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L'utilisation de la céramique par les peuples nomades des Laurentides mieux comprise

Un homme tient un morceau de céramique dans ses mains.

Des vestiges de céramique retrouvés dans les Hautes-Laurentides documentent l'usage qu'en faisaient les peuples nomades présents sur le territoire.

Photo : Francis Lamothe

Daniel Blanchette Pelletier

Les premiers habitants qui ont peuplé les Hautes-Laurentides étaient nomades, mais ils auraient intégré à leur mode de vie des technologies alimentaires associées aux peuples sédentaires, montrent des travaux archéologiques menés dans la région.

Les fouilles dans les Laurentides nous étonnent chaque année, confie l’archéologue Karine Taché, aussi professeure au Queens College à New York.

Au fil des ans, son équipe et elle ont mis au jour des morceaux de céramique dans la région de Nominingue, une petite municipalité au nord-ouest de Montréal.

On a surtout l’image de l'utilisation de céramique dans des populations sédentaires qui pratiquent l'agriculture, explique l’archéologue.

Or, les chasseurs-cueilleurs qui occupaient la région il y a jusqu’à 2500 ans utilisaient eux aussi la céramique pour entreposer ou cuire leurs aliments.

Leur alimentation est bien différente, mais ils semblent utiliser une technologie céramique qu’on avait toujours crue fragile, poursuit Karine Taché.

La céramique, c'est un contenant lourd, fragile, que l'on considérait comme plus pratique dans un contexte de sédentarité, mais c’est une technologie qu’on retrouve maintenant dans des populations nomades.

Karine Taché, archéologue

La céramique récoltée dans la région de Nominingue oblige à nuancer la compréhension qu’on avait jusqu’à maintenant de son utilisation par les peuples nomades, selon l’historien Francis Lamothe, qui participe aussi aux fouilles archéologiques.

Une occupation continue du territoire

Des archéologues fouillent un lopin de terre.

Karine Taché et Francis Lamothe sont appuyés par une équipe sur le terrain.

Photo : Karine Taché

Les deux archéologues ont aussi pu confirmer que cette région des Hautes-Laurentides a été occupée de façon continue depuis au moins 2500 ans.

C’est encore la céramique qui a été capable de nous donner cette information, parce que les styles changent à travers le temps, affirme Karine Taché.

Ils ont retrouvé au même endroit des fragments de vases qui datent de 2500 ans et d’autres de 500 ans, une preuve d’occupation multiple étendue dans le temps.

Impossible par contre d'associer les vestiges aux populations qui ont habité la région, comme les Weskarinis, le peuple algonquin qui s’y trouvait à l’arrivée des Européens.

C’est possible que les Weskarinis soient les descendants de ces populations-là d’il y a 2500 ans, mais c’est très difficile à prouver, souligne Karine Taché. Il a pu y avoir du mouvement, des déplacements ou encore des changements de population.

Un morceau de céramique à même le sol.

Des fragments de céramique datant de 500 à 2500 ans ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques menées dans les Hautes-Laurentides.

Photo : Francis Lamothe

L’utilisation de la céramique n’indique pas pour autant que ces habitants, peu importe qui ils étaient, commençaient à se sédentariser ni qu’ils étaient en train d’adopter l’agriculture.

Karine Taché et Francis Lamothe émettent plutôt l’hypothèse que cette technologie a été adoptée à la suite d’échanges avec des peuples sédentaires installés à proximité.

Même si les distances sont là, géographiquement, ils sont entre les Hurons historiques et les Iroquoiens du Saint-Laurent, rappelle Francis Lamothe. Ce voisinage amène une certaine influence qu’on avait peut-être tendance à mettre de côté.

Ces gens-là échangent et se côtoient de façon régulière. Ils n’étaient pas dans l’ignorance de ces technologies et ont trouvé un moyen de les intégrer à leur mode de vie.

Francis Lamothe, historien

Un des vases de céramique retrouvés est d’ailleurs de tradition stylistique huronne.

Les nomades de la région auraient même pu adopter, au fil des observations, des techniques de fabrication pour concevoir eux-mêmes leurs contenants de céramique.

Des rebuts associés à une « fabrication locale » ont d’ailleurs été découverts sur un site où se trouve un talus d’argile presque pur. Des analyses pourraient permettre d’associer la matière à certains morceaux de céramique.

Que mangeaient-ils?

Deux morceaux de céramique.

Légèrement carbonisés, les fragments de céramique montrent que des aliments y ont été cuits.

Photo : Roland Tremblay

Karine Taché a entre-temps soumis 18 échantillons de céramique marqués de dépôts carbonisés à des analyses chimiques pour identifier ce qu’ils ont pu contenir.

Les résultats ont permis de confirmer que les vases ont notamment servi à préparer et à cuire des plantes sauvages, des noix ou encore des viandes et des poissons.

On voit une variabilité au niveau de [la façon dont] la poterie est utilisée, dépendamment d'où on se trouve, souligne l’archéologue.

Mais on n’est pas capable d’arriver à une recette et de dire exactement ce qu’ils cuisinaient.

Karine Taché, archéologue

Certains contenants servaient aussi à entreposer ou à transporter la nourriture, selon les analyses lipidiques.

Des archéologues font du repérage en forêt.

L'été à peine terminé, l'équipe d'archéologues pense déjà à la reprise des fouilles dans un an.

Photo : Karine Taché

Les fouilles archéologiques de cette année ont été menées au cours des deux premières semaines du mois de juillet.

Comme chaque année, Karine Taché et Francis Lamothe analyseront ce qui a été déterré et rédigeront au cours des prochains mois un rapport pour le compte des Gardiens du patrimoine archéologique des Hautes-Laurentides, l’organisme qui chapeaute le projet.

Ils auront aussi à analyser une collection d'artefacts retrouvés dans la région, qui leur a été léguée récemment.

Les objets qui s’y trouvent, selon leurs observations, pourraient reculer l’occupation des Hautes-Laurentides à 6000, voire 7000 ans.

Les deux archéologues retrouveront ce terrain de jeu qui ne cesse de les étonner pour de nouvelles fouilles l’été prochain.

Archéologie

Science