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Le programme d'éducation sexuelle de Doug Ford similaire à l'ancien

Un préservatif rouge dépasse d'une poche de jeans

Le gouvernement Ford a dévoilé son nouveau programme d'éducation sexuelle, mercredi.

Photo : iStock/donatas1205

Radio-Canada

Le programme révisé d'éducation sexuelle et santé du gouvernement de l'Ontario reporte à des années ultérieures l'enseignement de certaines notions controversées, comme l'identité de genre, en plus d'uniformiser le processus d'exemption des élèves que leurs parents veulent retirer du cours.

Toutefois, autant l'opposition néo-démocrate que des critiques de la droite religieuse affirment que le cœur du nouveau programme est similaire à l'ancien, que Doug Ford avait promis de répudier durant la campagne électorale.

Le nouveau programme (Nouvelle fenêtre), dévoilé à moins de deux semaines de la rentrée scolaire, touche les élèves de la 1re à la 8e année.

Les faits saillants :

  • Identité de genre : 8e année (2e secondaire) plutôt qu'en 6e année (programme de 2015)
  • Orientation sexuelle : 5e année, alors que la notion pouvait être abordée de façon optionnelle en 3e année dans l'ancien programme
  • Sexe oral et anal : 7e année (aucun changement)
  • Abstinence : 7e année (inchangé par rapport à l'ancien programme)
  • Harcèlement en ligne : 4e année; le sujet était abordé de façon obligatoire seulement en 7e année auparavant
  • Vapotage : 4e année (le sujet n'était pas enseigné dans l'ancien programme)
  • Opioïdes : 6e année (un autre sujet qui ne faisait pas partie de l'ancien programme)

Exemptions

Comme pour l'ancien programme mis en place en 2015 par le précédent gouvernement libéral, les parents pourront continuer à retirer leur enfant du cours d'éducation sexuelle s'ils le désirent.

Le gouvernement conservateur uniformise toutefois le processus d'exemption à l'échelle provinciale.

Chaque conseil scolaire devra se doter d'ici la fin novembre d'un « formulaire d'exemption standard » pour les parents et de procédures de supervision des élèves exemptés.

Par ailleurs, les écoles devront prévenir les parents au moins 20 jours avant la tenue d'une leçon d'éducation sexuelle dans la classe de leur enfant pour qu'ils puissent réclamer une exemption, s'ils le désirent.

Réactions

Deux portraits juxtaposés

La militante Tanya Granic Allen accuse Doug Ford d'avoir trahi les parents préoccupés comme elle.

Photo : Radio-Canada / David Donnelly/CBC News

La mère de famille et militante de la droite religieuse Tanya Granic Allen accuse le premier ministre Ford d'avoir « trahi » les parents comme elle.

Elle souligne qu'il avait promis en campagne électorale d'annuler le programme mis en place par les libéraux de Kathleen Wynne.

Ford garde comme fondation le programme d'éducation sexuelle de Wynne. Il ne répudie pas du tout [l'ancien programme]. Doug Ford est un menteur.

Tanya Granic Allen, militante de la droite religieuse

L'ancienne candidate à la chefferie des conservateurs aurait voulu que des « sujets inappropriés comme la théorie de l'identité de genre » n'apparaissent pas du tout dans le nouveau programme.

Elle affirme aussi que l'exemption offerte aux parents est « inefficace », parce qu'elle n'empêche pas les enseignants d'aborder des thèmes liés à l'éducation sexuelle dans le cadre d'autres leçons si un élève pose une question à ce sujet par exemple.

En revanche, le révérend Charles McVety, qui avait dénoncé lui aussi le programme des libéraux, se dit satisfait des changements apportés. L'ancien programme radical n'est plus, dit-il. On n'enseignera plus aux petits enfants de la 1re à la 7e année la fluidité de genre.

Il faut laisser les enfants explorer leur identité de genre.

Le nouveau programme ontarien d'éducation sexuelle parle toujours d'identité de genre, mais en 8e année plutôt qu'en 6e année.

Photo : iStock

Pour sa part, le NPD accuse le gouvernement d'avoir gaspillé 1 million de dollars pour des consultations en ligne, pour ensuite présenter un nouveau programme « largement inchangé » comparativement à celui de 2015.

Le nouveau programme est une victoire pour la sécurité des élèves et pour les familles, les enseignants et les travailleurs de l'éducation, affirme la députée néo-démocrate Marit Stiles. Ce que ça veut dire, c'est que Ford a perdu une année juste pour plaire à la droite religieuse.

Même son de cloche de la part de Sam Hammond, le président de la Fédération des enseignants de l'élémentaire de l'Ontario. Pourquoi avoir attendu un an?, lance-t-il.

Le nouveau programme a été dévoilé par voie de communiqué, mercredi matin.

Le ministre de l'Éducation, Stephen Lecce, a défendu le programme en après-midi. Il a affirmé que le programme était « équilibré » et qu'il abordait de nouveaux éléments comme le trafic de personnes et les opioïdes. Par ailleurs, à son avis, il est normal pour lui qu'une notion « complexe » comme celle de l'identité de genre ne soit enseignée qu'en 8e année, à des élèves plus « matures ».

À deux semaines de la rentrée

Le fait que le gouvernement dévoile ce programme à moins de deux semaines de la rentrée scolaire ne semble pas trop préoccuper les spécialistes de l'éducation.

Le directeur de l'École Franco-Niagara, à Welland, Martin Boudreault, mentionne qu'il y a des choses qu’on enseignait dans l’ancien programme qui sont là, donc on continuera avec ce qu’on connaît bien pour la rentrée et, par la suite, on pourra mettre en place de façon progressive les nouveautés qui sont dans le curriculum.

Dans le passé, les leçons portant sur l'éducation sexuelle avaient lieu généralement au printemps dans les écoles.

Le ministère de l'Éducation ajoute que les conseils scolaires recevront du financement pour l'organisation de formations pour les enseignants.

Une promesse brisée?

Après avoir pris le pouvoir en 2018, les conservateurs ontariens avaient annulé le précédent programme, mis en place en 2015 par les libéraux, en réaction aux doléances de groupes religieux et de parents qui considéraient que certaines notions enseignées, telles que le sexe anal et l'identité de genre, n’étaient pas adaptées à l’âge des enfants.

Photo de mères devant l'Assemblée législative avec une affiche disant : les maths, pas la masturbation.

Une manifestation contre le programme d'éducation sexuelle modernisé devant Queen's Park en 2015.

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Les enseignants avaient été forcés de revenir à un programme ressemblant à celui de 1998. Celui-ci ne faisait pas mention de notions comme l’identité de genre, le sextage ou le harcèlement en ligne.

Le gouvernement Ford avait même mis en place une ligne téléphonique de délation que les parents pouvaient utiliser si l'enseignant de leur enfant ne respectait pas la directive.

Le gouvernement Ford avait lancé par la suite des consultations en ligne pour une réforme du programme.

La province affirme dans son communiqué que son nouveau programme offre un « apprentissage sur la santé sexuelle adapté à l'âge », même s'il est similaire à l'ancien à bien des égards.

La Fédération des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO) et l’Association des libertés civiles avaient contesté sans succès cette question devant les tribunaux.

Le Tribunal des droits de la personne de l'Ontario avait aussi rejeté la requête d'une élève transgenre qui considérait que le retour à l'ancien programme violait ses droits.

Radio-Canada avait constaté, toutefois, que, même sous les libéraux, les notions plus controversées du programme n'étaient pas toujours enseignées d'une classe à une autre.

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