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Aide d’urgence de Québec à Capitales Médias, qui est au bord de la faillite

Le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon a annoncé une aide gouvernementale d'urgence à GCM.

Photo : Radio-Canada

Sophie-Hélène Lebeuf

Le gouvernement Legault a indiqué lundi qu’Investissement Québec octroierait un prêt maximal de 5 millions de dollars à Groupe Capitales Médias (GCM), ce qui permettra à l'entreprise de se protéger de ses créanciers.

Le ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a fait part de cette aide gouvernementale à l'issue d'une réunion téléphonique d'urgence du Conseil des ministres.

La somme permettrait aux quotidiens du groupe de poursuivre leurs activités au moins jusqu'au 31 décembre, a-t-il estimé.

Plus tôt dans la journée, GCM avait envoyé un avis d'intention pour se placer sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité.

Le ministre Fitzgibbon a en outre annoncé la nomination de Stéphane Lavallée comme PDG exécutif intérimaire de l'entreprise et de PricewaterhouseCoopers (PwC) comme syndic.

Le président et propriétaire de GCM, Martin Cauchon, a accepté de remettre sa démission, a-t-il signalé, précisant que son départ entrerait en vigueur dès qu'un juge aurait entériné la proposition.

Les nouveaux administrateurs pourront ensuite amorcer le processus formel pour trouver un ou des repreneurs, a indiqué le ministre Fitzgibbon.

La raison pour laquelle on intervient aujourd’hui est que la survie du Groupe Capitales Médias était mise en cause, étant rendu insolvable. Il était impossible pour nous au gouvernement d’envisager la fermeture de ces six journaux.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie

Le Groupe Capitales Médias publie les quotidiens Le Soleil de Québec, La Tribune de Sherbrooke, Le Nouvelliste de Trois-Rivières, Le Droit d'Ottawa-Gatineau, La Voix de l’Est de Granby et Le Quotidien de Chicoutimi, ainsi que l’hebdomadaire Le Progrès-Week-end de Saguenay.

Capitales Médias a déjà reçu, en 2017, une aide provinciale de 10 millions de dollars. Québec est d'ailleurs le principal créancier de l'entreprise.

Le ministre Fitzgibbon a en outre spécifié que le gouvernement ne devenait pas actionnaire du groupe. Nous ne voulions pas être actionnaires parce qu’on aurait pu – à juste titre – être accusés de faire de l’ingérence, a-t-il expliqué à RDI Économie. Il a ajouté que l'aide gouvernementale n'était pas un puits sans fond.

Ce n’est pas à nous [le gouvernement] de donner de l’argent en permanence à ces journaux-là, il faut que le milieu se prenne en mains, a-t-il répété.

Dimanche, le premier ministre François Legault avait affirmé que le gouvernement caquiste allait « tout faire » pour que les journaux du groupe GCM continuent de paraître après le 26 août.

La semaine dernière, M. Cauchon avait dit que « toutes les options » étaient envisagées pour assurer la survie des quotidiens.

Protéger l'information

Le reportage d’Hugo Lavallée

Les sommes allouées permettront de diffuser une information régionale et locale de qualité et de préserver quelque 350 emplois dans plusieurs régions, a assuré la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, aux côtés du ministre Fitzgibbon. Tous ces journaux continueront à être publiés, a affirmé Mme Roy, qui excluait toute aide d'urgence la semaine dernière.

L’information provenant de plusieurs sources est un des piliers de notre démocratie, a soutenu la ministre, qui a au passage critiqué l'aide à la pièce. Nous avons toujours soutenu que c’est le journalisme qu’il faut protéger et non un propriétaire de presse en particulier, et c’est exactement ce que nous faisons aujourd’hui.

Martin Cauchon a salué l'initiative du gouvernement Legault.

Pour moi, c’est un beau témoignage : on croit à la nouvelle en région, on croit en la démocratie et on veut stabiliser le groupe.

Martin Cauchon, président et propriétaire de GCM

Si on me dit que quelqu’un peut arriver et mettre des sous additionnels, comme le fait le gouvernement du Québec, et envoyer une équipe qui, elle, regardera ça avec un regard nouveau et peut-être même donner une chance additionnelle au groupe et peut-être même trouver des repreneurs et assurer la pérennité, moi, je dis : "chapeau", a déclaré M. Cauchon en entrevue à RDI Économie. Il a mentionné être en discussion avec le gouvernement depuis plusieurs mois.

Après l'annonce du gouvernement, le président-directeur général du Groupe Capitales Médias, Claude Gagnon, a voulu se faire rassurant dans un texte publié sur le site du Soleil.

Ce processus légal et le financement du gouvernement du Québec permettront donc à GCM de poursuivre normalement ses activités et d’envisager toutes les options pour assurer la pérennité des entités du groupe, a-t-il écrit.

Comme l'avait fait M. Cauchon la semaine dernière, M. Gagnon a évoqué la baisse des revenus publicitaires à l'ère des réseaux sociaux, comme Facebook et Google, qui récoltent dorénavant la part du lion.

Tableau qui montre l'évolution des revenus publicitaires des quotidiens et des géants numériques entre 2003 et 2017 : les premiers sont passés de 31 % à 11 % et les seconds, de 1 % à 44 %.

