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Pesticides : 40 % d'erreurs chez les agronomes inspectés

Certains agronomes ont des « lacunes majeures », assez graves pour risquer une suspension de leur droit de pratique

Un tracteur épand du glyphosate sur un champ de blé.

Depuis l'an dernier, le gouvernement du Québec oblige les agronomes à prescrire et à justifier l'utilisation de certains pesticides.

Photo : Radio-Canada

Thomas Gerbet

Déjà accusés de manquer d'indépendance vis-à-vis de l'industrie des pesticides, des agronomes chargés de conseiller les agriculteurs sont de nouveau la cible de reproches.

Radio-Canada a obtenu le bilan 2018 des inspections dans le domaine des pesticides, fourni par l'Ordre des agronomes (OAQ) au gouvernement du Québec.

Sur environ 150 agronomes qui travaillent dans le domaine des pesticides, 36 ont reçu la visite d'un inspecteur de l'OAQ. Des non-conformités ont été détectées pour 14 d'entre eux (40 %).

  • 6 présentaient des lacunes mineures;
  • 3 avaient des lacunes majeures;
  • 5 présentaient des lacunes majeures graves entraînant des doutes sur leur compétence.

Les agronomes ayant commis les erreurs les plus graves recevront de nouveau la visite d'un inspecteur, à l'automne. Si les incohérences persistent, ils feront l'objet d'une audition et des mesures pourraient être prises à leur encontre, allant jusqu'à la suspension de l'Ordre.

Il n'a pas été possible de connaître la nature des erreurs détectées. Mais selon nos informations, un tel niveau de non-conformité est très élevé par rapport aux autres secteurs d'activité agronomiques.

« On prend ça au sérieux », dit le président de l'OAQ, Michel Duval, sans vouloir s'étendre davantage sur le sujet. L'Ordre indique que ces dossiers font toujours l'objet d'une analyse : « Une fois complétées, ces analyses permettront de déterminer les interventions nécessaires ».

Le ministère de l'Environnement constate lui aussi des irrégularités

Depuis l'an dernier, Québec oblige les agronomes à produire une justification pour toute prescription d'atrazine, le pesticide considéré par le gouvernement comme celui qui comporte le plus de risques pour la santé et l'environnement. Le produit est interdit en Europe depuis une quinzaine d'années.

Dans le cadre de cette nouvelle réglementation, le ministère de l'Environnement a inspecté un échantillon de 1500 prescriptions d'atrazine.

Dans certains cas, effectivement, il ressort de cette analyse que certains éléments réglementés ne sont pas respectés.

Catherine Giguère, porte-parole du ministère de l'Environnement du Québec

Le ministère s'est rendu compte que des agronomes omettent de signaler le problème qui justifie l’utilisation de l’atrazine ou bien ne proposent pas à l’agriculteur de solutions de rechange.

L’application de cette substance ne devrait être recommandée que lorsque c’est absolument nécessaire, de manière à en réduire l’utilisation.

Marc Croteau, sous-ministre de l'Environnement du Québec, en mai 2019

En mai, à l'ouverture de la commission parlementaire sur les pesticides, le sous-ministre Marc Croteau avait fait part de ses préoccupations après avoir révélé qu'un petit groupe de 15 agronomes (presque tous employés de l'industrie) était responsable de la moitié des 1500 prescriptions du pesticide.

La majorité des agronomes qui conseillent les agriculteurs sur l'utilisation des pesticides sont des salariés des entreprises qui vendent ces produits. La plupart touchent des primes, bonis ou commissions à la vente, une pratique interdite par le code de déontologie des agronomes.

Peut-on enfin séparer la vente et le conseil chez les agronomes? Cela a été fait en France, pourquoi pas ici? [...] Aujourd'hui, le plus simple et le plus efficace serait d'interdire tous les pesticides nécessitant une prescription.

Pascal Priori, porte-parole de l'Alliance pour l'interdiction des pesticides systémiques

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