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Vers un Télé-Québec de la presse écrite?

Nathalie Roy, avec des écouteurs sur la tête, parle devant un micro.

Nathalie Roy était en entrevue ce matin sur les ondes d'ICI Première pour parler de la situation de Groupe Capitales Médias.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Delphine Jung

Alors que la crise des médias se poursuit avec les déboires récents de Capitales Médias, la ministre de la Culture et des Communications du Québec suggère une piste de réflexion : utiliser la plateforme numérique de Télé-Québec pour diffuser de l’information. Une idée qui séduit plusieurs experts.

Je souhaite que nous nous servions de Télé-Québec pour l’ouvrir sur l’information. [La] plateforme numérique [de Télé-Québec] est, selon moi, sous-exploitée et on pourrait aller plus loin, surtout à l’égard de l’information, a dit Nathalie Roy, lors d’une entrevue accordée à l’émission Tout un matin sur ICI Première avec Patrick Masbourian.

Nous pourrions mettre de l’information sur la plateforme numérique de Télé-Québec, c’est une piste de solution sur laquelle on travaille. Il faut mieux se servir de cette société d’État qui est la nôtre, entre autres pour l’information.

Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications

Elle a également rappelé que le gouvernement n’allait pas acheter des médias, en référence notamment aux déboires de Capitales Médias.

Écoutez l’intégrale de l’entrevue que la ministre Nathalie Roy a accordée à Patrick Masbourian à l’émission Tout un matin sur ICI Première.

Une bonne nouvelle

Au moment de publier ces lignes, Télé-Québec n'avait pas encore répondu aux sollicitations de Radio-Canada, mais plusieurs experts ont salué la réflexion menée par la ministre.

Toute nouvelle voix dans le paysage médiatique est une bonne nouvelle. C'est une excellente idée si les revenus sont là, croit Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias et directeur du programme de journalisme de l’Université du Québec à Montréal.

Il faudrait toutefois s'assurer que l'offre proposée ne dédouble pas celle de Radio-Canada par exemple. « Il faudra faire quelque chose de différent », dit-il.

Jean-Hugues Roy, professeur à l'École des médias de l'UQAM.

Jean-Hugues Roy, professeur à l'École des médias de l'UQAM, accueille favorablement l'idée lancée par la ministre Roy.

Photo : Radio-Canada / Philippe Couture

Dominique Payette, professeure de journalisme à l’Université Laval, abonde dans le même sens.

Elle a tout juste! Télé-Québec est la mal-aimée du gouvernement depuis sa création, alors qu'elle a réussi avec peu de moyens à maintenir en vie ses stations régionales. Tout est en place sauf un responsable de l’information. C’est un réseau formidable.

Dominique Payette, professeure de journalisme à l’Université Laval

En janvier 2011, elle avait transmis un rapport à la ministre de la Culture et des Communications formulant 50 recommandations pour une réforme du régime de presse. L’idée qu’a soulevée Dominique Payette y figurait déjà.

Mais tout s’est écroulé.

Dominique Payette, professeure de journalisme à l’Université Laval

L'experte avait l’appui de plusieurs parlementaires, assure-t-elle, mais elle s’est heurtée à l’opposition du président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) de l’époque, Brian Myles, l’actuel directeur du quotidien Le Devoir.

La ministre Christine St-Pierre avait alors dit qu’elle ne pouvait pas aller de l’avant si elle n’avait pas l’appui des journalistes, explique Mme Payette.

Un projet réalisable

Dominique Payette, auteure du rapport « L’information à Québec, un enjeu capital. »

Dominique Payette soutient que Télé-Québec a le potentiel pour porter l'idée soulevée par la ministre Roy.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Quant à la faisabilité de la chose, les deux professeurs y croient. Ils estiment que ce projet peut se réaliser sans trop de difficultés.

Il faudrait changer le mandat de Télé-Québec, changer la loi sur la télédiffusion du Québec et adopter des budgets en conséquence. Pas ponctionner le budget actuel, pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. Il faut que ce soit du nouvel argent.

Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias

Dominique Payette pense que Télé-Québec pourrait s’inspirer de sa plateforme culturelle et l’adapter à l’information. Ça pourrait se faire très rapidement. Et on formerait le premier réseau national du Québec, dit-elle.

Cette dernière va participer à la commission parlementaire qui débutera le 26 août et qui a pour objectif de guider le gouvernement à aider les médias qui traversent une crise.

