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Les feux de forêt nuisent aux agriculteurs

Joe Peters dans son champ de canola.

L'agriculteur Joe Peters dans son champ de canola, dans le comté de Mackenzie.

Photo : Radio-Canada / Paige Parsons

Radio-Canada

Les feux de forêt du printemps dans le nord de l’Alberta ont un impact négatif sur les récoltes, constatent les agriculteurs ,qui espèrent limiter les dégâts devant la menace d’un gel précoce.

Ainsi, le 17 juin, lorsque le feu ravageait le comté de MacKenzie, le ciel était noir de fumée, et l’agriculteur Joe Peters regardait ses voisins transformer son champ de canola en terre battue.

Ce jour-là, un groupe d'agriculteurs a travaillé dur, dans l'obscurité, pour improviser des coupe-feu. Des tracteurs tiraient des herses à disques en retournant le sol pour qu'il ne reste plus rien à brûler.

Les tracteurs labourent le champ près de High Level. Ils sont entourés de la fumée des feux de forêts.

Les tracteurs labournt le champ près de High Level.

Photo : Radio-Canada / Joe Peters

Aujourd’hui, M. Peters se rappelle encore à quel point ses voisins et lui-même étaient stressés lorsqu'ils ont compris que l'incendie se dirigeait vers eux.

Nous savions où nous nous trouvions, mais, même pendant que nous le faisions, nous ne savions pas si le feu nous atteindrait ou non. Nous avons senti que, si nous ne le faisions pas, et que le feu venait vers nous, nous aurions beaucoup à perdre, explique Joe Peters.

Des hectares en fumée

Selon le service provincial des incendies de forêt, le feu du ruisseau Chuckegg qui menaçait le champ de Joe Peters avait brûlé une zone de la taille du parc national Banff à la fin du mois de juin. Quinze mille personnes avaient dû évacuer une vingtaine de communautés.

Seize maisons de la colonie métisse de Paddle Prairie ont été détruites, et une ferme dans le comté de Mackenzie a brûlé, mais les champs ont en grande partie été épargnés.

Vus d'avion, à Rivière-la-Paix , les champs semblent avoir bien résisté aux feux, comme si une couverture de canola jaune vif et de céréales vertes était posée sur les collines, entourée de forêts brûlées.

Les feux de forêt sur une terre agricole sont très différents de ceux d'un centre urbain, explique Josh Knelson, préfet du comté Mackenzie, au sujet des incendies qui ont ravagé Slave Lake en 2011 et Fort McMurray en 2016.

Josh Knelson dans un champ, face à une caméra.

Josh Knelson, préfet du comté de Mackenzie

Photo : Radio-Canada / Nathan Gross

Selon le préfet, la protection d'une ferme n'est pas identique à celle d'une maison. Si un agriculteur est forcé d'évacuer sa maison, il ne peut pas surveiller de près ses cultures, et les vers-gris peuvent décimer ses champs en deux jours.

Ils doivent être très vigilants s'ils veulent gagner leur vie.

Josh Knelson, préfet du comté Mackenzie

Dire aux agriculteurs qu'ils doivent partir et risquer de perdre leurs récoltes et leurs animaux n'est pas une chose facile, ajoute-t-il.

Pour Grant Smith, responsable de l’agriculture pour le comté de Mackenzie, la préoccupation la plus urgente en cas d’incendie, est de s’entretenir avec des spécialistes pour déterminer le moment propice à l’évacuation du bétail.

Grant Smith se tient devant un champ.

Grant Smith, spécialiste des questions agricoles dans le comté de Mackenzie

Photo : Radio-Canada / Nathan Gross

Lorsque le comté a compris qu'une évacuation était nécessaire, le service provincial des incendies de forêt leur avait dit qu'il était trop tard pour déplacer les vaches, les chevaux et les poulets de tout le monde, explique M. Smith.

Bien que quelques animaux aient été déplacés, de nombreux agriculteurs ont dû faire un choix difficile. Ouvrir ou non les enclos pour laisser le bétail se déplacer librement pour se nourrir ou fuir l'incendie.

Nous ne pensions pas que cela arriverait ni que cela pourrait nous arriver.

Grant Smith, responsable de l’agriculture pour le comté de Mackenzie

« L'écosystème change  »

L'épilobe de feu dans une forêt carbonisée.

L'épilobe de feu pousse dans une forêt carbonisée dans le comté de Mackenzie, plusieurs mois après l'incendie qui a ravagé Chuckegg en 2019.

Photo : Radio-Canada / Paige Parsons

D'après Grant Smith et Josh Knelson, le comté souhaite utiliser l'expérience de cette année pour travailler avec la province à un meilleur plan pour les agriculteurs de la région et ceux des autres régions agricoles qui bordent les forêts.

Le député de Rivière-la-Paix, Dan Williams, dit que le gouvernement de l'Alberta tiendra compte de ce que les agriculteurs ont à dire lors de la planification de sa stratégie future de lutte contre les incendies.

Les agriculteurs ne sont pas les seuls dont le travail a été perturbé par le feu de forêt : les conditions enfumées ont également nuit aux abeilles locales, selon le chercheur Samuel Peprah, responsable de l'Association Mackenzie Applied Research.

Nous, les humains, nous avons besoin d'une visibilité claire pour la conduite. Les abeilles aussi. Ils ont besoin d'une visibilité claire pour faire la recherche de nourriture, a-t-il expliqué.

Samuel Peprah dans son laboratoire.

Samuel Peprah, responsable de la Mackenzie Applied Research Association.

Photo : Radio-Canada / Nathan Gross

Il constate aussi que la fumée semble avoir stressé certaines plantes : La fumée provoque la fermeture des pores des plantes, retardant la floraison et la reproduction, et empêche l'absorption de l'herbicide.

Les agriculteurs du comté de Mackenzie doivent prendre en compte les retards associés au risque de gel précoce. Selon Grant Smith, ces facteurs font monter les prix des assurances-récolte du comté, déjà les plus élevées de la province.

Si les agriculteurs ne peuvent pas récolter suffisamment tôt, ils risquent de perdre leurs rendements, dit-il.

Selon un récent rapport d'Environnement Canada, le pays s'est réchauffé beaucoup plus rapidement que le reste du monde au cours des dernières décennies, et certaines parties du nord de l'Alberta encore plus.

Pour Grant Smith, le changement climatique est une chose que les agriculteurs et le comté connaissent bien.

On peut appeler cela le changement climatique ou le réchauffement climatique ou ce qu'on veut. Mais l'écosystème est en train de changer, conclut-il.

D'après les informations de Paige Parsons 

Alberta

Agriculture