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Difficile pour l’armée de détecter des tendances suprémacistes chez ses membres

Des recrues de l'armée dans une salle de classe.

Rémy Landry estime qu’il est plus facile de repérer des tendances à l’extrémisme dans la première année de service d’une recrue.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Pepin

Sylviane Lanthier
Chantallya Louis

Au moment où les Forces armées canadiennes (FAC) enquêtent sur Patrik Mathews, un réserviste de Winnipeg soupçonné d’être lié à un groupe haineux, l’ancien lieutenant-colonel Rémi Landry affirme qu’il n’est pas facile pour l’armée de repérer les individus radicalisés qui se trouvent dans ses rangs.

Rémi Landry, qui est maintenant professeur associé à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, fait remarquer que d’autres incidents se sont produits au sein des forces armées. Il les explique par la montée de la droite et la radicalisation, en rapport avec le recrutement fait par le groupe armé État islamique.

La profession de militaire semble être un bon terreau pour des organisations qui recrutent des membres ayant une expérience en leadership et des compétences dans le maniement des armes.

Rémi Landry, professeur associé à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke

Déceler ces tendances chez les membres du personnel reste difficile, dit Rémi Landry : Tout dépend de leur environnement, de leurs connaissances, des antécédents familiaux et culturels. Certains, de par leur personnalité, sont plus influençables et peuvent être radicalisés plus facilement que d’autres. Il n'y a pas de test pour évaluer si les gens ont reçu une éducation qui représente [les valeurs des FAC.]

Rémi Landry, professeur à l'Université de Sherbrooke et retraité des Forces canadiennes.

Rémi Landry, professeur à l'Université de Sherbrooke et retraité des Forces canadiennes

Photo : Radio-Canada

Le point de vue d'un ancien suprémaciste

Dans une entrevue à la radio de CBC, Tony McAleer, un ancien suprémaciste repenti, estime lui aussi que l’armée n’est pas équipée pour déceler la radicalisation chez ses recrues.

Il a lui-même dans le passé recruté des membres pour des organisations suprémacistes.

Je les encourageais à se joindre aux forces armées quand je faisais du recrutement, explique-t-il. Mes conseils étaient : garde la tête baissée, ne porte pas de tatouage, va faire ta formation de maniement d’armes à feu et n’attire pas l’attention sur toi.

Tony McAleer est le cofondateur de Life After Hate, un organisme qui aide les personnes à quitter des groupes haineux, en particulier des groupes de suprémacistes blancs. S’il avait un conseil à donner aux forces armées, ce serait de rester attentives aux personnes en uniforme qui changent de rang et qui obtiennent des promotions.

Rémi Landry estime pour sa part qu’il est plus facile de repérer des tendances à l’extrémisme dans la première année de service d’une recrue, au moment où elle est suivie de plus près par les instructeurs.

Une enquête sur Patrik Mathews

Mardi, l’armée a confirmé avoir ouvert une enquête sur le caporal-chef Patrik Mathews, qui pourrait être lié au groupe haineux The Base.

Un homme devant une maison.

Patrik Mathews, soupçonné d'être lié à un groupe haineux, a été vu devant sa maison de Beauséjour mardi. La GRC a perquisitionné cette maison et y a saisi des armes lundi soir.

Photo : Radio-Canada / Gary Solilak

Patrik Mathews, un réserviste de 26 ans, n’a pas été appelé au travail depuis le mois de mai et ne le sera pas d’ici septembre, a expliqué la commandante du 38e Groupe-brigade du Canada, la colonelle Gwen Bourque. Il reste pour le moment membre des FAC, mais, si l’enquête montre qu’il ne s’est pas conformé au code de conduite, à l’éthique et aux valeurs de l’armée, il pourrait faire face à des sanctions qui pourraient aller jusqu’à son renvoi.

Le lieutenant-général Wayne Eyre, qui prenait hier les commandes de l’Armée canadienne, affirmait que les FAC n’ont aucune tolérance face à ceux qui ne respectent pas les valeurs de l’armée et du pays, mais admettait que l’armée canadienne ne peut affirmer qu’aucun autre de ses membres n’adhère à des groupes haineux.

Le ministère de la Défense nationale réagit

Pour Rémi Landry, si cette problématique est présente dans l’armée, le phénomène n’est pas systémique. Il reste cependant suffisamment inquiétant pour inciter le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, à demander une enquête à l’ombudsman militaire du Canada sur le sujet.

L’ombudsman devra enquêter sur la présence du racisme dans les forces canadiennes, et notamment les liens qu'auraient tissés certains militaires avec l’extrême droite suprémaciste.

Selon un rapport récent du programme de renseignements criminels de la police militaire, qui a suivi les incidents liés au racisme et à la suprématie blanche au sein des FAC de 2013 à 2018, des comportements inappropriés ont été constatés chez moins de 1 % des membres des Forces armées canadiennes.

Une affiche collée sur un poteau.

Ces affiches d'un groupe de nationaliste blanc ont été placardées dans les rues de Winnipeg cet été.

Photo : Facebook/Nicolas Audette

Harjit Sajjan n’a pas voulu commenter l’enquête en cours sur Patrik Mathews, mais dénonce les actions haineuses.

Tous les comportements comme celui-ci sont complètement inacceptables dans les Forces armées canadiennes, et nous prenons ça très au sérieux, a déclaré le ministre.

Rémi Landry explique que, si une enquête est ouverte par les FAC, la police militaire et les autres corps policiers collaborent à cette enquête.

Mardi, la GRC a confirmé avoir perquisitionné une maison de Beauséjour lundi soir et y avoir saisi des armes. La GRC ne veut préciser s’il s’agit de la résidence de Patrik Mathews, mais quatre voisins ont confirmé à CBC qu’il s’agissait de sa propriété et que ce dernier y a été vu dans la journée de mardi.

Pour l’instant, Patrik Mathews est suspecté d’appartenir à un groupe haineux, résume Rémi Landry. On laisse sous-entendre que la GRC serait intervenue dans sa maison et y aurait trouvé des armes. Pour l’instant, c’est un suspect.

Les membres des FAC qui sont associés à des groupes haineux, dit-il, peuvent être renvoyés des FAC et deviennent alors des citoyens qui peuvent devoir faire face à la justice.

Avec des informations de CBC

Manitoba

Forces de l'ordre