La professeure de journalisme compte plaider pour l’élaboration d’un plan global, équitable et qui repose sur la déontologie journalistique.

Une approche inintéressante

Brian Myles photographié dans la salle de nouvelles de Radio-Canada à Montréal.

L'ancien président de la FPJQ et actuel directeur du journal Le Devoir, Brian Myles, voit d'un mauvais oeil le projet d'utiliser Télé-Québec pour diffuser de l'information.

Photo : Radio-Canada

En entrevue à Radio-Canada, l'ancien président de la FPJQ Brian Myles maintient la position qu'il défendait, il y a quelques années, concernant l'idée de recourir à Télé-Québec pour diffuser de l’information.

Ce n’était pas vraiment une approche qui était si intéressante que cela en 2011. Elle ne l’est pas plus aujourd'hui. À moins que Télé-Québec veuille payer les médias déjà existants des redevances pour l’utilisation de leur contenu. Mais je pense que le mandat de Télé-Québec est déjà assez bien défini, bien circonscrit, sur des missions reliées à l’éducation, les variétés, le divertissement, a-t-il, affirmé.

Brian Myles redoute que l'arrivée possible de Télé-Québec dans le milieu de l'information ne vienne perturber l'industrie qui traverse actuellement crise.

J’aurais une crainte qu’un joueur de plus dans un marché déjà fragile viendrait diluer l’assiette publicitaire, faire une pression sur les embauches et ne contribuerait pas vraiment à stabiliser ce qui est déjà fragile. Maintenant, on a besoin d’une diversité des voix, alors il faut trouver des moyens de soutenir la diversité des voix. J’aurais peut-être plus d’appétit pour un programme qui favoriserait l’innovation et l’émergence d’entreprises de démarrage dans le domaine de l’information, a-t-il dit.

Le directeur du journal Le Devoir plaide en fait pour la création d’un « fonds des médias élargi » inspiré en partie du fonds dont bénéficient les câblodistributeurs canadiens.

Je préfère un système où on va percevoir des redevances, où on va être capables de créer un fonds médias auquel on aura tous accès. Autrement dit, il faut avoir un système – pour être bien simple, bien clair – où tous les acteurs qui sont dans la chaîne de production, de diffusion des contenus et qui bénéficient des contenus contribuent à leur financement.

Brian Myles, directeur du Devoir

Un bref sursis

En attendant de trouver une solution à long terme à la crise de l'information, le gouvernement a annoncé lundi l’octroi d’un prêt de 5 millions de dollars à Groupe Capitales Médias.

Cette somme devrait permettre aux quotidiens régionaux d’être publiés jusqu’au 31 décembre et de préserver les 350 emplois que comptent Le Soleil de Québec, La Tribune de Sherbrooke, Le Nouvelliste de Trois-Rivières, Le Droit d’Ottawa-Gatineau, La Voix de l’Est de Granby, Le Quotidien de Chicoutimi et l’hebdomadaire Le Progrès-Week-end de Saguenay.

Ce ne sont pas des peanuts, c’est une peanut. Ça couvre à peine les frais de fonctionnement, assure Claude Thibodeau, spécialiste des médias, qui s’inquiète même pour Martin Cauchon.

Je me demande comment il va faire pour rembourser la famille Desmarais, lance-t-il.

Martin Cauchon lors d'une conférence.

Martin Cauchon a mis la main sur les six journaux régionaux en 2015.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Marie-Ève Martel, journaliste à La Voix de l’Est et auteure d’Extinction de voix, plaidoyer pour la sauvegarde de l’information régionale, assure qu’on travaille fort pour sauver les meubles. Ce 5 millions, ça nous encourage à nous relever les manches. On veut faire partie de la solution.

La ministre Nathalie Roy se dit très confiante. On a des appels de gens qui sont intéressés et qui comprennent l’importance de l’information locale et régionale, a-t-elle dit, toujours sur les ondes d’ICI Première.

Lundi, le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, assurait que son entreprise était la seule qui puisse assurer la pérennité des journaux du Groupe Capitales Médias, suscitant la crainte d’une concentration des médias.

L’entreprise médiatique Cogeco serait également en pourparlers pour racheter le Groupe.

Pour sa part, le Fonds de solidarité FTQ se dit prêt à regarder le dossier du Groupe Capitales Médias. Le Fonds a déjà investi de l'argent dans le journal Le Devoir.

Je suis très confiante qu’il y aura plus d’un repreneur, a dit Mme Roy, qui assure que « c’est le journalisme qu’on veut sauver ».

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