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Trois façons de moderniser le patrimoine bâti

La façade du Diamant à Québec avec une grue et des travailleurs

Entamés en 2016, les travaux de 57 millions de dollars donnant naissance au Diamant se seront échelonnés sur plus de 3 ans. Seule la façade originale du vénérable YMCA de 1879 a été conservée et soigneusement restaurée.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

Catherine Lachaussée

La ville de Québec a connu son lot de démolitions controversées. Mais des exemples réussis de modernisation du patrimoine ont aussi attiré l’attention ces dernières années. Le consultant en patrimoine et architecture, Martin Dubois, explique trois façons de faire qui ont dominé depuis les années 1960.

Les exemples se sont multipliés à Québec ces dernières années : nouveau pavillon d’accueil du Parlement, agrandissement du Capitole, transformation de l’ancien YMCA de la place d’Youville en Diamant. Autant d’édifices patrimoniaux, autant d’interventions très visibles et parfois, très contemporaines.

Mais cette volonté d’allier moderne et patrimoine dans un édifice qui a de l’histoire ne va pas de soi. Depuis un peu plus d’un demi-siècle, les méthodes ont bien changé. À Québec, le président de Patri-Arch, Martin Dubois, spécialiste en patrimoine et architecture distingue trois façons de faire.

Le côté est du Capitole de Québec, avec un chantier de rénovations

Vue du côté est, on comprend mieux la succession d’ajouts qui ont permis d’agrandir le Capitole vers la rue Richelieu. Derrière la façade, le bloc de chambres ajouté en 1992 contraste avec l’agrandissement de 2019, très contemporain.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

La démolition complète

La première façon de faire, c’est de tout raser sans considération pour ce qui existait déjà. Parmi les exemples récents, on pense à la destruction des églises Saint-Vincent-de-Paul et Saint-Coeur-de-Marie. La méthode a toujours ses adeptes, mais certaines époques ont été particulièrement propices à cette façon de faire à Québec.

Dans les années 1950-60, quand on a eu besoin d’agrandissements ou de nouveaux édifices, on a souvent rasé. Exactement comme sur la colline parlementaire, indique M. Dubois. À l’époque, beaucoup de gens ont été heurtés de voir les belles maisons de la Grande Allée détruites pour faire place à l’édifice H.

Copier l’ancien

Cette façon de raser pour construire du neuf a eu au moins une conséquence positive : elle a contribué à mobiliser la population. Durant les années 1980-90, il y a eu un effet ressac et au lieu de raser, on a fait exactement le contraire, explique Martin Dubois. Construire du moderne qui copiait le passé, dans un effet de mimétisme, c'était ça l'idée.

Ce dernier ajoute que les propriétaires avaient tellement peur de répéter les erreurs du passé qu'ils se sont mis à copier l'architecture ancienne. Ça a donné des édifices hors du temps, comme le McDonald's de la rue Saint-Jean, construit quelque part dans les années 1980, mais qui copie les édifices patrimoniaux du secteur.

Une vieille photo de l'édifice Monaghan sur la rue Saint-Jean, en noir et blanc, avec des piétons et des voitures

L’édifice Monaghan de la rue Saint-Jean, tel qu’on pouvait le voir vers 1940.

Photo : Archives de la Ville de Québec

L’espace était resté vacant après l’incendie qui avait détruit l’édifice Monaghan, en 1968. Pour Martin Dubois, la reconstruction fait preuve d’un façadisme contestable.

Sans doute à cause du même effet ressac, on procédera prudemment dans l’agrandissement du Château Frontenac en 1992, tout comme dans celui du Capitole durant la même période, en calquant le style des éléments d’origine. C’était plus timide en termes d’intégration, rappelle-t-il. Pas sûr qu’on ferait la même chose aujourd’hui.

Oser marier le moderne et l’ancien

Depuis la fin des années 1990, une nouvelle façon de faire s’est imposée dans plusieurs grandes villes, celle de marier le très moderne à l’ancien. Une tendance internationale où les Européens sont passés maîtres, selon Martin Dubois, qui cite en exemple la fameuse pyramide du Louvre, à Paris.

