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Les Forces canadiennes enquêtent sur un caporal qui pourrait être mêlé à un groupe haineux

Un homme vu en gros plan. Il est revêtu de l'uniforme de l'armée. La photo a été prise à l'extérieur, en hiver. L'arrière-plan montre d'autres soldats et des véhicules de l'armée.

Patrik Mathews, qu’on voit ici dans une photo datant de 2015, est un réserviste de l’armée canadienne soupçonné d’appartenir à un groupe néo-nazi appelé The Base.

Photo : Radio-Canada / archives CBC

Sylviane Lanthier

L’armée confirme avoir ouvert une enquête sur Patrik Mathews, un de ses membres basé à Winnipeg qui pourrait être mêlé à un groupe haineux, ce qui contrevient au code de conduite des Forces armées canadiennes.

Dans une conférence téléphonique, accordée mardi matin, la commandante du 38e Groupe-brigade du Canada, la colonelle Gwen Bourque, a confirmé que le caporal-chef et réserviste Patrik Mathews fait face à des allégations selon lesquelles il pourrait être impliqué dans un groupe haineux.

Des mesures immédiates ont été prises, dit-elle, dès que les FAC ont eu vent d’actions possibles du caporal-chef. Une enquête militaire est en cours, et aucune accusation n’a été portée contre lui jusqu’ici.

Perquisition lundi soir

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) affirme avoir exécuté vers 22 h lundi soir un mandat ayant trait à la sécurité publique dans une maison de Beauséjour, à environ 50 kilomètres au nord-est de Winnipeg, où des armes à feu ont été saisies.

Personne n’est détenu relativement à cette saisie, indique la GRC, qui ne confirme pas le nom du propriétaire de la maison.

Dans une vidéo de deux minutes mise en ligne sur les médias sociaux vers 22 h 30 lundi soir, un agent de la GRC peut être entendu disant : Patrik Mathews, nous avons un mandat de perquisition pour cette résidence. Vous pouvez sortir par la porte arrière, les bras en l’air.

Dans la vidéo, tournée par le voisin Tyler Wenzoski, les policiers activent les sirènes de leurs voitures à plusieurs reprises et répètent leurs instructions à Patrik Mathews pour l’amener à se rendre.

Tyler Wenzoski affirme à CBC que la maison appartient à Patrik Mathews. Selon le registre des propriétés consulté par CBC, la maison est enregistrée sous le nom de Patrik Jordan Mathews.

Sarah Lockhart, qui vit en face, dit que vers 22 h 30, elle a vu une douzaine de policiers ainsi que l’escouade tactique. Il n’y a pas eu de coups de feu, il est sorti calmement. Il a mis environ 5 minutes à sortir de la maison, dit-elle. 

La colonelle confirme que les informations du Winnipeg Free Press, qui a infiltré le groupe d’extrême droite The Base, a apporté certaines informations nouvelles. L’armée ne peut confirmer que le caporal-chef est affilié à ce groupe, dont on a vu des affiches apparaître dans différents quartiers de Winnipeg au cours de l’été. Ces affiches invitent exclusivement les personnes de descendance européenne à participer à des activités pour survivalistes et d’autodéfense.

La colonelle Bourque confirme que Patrik Mathews, qui a rejoint les rangs des Forces armées canadiennes en 2010, est un réserviste qui travaille pour l’armée à temps partiel. Sa dernière affectation date du mois de mai dernier. Il aurait travaillé environ 6 heures ce mois-là. La commandante précise qu’il n’a plus été rappelé depuis et il n’est pas prévu qu’il soit rappelé au travail pour le moment.

Les Forces canadiennes enquêtent sur un caporal qui pourrait être mêlé à un groupe haineux

Pas d'accès aux armes militaires

En tant que caporal-chef, il n’avait pas accès à des armes militaires et n’était pas autorisé à tirer, explique la colonelle Bourque.

Son grade signifie qu’il est un membre subalterne des forces armées, précise-t-elle. Il a eu une formation en leadership, il est responsable d’une section de soldats. En ce moment, nous examinons quelles seraient ses affectations en septembre.

Mais il se pourrait aussi qu’il ne soit pas appelé à travailler en septembre, précise-t-elle.

Il reste un membre actif, ajoute-t-elle. Nous devons aussi faire nos vérifications d’usage, suivre le processus.

La colonelle indique que les FAC et la Gendarmerie royale du Canada collaborent dans leurs enquêtes respectives.

Nous nous attendons à ce que les soldats se conforment aux valeurs et à l’éthique des Forces armées canadiennes, rappelle la colonelle Bourque. Le respect de la dignité de toutes les personnes à tout moment.

Tous les gestes ou les opinions racistes, violents ou discriminatoires ainsi que le taxage sont interdits.

Il est complètement inacceptable de participer à quelque activité ou groupe ou organisation liés à des activités criminelles ou qui en font la promotion.

Colonelle Gwen Bourque, commandante du 38e Groupe-brigade du Canada

Aucune tolérance

Le lieutenant-général Wayne Eyre, qui prend aujourd’hui les commandes de l’Armée canadienne, affirme que les FAC n’ont aucune tolérance vis-à-vis ceux qui ne respectent pas les valeurs de l’armée et du pays. Ceux qui ne protègent pas ces valeurs n’ont aucune place dans cette organisation, affirme-t-il.

Les FAC ne peuvent être certaines qu’aucun autre membre n’adhère à des groupes haineux, mentionne le lieutenant-général. Mais est-ce que je crois que c’est systémique? Absolument pas.

Quand nous sommes face à un cas, nous agissons de manière décisive. Nous n’agissons pas trop rapidement parce que nous respectons aussi la règle de droit et les principes de la bonne diligence.

Lieutenant-général Wayne Eyre

The Base, un groupe de suprémacistes blancs

The Base se décrit comme une organisation regroupant des nationalistes blancs et des survivalistes, présente surtout aux États-Unis, et qui tente de s’implanter au Canada.

Selon le directeur général du Réseau canadien contre la haine, Evan Balgord, l’un des objectifs déclarés du groupe est de faire en sorte que ses membres s’engagent dans l’armée afin de recevoir une formation, puis de la transmettre à d’autres membres.

Les personnes à l'origine des affiches du groupe, dit-il, vénèrent des tueurs de masse et veulent mener des attaques terroristes pour accélérer ce qu’ils considèrent comme une guerre raciale imminente au Canada et aux États-Unis.

Evan Balgord précise que ce groupe ne cherche pas à recruter un grand nombre de membres, mais plutôt quelques individus ayant certaines compétences pour mener des actions violentes.

Un porte-parole du Service de police de Winnipeg a admis que la police était au courant de la présence d'affiches suprémacistes et qu’elle surveillait la situation.

Selon un rapport récent du programme de renseignements criminels de la police militaire qui a suivi les incidents liés au racisme et à la suprématie blanche au sein des FAC de 2013 à 2018, des comportements inappropriés ont été constatés chez moins de 1 % des membres des Forces armées canadiennes.

Manitoba

Justice et faits divers