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Avenir des médias : la solution pourrait être du côté des fournisseurs d'Internet

Le reportage d'Alexandra Szacka

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Sarah Molkhou
Jean-Philippe Guilbault

Le prêt d’urgence accordé lundi après-midi par Québec au Groupe Capitales Médias (GCM) maintenant au bord de la faillite n’est pas la voie à privilégier pour sauver les médias traditionnels, d'après les spécialistes que nous avons consultés. Pour trouver une solution, les politiciens pourraient regarder du côté des fournisseurs de service d'Internet, disent-ils.

L'entreprise de presse québécoise avait envoyé un avis d'intention pour se placer sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité en début d’après-midi. Elle a finalement pu compter sur un prêt d’urgence d’une valeur maximale de 5 millions de dollars octroyé par Investissement Québec.

Or, si cette aide à court terme est saluée par les experts, une réflexion plus poussée doit être tenue puisque les règles du jeu ont changé, selon Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias et directeur du programme de journalisme de l’UQAM.

On continue à payer pour se divertir et s’informer, sauf que l’argent ne va plus aux mêmes endroits.

Jean-Hugues Roy

Aujourd’hui, l’argent est concentré entre les mains de quelques joueurs, les fournisseurs d’équipements comme Apple ou Samsung et les fournisseurs de bandes passantes, qui, heureusement, ne sont pas des multinationales, explique M. Roy.

Une analyse que partage Sylvain Lafrance, professeur associé et directeur du Pôle médias à HEC Montréal, pour qui le lectorat n'est pas significatif du problème. On fait surtout face à une baisse des revenus publicitaires, et à leur transfert vers de grands groupes numériques internationaux, souligne-t-il en entrevue à RDI.

Tableau qui montre l'évolution des revenus publicitaires des quotidiens et des géants numériques entre 2003 et 2017 : les premiers sont passés de 31 % à 11 % et les seconds, de 1 % à 44 %.

En 14 ans, la part des revenus publicitaires des géants numériques a été multipliée par 44.

Photo : Radio-Canada

C'est sûr qu'une aide ponctuelle dans une situation comme ça, on n'a pas le choix. Mais, idéalement, ça doit prendre des solutions qui sont structurantes pour l'ensemble de l'industrie, précise Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications.

Colette Brin, professeure titulaire et directrice du centre d’études sur les médias à l’Université Laval à Québec, compte d'ailleurs mettre cette idée de l'avant lors de la commission parlementaire sur l'avenir des médias d'information, qui se réunira la semaine prochaine.

L’essentiel de notre propos portera sur la demande d’une aide structurée et cohérente pour l’ensemble des écosystèmes de l’information. Il faut penser à l’information régionale, mais aussi aux régions qui ne sont pas desservies en information, a-t-elle expliqué sur les ondes de L'heure du monde.

L’État doit envisager une aide à long terme, car il n’existe pas de solution à court terme pour rendre les quotidiens rentables.

Colette Brin, directrice du centre d’études sur les médias à l’Université Laval à Québec

Une taxe pour les entreprises de télécommunication

Jean-Hugues Roy a d’ailleurs calculé – selon les données ventilées par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) sur les fournisseurs de télécommunication – qu'une taxe de 5 % sur les revenus issus des abonnements à Internet, ou des forfaits de données mobiles, aurait généré en 2017 des revenus de plus d’un milliard de dollars.

Une partie de ces revenus, tirés d’une redevance sur la bande passante, pourrait alors être redistribuée aux médias canadiens. Une pratique qu’il compare à ce qui a été fait lors de l’apparition de la télévision câblée.

C’est sûr que l’on peut dire que Vidéotron finance déjà l’information à travers Québecor, puis Bell avec RDS, CTV et peut-être V bientôt. On leur dit merci, mais il faut en faire plus.

Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias et directeur du programme de journalisme de l’UQAM

Pour Alain Saulnier, professeur invité à l’UdeMet ancien directeur de l'information à Radio-Canada, le modèle d’affaires des médias est en train de s’écrouler. Il faudrait réfléchir à une façon de recueillir de l’argent qui nous est dû, dit ce journaliste.

Une réforme de la loi sur le droit d’auteur est évoquée par le professeur Jean-Hugues Roy, qui ne souhaite pas faire porter l’entière responsabilité de la crise des médias aux géants du web : Facebook, on en parle beaucoup, mais Mark Zuckerberg dit que sur le fil d’actualité des utilisateurs, il n’y aurait que 4 % du contenu qui vient des médias d’information.

En taxant 4 % des 840 millions de revenus publicitaires de Facebook au Québec, les médias de la province ne pourraient récupérer que 33 millions de dollars, une bonne somme, mais insuffisante pour faire vivre les médias, estime-t-il.

Il faut avoir une stratégie beaucoup plus globale, explique pour sa part Alain Saulnier. « Pour cela, les États qui sont prêts à poser un geste en ce sens doivent se concerter afin de faire appliquer des mesures gouvernementales communes », plaide-t-il.

Malgré l'aide fédérale qui a été annoncée – 595 millions de dollars sur cinq ans pour venir en aide à l'industrie médiatique – la problématique concernant l'avenir des médias, en proie à des difficultés majeures, demeure.

Dans l’écosystème de l’information, les quotidiens, ce sont les grands carnivores, dit Jean-Hugues Roy. L’information qui est générée dans les quotidiens, on l’entend à la radio, on la voit à la télévision, donc s’ils disparaissent, il y aura des déserts de l’information au Québec.

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