Cette grande structure épurée de verre et de métal, en plein coeur d’un ensemble plusieurs fois centenaire, avait suscité la controverse à la fin des années 1980. Elle est saluée aujourd’hui pour sa beauté et son audace. M. Dubois y voit un signal d’avant-garde.

La tendance actuelle, quand on agrandit un édifice ou qu’on construit au milieu d’un ensemble existant, c’est de créer un dialogue entre l’ancien et le nouveau. On essaie d’intégrer le moderne avec respect.

Martin Dubois

Des exemples à Québec? Voici la courte liste de Martin Dubois des mariages réussis entre patrimoine et style contemporain :

LE DIAMANT

Malgré une transformation audacieuse, la façade du YMCA d’origine a été préservée. On y accueillait au 19e siècle les jeunes garçons selon les valeurs chrétiennes : la bible sculptée dans le linteau de ce qui était la porte principale est toujours là pour le rappeler.

Dès sa construction en 1879, l’édifice a suscité l’admiration des passants avec son élégant style Second Empire. Il est le fruit d’un concours d’architecture auquel ont participé des bureaux de Québec, Montréal et Toronto. C’est finalement un résident du faubourg Saint-Jean-Baptiste qui l’a emporté. Joseph-Ferdinand Peachy, ancien élève de Charles Baillairgé, était aussi un passionné d’architecture française.

Quand on a lancé les travaux du Diamant, l’édifice était déjà tronqué par le cinéma, aujourd’hui disparu. Sinon, on aurait sans doute complété la façade, pense Martin Dubois. Autant en ce qui concerne la toiture en ardoises que les matériaux, la partie restaurée est bien complétée. Tout ce qui est neuf se démarque clairement.

Selon lui, il n’y avait rien à retenir de la partie arrière. Peu intéressante, elle avait déjà été démolie en 1947-1948 pour faire place au restaurant Laurentien et à la tabagie Jac & Gil.

LE CAPITOLE

Lors de sa construction en 1903, l’édifice porte d’abord le nom d’Auditorium de Québec. Son architecte, Painter, a su tirer parti de la configuration étroite du terrain pour créer une façade harmonieuse de style Beaux-Arts, avec un rappel du style Second Empire.

Une photo d'archives (environ 1970) d'une vue de haut de l'édifice du Capitole de Québec à la place d'Youville.

La place d'Youville durant les années 1970 avec ses deux cinémas : le cinéma de Paris et le Capitol.

Photo : Archives de la Ville de Québec

L’Auditorium devient le Capitole lors de son association avec Famous Players. Il ferme en 1981 et est mis en vente avant d’être classé immeuble patrimonial en 1984. Un groupe d’investisseur le relance avec une double vocation de salle de spectacle et d’hôtellerie en 1992.

Le Capitole avait déjà subi une première intervention en 1927. Un agrandissement mené par un architecte new-yorkais mariait habilement les styles en vogue durant les années 1920.

Le deuxième agrandissement lors du rachat du bâtiment en 1992 est plus conservateur, selon Martin Dubois. C’est là qu’on avait ajouté toute une section de chambres d’hôtel, avec des toits en mansarde et des matériaux imitant le style d’origine.

Le contemporain épuré de la nouvelle section de 2019 met davantage en valeur la partie patrimoniale selon lui. La lecture du bâtiment est moins confuse, la succession des époques est plus claire. En 1992, on n’aurait sans doute pas pu aller aussi loin, précise-t-il.

LE MANÈGE MILITAIRE

La reconstruction du manège militaire, gravement endommagé par un incendie en 2008, a mis un terme à une longue période de consultations - et de tergiversations.

L'arrière du manège militaire avec des voitures stationnées devant

Pratiquement inchangé en façade, le manège militaire profite maintenant d’une verrière face aux plaines d’Abraham.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

Reconstruire à l’identique ou opter pour quelque chose de plus moderne? On a fini par opter pour un combo, s’amuse Martin Dubois. En façade, difficile de distinguer la partie d’origine, qui remonte à 1887, de la partie reconstruite. Alors qu’en arrière, on a plutôt opté pour une façade vitrée très audacieuse.

À l’est, il y avait déjà eu agrandissement (datant de 1913), avec tourelles et tout. Le plus audacieux, c’est sur la section ouest, où on est allé dans le très contemporain avec des rappels du passé, le cuivre notamment, souligne l'expert.

