : Radio-Canada

Un an de perdu

Le nouveau curriculum de l'Ontario est si semblable à celui du gouvernement libéral précédent qu'il suscite la grogne du côté de l’opposition.

Les enfants de cette province ont perdu la dernière année d'études en suivant un programme d'éducation pour la santé et l'éducation physique qui datait de 20 ans, a déploré la porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario en matière d’éducation, Marit Stiles.

Nous avons donc eu toute une année de perdue. Des enfants de cette province n’auront pas pu parler de questions très importantes telles que la cyberintimidation, le consentement, l'identité de genre.

Marit Stiles, porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario en matière d’éducation

Par ailleurs, le gouvernement ontarien se targue d’avoir organisé la plus vaste consultation jamais menée par l'Ontario sur le système d'éducation, au coût d’un peu moins d’un million de dollars. Un gaspillage de temps et d’argent, selon le NPD, qui souligne les similarités avec le programme du gouvernement libéral.

Marit Stiles s'exprime au micro du studio des médias de l'assemblée législative de l'Ontario.

Marit Stiles est députée NPD de Davenport.

Photo : Studio des médias de Queen's Park

Il a dépensé 1 million de dollars pour un sondage en ligne, uniquement pour publier un nouveau programme d’études qui n’a pratiquement pas changé par rapport au programme d’éducation sexuelle de 2015. Et pourquoi? Pour qu’il puisse se vanter auprès des conservateurs sociaux aux dépens de nos enfants?, a-t-elle rétorqué.

De son côté, le chef intérimaire du Parti libéral de l'Ontario, John Fraser, a dénoncé les motivations politiques qui auraient poussé le gouvernement progressiste-conservateur à abandonner le programme libéral.

Doug Ford a révoqué ce programme pour une raison purement politique. C'est une mauvaise chose pour les enfants. Il a créé l'instabilité dans les écoles et beaucoup de conflits non nécessaires, estime-t-il.

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