•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'administration Trump veut la détention illimitée d'enfants migrants

Vue aérienne d'un centre de détention où des enfants migrants marchent entre des tentes et suivent le personnel.

La politique de séparation des familles de l'administration Trump a fait l'objet de nombreuses critiques.

Photo : Reuters / Mike Blake

Radio-Canada

Poursuivant sa politique de fermeté face aux sans-papiers, l'administration Trump a annoncé mercredi un nouveau règlement autorisant la détention illimitée des familles qui traversent la frontière illégalement. Les démocrates et des organisations de défense des migrants sont aussitôt montés au front.

Le département de la Sécurité intérieure entend ainsi éliminer la règle limitant à 20 jours le temps passé par les enfants migrants sans papiers en détention, qui avait été établie dans la foulée d’une entente judiciaire connue sous le nom de Flores.

Pour aller de l’avant, l’administration Trump doit donc au préalable obtenir l’autorisation d’un tribunal fédéral.

Les familles seraient détenues dans des centres de détention familiaux, gérés par les services frontaliers et de l'immigration (ICE), jusqu’à ce qu’un juge statue sur leur demande d’asile, un processus qui peut prendre des mois, voire des années.

En conférence de presse, le secrétaire par intérim à la Sécurité intérieure, Kevin McAleenan, a déclaré que la nouvelle mesure restaurerait l’intégrité du système d’immigration et éliminerait l’une des causes alimentant le flux sans précédent de familles et de mineurs d’Amérique centrale qui traversent illégalement nos frontières.

Selon l’administration Trump, les migrants misent sur l'espoir d'être relâchés rapidement après leur arrestation s'ils sont avec des enfants et de rester ainsi aux États-Unis.

Aucun enfant ne devrait être un pion. Ou, comme me l'a dit un homme au Guatemala, ''un passeport pour les États-Unis''.

Kevin McAleenan, secrétaire par intérim à la Sécurité intérieure

L’administration a présenté sa nouvelle règle comme une mesure permettant de protéger les migrants mineurs et a assuré qu'elle suivrait des normes sévères quant à la qualité des soins qui leur sont prodigués.

Pour protéger ces enfants face aux abus et arrêter le flot illégal [de migrants], nous devons mettre un terme à ces vides juridiques, a déclaré Donald Trump, selon un communiqué de la Maison-Blanche. Il s'agit d'un besoin humanitaire urgent.

M. McAleenan a martelé que les centres de détention étaient des lieux confortables pour les familles, ajoutant que l'un d’eux disposait d'une salle avec un téléviseur grand écran, des canapés et des chaises longues matelassées, une salle de jeux et une bibliothèque séparée qui contient des livres, d’autres téléviseurs, des jeux vidéo et des jeux de société.

Plusieurs psychiatres ont cependant mis en garde contre la détention des enfants.

Près de 475 000 migrants arrivés en famille ont été interpellés entre octobre 2018 et juillet 2019, soit trois fois plus que le record précédent pour une année complète, a soutenu M. McAleenan. Le nombre d’arrestations de familles traversant la frontière illégalement aurait quant à lui augmenté de 469 % depuis l’année précédente.

La Maison-Blanche presse depuis un an le département de la Sécurité intérieure de trouver un moyen de mettre fin à l’accord Flores.

Conclue en 1997, l’entente Flores, issue d’un recours collectif, oblige le gouvernement à envoyer rapidement les enfants dans des centres familiaux appropriés, plutôt que dans les centres de détention frontaliers. Elle tire son nom d’une fillette migrante détenue, avec d’autres enfants, dans de piètres conditions dans les années 1980. En 2015, un juge avait limité la durée de détention des enfants migrants à 20 jours.

Bataille judiciaire en vue

Les organisations de défense des droits de la personne ont immédiatement annoncé qu'elles contesteraient en justice l'abrogation de la norme Flores.

Il s'agit d'une nouvelle attaque cruelle contre les enfants, que l'administration Trump cible encore et encore avec ses politiques anti-immigrants, a dénoncé une responsable de l'organisation de défense des libertés civiles ACLU, Madhuri Grewal. Le gouvernement ne devrait pas emprisonner des enfants et ne devrait certainement pas chercher à mettre plus d'enfants en prison pendant plus longtemps. Le Congrès ne doit pas financer cela.

Les démocrates ont aussi condamné la démarche de la Maison-Blanche.

Son effroyable et inhumain plan d'incarcération familiale éliminerait les protections de base liées aux droits de la personne et des enfants, renversant des règles imposées par les tribunaux depuis des décennies et violant toutes les normes de moralité et de comportement civilisé, a critiqué la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

L'administration [Trump] cherche à réglementer la maltraitance des enfants, c’est aussi simple que cela.

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

La nouvelle politique sera officiellement publiée vendredi et pourrait, sur papier, entrer en application 60 jours plus tard. L'administration Trump a toutefois admis que les contestations judiciaires auxquelles elle s’attend risquent de retarder son entrée en vigueur.

Elle-même est susceptible de se tourner vers les tribunaux si sa réglementation n’est pas autorisée.

C’est la juge Dolly Gee, de Californie, à l’origine de la norme limitant la détention des enfants à 20 jours, qui étudiera le dossier. L’an dernier, elle avait débouté l’administration Trump, qui lui demandait d’autoriser la détention des familles pour une durée indéterminée.

L'été dernier, l'administration Trump a séparé les enfants de leurs parents pour contourner l'accord Flores, provoquant une forte indignation. Les enfants devaient être placés rapidement sous la garde du département de la Santé et des Services sociaux pendant que leurs parents étaient emprisonnés en attendant leur procès pour violation des lois américaines sur l'immigration.

Souvent, toutefois, leur séjour dans les centres du Service des douanes et de la protection des frontières (CBP) s'est prolongé. En juin dernier, une équipe d'avocats ayant eu accès au centre de Clint, près d'El Paso, au Texas, avait dénoncé le manque de nourriture, d'hygiène, de sécurité et de soins médicaux.

La semaine dernière, une cour d'appel a rejeté un recours du gouvernement américain sur les conditions d'accueil des enfants migrants dans les centres de détention, affirmant qu'une nourriture adaptée, du savon et du dentifrice faisaient partie des conditions de sécurité et d'hygiène que la loi doit leur garantir.

Selon l'ACLU, plus de 900 enfants migrants ont été séparés de leurs familles à la frontière entre les États-Unis et le Mexique depuis un an.

Au moins sept enfants sont morts en détention ou peu après leur libération.

Avec les informations de New York Times, Washington Post, Associated Press, et AFP

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique américaine

International