Selon Martin Dubois, l’ensemble résume bien les différentes approches possibles. L’équipement moderne remet le bâtiment au goût du jour. L’arrière s’ouvre au paysage des plaines. L’allée extérieure qui traverse le bâtiment a aussi permis de l’ouvrir à son environnement, dit-il.

Pour Martin Dubois, le manège militaire d’aujourd’hui est un bel exemple de bâtiment vraiment adapté à son époque.

LA MAISON DE LA LITTÉRATURE

Fruit d’un concours d’architecture, la Maison de la littérature est un bel exemple d’intervention survenue en plein coeur de l’arrondissement historique. Les concours permettent parfois de pousser plus loin la note, ce qui est le cas ici, souligne le spécialiste du patrimoine.

Une vue extérieure de la Maison de la littérature à QuébecAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’agrandissement de l’ancien temple Wesley, devenu L’Institut canadien puis la Maison de la littérature, prend la forme d’un bloc de verre épuré qui s’élève sur un ancien stationnement extérieur.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

Au bâtiment d’origine, l’église Wesley, on a ajouté une grande cage de verre qui se démarque clairement. C’est elle qui a accueilli l’agrandissement. On en a profité pour y installer les commodités modernes - dont les installations sanitaires.

Première église néogothique de Québec, l’ancienne église Wesley avait été construite en 1848 d’après les plans de l’architecte Edward Staveley, dans le style sobre des Commissioner's church de l’Angleterre. C’est le sénateur Lorne Webster qui en fait don à la ville en 1941.

Puis l’Institut canadien de Québec, à qui l'église confie le bâtiment, en fait une salle de concert et installe une bibliothèque au sous-sol. On avait muré toutes les fenêtres pour faire la salle de spectacle, rappelle Martin Dubois. C’est donc une troisième vie pour ce bâtiment. Mais s’il avait été rénové dans les années 1990, on l’aurait sans doute lui aussi agrandi en s’inspirant de la partie d’origine, sans intervention contemporaine.

LE CENTRE D’INTERPRÉTATION DE LA PLACE-ROYALE

Dans la côte de la Montagne, avec façade sur la place Royale, le Centre d’accueil et d'interprétation de Place Royale est un autre exemple d’insertion contemporaine intéressante. Venu remplacer les maisons Smith et Hazeur après un incendie, et issu d’un concours national d’architecture, c’était l'une des premières modernisations du genre dans l'arrondissement historique (1998-1999). On avait travaillé la perméabilité du bâtiment, rappelle Dubois, une façon pour les architectes de favoriser la circulation et de créer plus de liens entre la place Royale et la côte de la Montagne, dans ce cas précis.

Deux édifices reliés par un escalier

La rénovation des maisons Smith et Hazeur a été l’occasion pour les architectes de créer un escalier faisant le lien entre la côte de la Montagne (sur la photo) et la place Royale.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

LE GRAND MARCHÉ

Ça ne saute pas aux yeux, mais le pavillon de l’industrie où la ville a installé son Grand Marché, sur le site d’ExpoCité, remonte tout de même aux années 1920, avec une architecture de style industriel typique de l’époque.

Le Grand Marché de Québec.

Devenu Le Grand Marché, l'ancien pavillon de l'industrie et du commerce d'ExpoCité a subi une transformation qui a su préserver sa valeur patrimoniale.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

Bâti sur une structure d’acier, doté de plafonds d'au moins 12 m, le pavillon profitait d’un éclairage naturel assuré à l’origine par une généreuse fenestration. En 1994, il était voué à la démolition, les ouvertures avaient été murées, et on y avait installé une piste de karting. Mais sa valeur patrimoniale avait été en grande partie préservée.

L’insertion moderne est très réussie, indique Martin Dubois, qui rappelle les beaux détails dans la brique et l’ornementation. Il ajoute que les responsables des communications ont même repris un détail de la corniche du bâtiment dans le logo du Grand Marché.

À l’intérieur, on parle d’un style résolument contemporain dans des halles qui étaient vides, de toute façon. L’ajout d’une section vitrée complète une belle mise en valeur du bâtiment d’origine, conclut-il.

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