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Les personnages numériques, une menace pour les actrices et acteurs?

Les deux visages, qui ont 30 ans de différence, se font face.

Will Smith et la version numérique plus jeune de lui-même dans le film « Gemini Man »

Photo : Paramount Picture

Radio-Canada

Robert De Niro va paraître plus jeune dans le film The Irishman, Will Smith se bat contre un clone de lui-même qui a 30 ans de moins dans Gemini Man. Au cinéma, les nouveaux trucages visuels (VFX) remplacent de plus en plus le traditionnel maquillage pour transformer physiquement les comédiennes et comédiens.

Les procédés de rajeunissement numérique (de-aging) sont de plus en plus utilisés au cinéma. C’est un clone numérique et non un jeune acteur qui a incarné la version 30 ans plus jeune du personnage joué par Will Smith. J’ai maintenant une version de moi-même qui a 20 ans et peut jouer dans des films, a déclaré l’acteur américain lors d’une rencontre avec les médias le 23 juillet dernier.

De vives inquiétudes

On peut même faire revivre une personne morte. Ce qui inquiète beaucoup le réalisateur Rafaël Ouellet qui en parle lors d’une discussion sur le sujet à l’émission On dira ce qu’on voudra avec la comédienne Magalie Lépine-Blondeau.

On flirte avec le jeu vidéo, avec l’acteur qui n’existe pas ou plus. [...] Si on perd les vraies personnes, ça sera une catastrophe. J’ai une vision très pessimiste de l’avenir du cinéma et je trouve que le fossé se creuse déjà. Les salles de cinéma ne sont pleines que de [tels films]. Il y a un cinéma qu’on aime, mais j’ai peur que ça soit comme aller à l’opéra d’aller voir un film avec du vrai monde dans 10 ou 15 ans.

Rafaël Ouellet

De son côté, Magalie Lépine-Blondeau n’avait pas envisagé les possibilités de cette technique. Mon imagination n’a pas réussi à se projeter dans un avenir où tous les acteurs pourront être interchangeables et notre image pourrait ne plus nous appartenir.

Toutefois, cette technologie ne scandalise pas outre mesure la comédienne. Évidemment, il y a peut-être quelque chose d'inquiétant, mais je trouve Photoshop tout aussi pervers. Toutes les retouches que l’on fait à l’image ne servent pas à mieux raconter une histoire.

La comédienne rappelle aussi qu’au moment de la sortie d’Avatar, les gens étaient inquiets et parlaient de catastrophe, car on n’aurait plus besoin d’actrices ni d'acteurs.

Ce n’est pas vrai, car il y a dans l’art une recherche et le désir de se retrouver quand on regarde une œuvre artistique. Dépendamment de l’histoire qu’on raconte, ça peut la servir ou non. Et c’est très onéreux, tout le monde ne pourra pas se permettre cette technologie.

Magalie Lépine-Blondeau

Tout comme l’intelligence artificielle, le clonage et toutes les nouvelles technologies, Rafaël Ouellet a vraiment peur de l’utilisation qu’on fera de cette technique dans le futur.Ça me fait peur, mais de tous les temps, on a accepté des maquillages, de travestir les choses, de changer les voix, de faire des corrections. Toutefois, il y a une ligne éthique qui m’inquiète. Dans quelles mains ça va tomber?, se questionne le réalisateur.

Une technique impressionnante

Même si la technique numérique peut avantageusement rajeunir ou vieillir une personne beaucoup plus rapidement que des heures de maquillage, elle ne peut remplacer un bon acteur. Le rajeunissement de Will Smith est absolument réussi, mais le jeu [du personnage numérique] demeure un peu grossier, souligne Magalie Lépine-Blondeau.

Les deux personnes posent l'un à côté de l'autre.

Le réalisateur Rafaël Ouellet et l'actrice Magalie Lépine-Blondeau

Photo : Radio-Canada / Amarilys Proulx

Mais que se passera-t-il si le public s’habitue et préfère l’aspect virtuel de la personne à la réalité? C’est déjà vrai, réagit Rafaël Ouellet. S’il n’y a pas de cascades ou d’effets spéciaux, les gens s’intéressent moins au film. On a accepté aussi que, dans l’esthétique globale, les femmes, les hommes aussi, aient des chirurgies. Il y a un risque que ces acteurs deviennent la référence, on ne sera plus habitué à voir des défauts, des imperfections et des tics nerveux.

Finalement, Rafaël Ouellet se demande si les histoires vont toujours en sortir gagnantes. Dans The Irishman, on aurait pu accepter d’avoir des acteurs plus jeunes [au lieu de rajeunir numériquement Robert De Niro].

Avec les informations de The Hollywood Reporter

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