En 14 ans, la part des revenus publicitaires des géants numériques a été multipliée par 44, tandis que celle des quotidiens a fondu.

Photo : Radio-Canada

Ce développement survient une semaine avant le début des travaux de la commission parlementaire qui se penchera, du 26 au 30 août, sur l'avenir des médias d’information.

Le gouvernement proposera ensuite un programme d'aide aux médias écrits à la fin du mois de septembre ou au début d'octobre.

Plaidoyer pour la survie des médias

Le vice-président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Jean-Thomas Léveillée, a insisté sur la crise que traversent les médias depuis plusieurs années.

Les médias – particulièrement les médias écrits – sont en péril et ça fait des années qu’on le dit, a-t-il dit en entrevue à Radio-Canada. La seule bonne nouvelle aujourd’hui, c’est qu’on constate que les gouvernements s’en soucient beaucoup, a-t-il ajouté, soulignant la nécessité de mettre en place des solutions qui permettront la survie des médias à plus longue échéance.

Maintenant, il faudra des mesures à long terme et pas seulement des mesures d’urgence qui vont permettre de se rendre, dans ce cas-ci, à la fin de l’année.

Jean-Thomas Léveillée, vice-président de la FPJQ

La porte-parole du Parti libéral du Québec en matière de culture et de communications, Isabelle Melançon, a accusé le gouvernement caquiste d'avoir tardé à agir, alors que des médias avaient déjà signalé la situation précaire de Capitales Médias au printemps dernier.

C’est triste qu’on en soit rendus là, mais surtout qu’on ait attendu d’être sur le bord du gouffre, a-t-elle déploré à l'émission 24/60.

Elle a en outre montré du doigt les géants numériques, tout comme ses vis-à-vis des autres partis d'opposition.

Un qui tombe, il y en d'autres qui sont tombés avant et il y en a d'autres qui vont tomber après, a dit la députée de Québec solidaire Catherine Dorion. C'est une hécatombe qui est en train de se produire au Québec et ailleurs dans le monde à cause des géants du numérique. La cause est très, très claire, a-t-elle ajouté, estimant qu'il fallait se tenir debout devant les Google, Facebook et Apple.

Énormément de gens s'informent sur Facebook, notamment, mais les liens viennent toujours bien de médias nationaux, a de son côté souligné le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé. Sur Twitter, il avait plus tôt salué la pluralité des sources d’informations comme essentielle à notre démocratie.

Interrogé sur la situation de GCM, le premier ministre canadien Justin Trudeau, de passage à Québec pour confirmer le financement fédéral du tramway, a exprimé sa volonté de voir les médias avoir la capacité et les ressources pour poser toutes les questions importantes et rapporter les nouvelles et la vérité.

On va toujours être là pour regarder comment on peut aider tout en respectant, évidemment, l’indépendance essentielle des médias, a-t-il affirmé.

L'an dernier, son gouvernement avait annoncé une aide financière à la presse écrite de près de 600 millions de dollars sur 5 ans ainsi que des crédits d'impôt pour l'embauche de journalistes dans les médias locaux.

La multiplication des sources médiatiques et des médias, en démocratie, est fondamentale et je souhaite ardemment que Le Soleil de Québec puisse continuer à publier pour longtemps, a déclaré de son côté le maire de Québec, Régis Labeaume.

Une mauvaise nouvelle qui suscite l'intérêt de partenaires potentiels

La CSN a salué l'aide de Québec et a souhaité participer financièrement à la relance des opérations de ces médias écrits.

L’un des scénarios qui nous semblent porteurs d’avenir serait de constituer une coopérative de travailleuses et de travailleurs de l’information qui deviendrait actionnaire des quotidiens du Groupe Capitales Médias, en partenariat avec d’éventuels investisseurs, a écrit le syndicat dans un communiqué.

En entrevue sur QUB radio, propriété de Québecor, le président et chef de la direction de l’entreprise, Pierre Karl Péladeau, a de son côté confirmé son intérêt pour GCM, lundi, se disant partisan de la presse régionale.

La semaine dernière, des médias avaient rapporté que Québecor et Cogeco étaient en pourparlers avec l’entreprise de M. Cauchon.

Les libéraux avaient alors brandi la menace d'une plus grande concentration de la presse.

S'il s'est dit soucieux d'une telle possibilité, le ministre Fitzgibbon a cependant apporté des nuances. En bout de piste, la crise est tellement sérieuse qu’il faut être ouvert à toutes sortes de possibilités, a-t-il soutenu sur nos ondes.

Le Devoir serait en outre intéressé par une certaine forme d'alliance avec Le Soleil, selon des informations de La Presse, toutefois nuancées par le directeur du quotidien, Brian Myles.

Il y a un marché intéressant à Québec pour le modèle d’affaires du Devoir, et la marque du Soleil a toujours conservé un lustre enviable dans la région, a déclaré M. Myles au journal qu'il dirige. On étudie toutes les options avec nos partenaires, mais il est prématuré de formuler des hypothèses à cette étape. Comme tout le monde, nous absorbons la nouvelle sur les difficultés de Capitales Médias, une nouvelle tragique pour l’information locale et la diversité des voix.

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