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La crise chez Capitales Médias pourrait-elle nuire à La Presse canadienne?

Journaux du quotidien.

Le Groupe Capitales Médias se dirige vers la faillite, faute de liquidités.

Photo : Lynda Paradis

Mathias Marchal

La situation du Groupe Capitales Médias (GCM), qui s'est placé sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, suscite des inquiétudes quant à l'avenir de la section francophone de La Presse canadienne (PC), selon un vétéran reporter de l’organisation.

Après 30 ans à La Presse canadienne, le journaliste Pierre St-Arnaud assiste au lent déclin de l’industrie des médias, dont il commente les récents soubresauts sur sa page Facebook.

Son dernier billet traite de l’effet domino que pourrait avoir la crise actuelle dans les sept journaux de GCM que sont Le Soleil (Québec), Le Nouvelliste (Trois-Rivières), Le Droit (Ottawa-Gatineau), La Tribune (Sherbrooke), La Voix de l’Est (Granby), Le Quotidien (Chicoutimi) et Le Progrès week-end (Saguenay).

Personne n’en parle, mais l’effet domino serait plus que majeur. Il n’est pas dit que la filiale française de Canadian Press survivrait à la fermeture [de GCM], pas plus qu’à une reprise par Québecor.

Pierre St-Arnaud, journaliste à La Presse canadienne

M. St-Arnaud fait référence au statut de la PC qui est principalement financée par le contenu qu'elle vend aux médias. Or, ces derniers, pour tenter de faire des économies, rognent de plus en plus sur les services achetés auprès de cette agence de presse. Un cas édifiant : celui de Québecor qui s’est totalement désabonné de la PC, il y a une dizaine d’années, pour créer l’agence QMI.

La reprise des journaux de Capitales Médias par Québecor serait vraisemblablement une bonne chose pour les populations desservies, mais une catastrophe pour La Presse canadienne, affirme au téléphone M. St-Arnaud.

En entrevue à Midi info, Pierre Karl Péladeau a confirmé que Capitales Médias se désabonnerait de la PC en cas d’acquisition par Québecor. C’est une vérité de La Palice, a-t-il déclaré, en mentionnant que Québecor avait déjà anticipé les problèmes des médias, il y a une dizaine d’années, en créant sa propre agence afin, notamment, d'avoir un contrôle.

La PC, c’est bien beau, mais qui la dirige et combien ça coûte?, s’est demandé le président et chef de la direction de Québecor.

Pierre Karl Péladeau au micro de Michel C. Auger.

Pierre Karl Péladeau au micro de Michel C. Auger à propos de l'intérêt de Québecor pour l'achat du Groupe Capitales Médias.

Photo : Radio-Canada / Myriam Lemay-Gosselin

M. Péladeau a indiqué en entrevue que Québecor avait soumis, la semaine dernière, une offre pour le rachat de Capitales Médias, mais que celle-ci n'avait pas été retenue par le gouvernement.

La Presse canadienne n'a pas souhaité s'étendre sur le sujet et invoque notamment la confidentialité des contrats qu'elle a avec ses clients pour ne pas évoquer la part de Capitales Médias dans ses revenus. M. St-Arnaud affirme qu'il s'agirait d'un retrait majeur.

Des impacts possibles sur l'écosystème médiatique

Selon M. St-Arnaud, la fermeture de La Presse canadienne aurait pour conséquence d’asphyxier un peu plus les salles de rédaction existantes, qui fonctionnent déjà en sous-effectifs.

La PC fournit du contenu écrit et audio (beaucoup de contenu), entre autres à La Presse, au Devoir, à Radio-Canada, à Cogeco, à Métro, au HuffPost, à L’actualité, etc.

Pierre St-Arnaud, journaliste à La Presse canadienne

Ces médias devraient alors réaffecter leurs journalistes aux sujets actuellement couverts par la PC, ce qui limiterait la possibilité pour ces mêmes médias de continuer de couvrir des sujets exclusifs qui contribuent pourtant à la diversité de l’information, souligne M. St-Arnaud.

S'il ne peut pas spéculer sur l'avenir de la PC, Stéphane Giroux, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, confirme l'existence d'un effet domino. Le service français de La Presse canadienne a toujours servi à remplir les faiblesses de la couverture, surtout en région. Si la PC est affaiblie, c'est tout l'écosystème médiatique qui en subit les conséquences, mentionne-t-il.

Pierre St-Arnaud croit que la solution à cette crise passe essentiellement par les crédits d'impôt sur la masse salariale, aussi bien de la part du fédéral que du provincial. Il s'agit, selon lui, de la meilleure mesure pour aider les médias tout en respectant leur indépendance. La philanthropie ne sera jamais une porte de sortie, car ce n'est pas une tradition au Québec et l'idée de crédits d'impôt sur les abonnements est une distraction, selon lui.

La Presse canadienne en bref

  • Agence de presse créée en 1917 à Toronto;
  • Elle est la propriété du Globe and Mail, du Toronto Star et de La Presse;
  • La section francophone est passée, en 30 ans, d'environ 120 employés à moins de 40.

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