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Agression sexuelle : une Néo-Brunswickoise soutient que la GRC l'a découragée de porter plainte

Nicole Gallant en entrevue

Nicole Gallant intente une poursuite contre la GRC et la succession d'Allan Larin qui, selon elle, l'a agressée sexuellement dans les bureaux du détachement de Richibucto en 2010.

Photo : CBC/Ian Bonnell

Radio-Canada

Au Nouveau-Brunswick, une résidente de Richibucto qui dit avoir été agressée sexuellement par un policier à la retraite soutient que la Gendarmerie royale du Canada la dissuadait de porter plainte contre ce dernier, il y a 9 ans.

La GRC a été négligente en enquêtant sur la plainte et en choisissant de résoudre l’affaire avec un forum de justice réparatrice où la présumée victime devait faire face à son présumé agresseur, selon les documents de la poursuite intentée par Nicole Gallant.

Selon ces documents obtenus par CBC, la GRC n’a pas su reconnaître que l’agent à la retraite Allan Larin était un « danger pour tout le monde au District 5 » où travaillait Mme Gallant.

Allan Larin est mort d’un cancer en avril, selon une notice nécrologique.

Aucune des allégations de la poursuite, qui nomme aussi la succession d’Allan Larin, n’a encore été prouvée en cour. Ni la GRC ni la succession de M. Larin n’ont encore déposé leur exposé de défense.

La veuve d’Allan Larin précise qu’elle n’est pas au courant de la poursuite.

La GRC ne fait aucun commentaire sur des affaires qui se trouvent devant les tribunaux, indique la porte-parole du corps policier, la caporale Jullie Rogers-Marsh.

Elle lui disait d'arrêter, selon la poursuite

Selon la poursuite, les faits allégués se seraient produits le 26 octobre 2010. Nicole Gallant devait aller dans une salle où sont entreposés les dossiers.

À l’époque, Allan Larin était à la retraite et travaillait en tant qu’employé civil temporaire, selon la poursuite.

Portrait du policier en uniforme

Nicole Gallant soutient que le policier à la retraite Allan Larin (ci-dessus) l'a agressée sexuellement en 2010. Il est mort en avril 2019.

Photo : Maison funéraire Thompson

Nicole Gallant a croisé l’ancien policier en entrant dans la salle et entendu la porte se fermer derrière elle, selon la poursuite. Allan Larin serait resté dans la salle.

Mme Gallant dit qu’elle était nerveuse à ce moment et qu’elle a prononcé d’une voix forte le numéro du dossier qu’elle cherchait pour qu’il comprenne que d’autres savaient qu’elle était là.

Lorsqu’elle a tenté de prendre le dossier, Allan Larin se trouvait derrière elle, selon elle, et il l’a saisie par le bras, l’a fait pivoter et lui a donné un baiser sur la bouche.

Nicole Gallant soutient qu’elle lui a dit d’arrêter et qu’au moment où elle a fait demi-tour pour sortir de la salle, Allan Larin l’a enlacée par-derrière en pressant son corps contre le sien. Elle continuait de lui dire d’arrêter et il a répondu en lui demandant de l’épouser, dit-elle.

Allan Larin aurait tenté de lui donner d’autres baisers, mais Mme Gallant dit avoir réussi à se dégager et à retourner à son poste de travail.

Découragée de porter des accusations

Mme Gallant affirme que son mari l’encourageait à signaler dès le lendemain ce qui s’était produit, mais que cette perspective l’intimidait parce que Richibucto est une petite collectivité où Allan Larin était connu et apprécié.

Elle dit qu’elle en a parlé à un autre employé le lendemain des faits allégués et qu’elle a donné un exposé des faits à une policière le jour suivant.

Selon les documents de la poursuite, une enquête a alors été ouverte, Allan Larin a été suspendu et son accès au bâtiment de la GRC a été limité. Mme Gallant n’a pas demandé aux policiers si elle menait une enquête criminelle ou interne.

La poursuite soutient que l’enquête effectuée par la caporale Patricia Levesque a révélé que le comportement d’Allan Larin mettait parfois ses collègues mal à l’aise.

Le rapport d’enquête n’a pas été déposé avec la poursuite. Il n’est mentionné que dans l’exposé des faits allégués.

La poursuite soutient que des membres de la GRC ont déconseillé à Nicole Gallant d’accuser Allan Larin et le corps policier en lui disant que l’affaire attirerait l’attention des médias et que cela pourrait nuire à ses deux filles.

Nicole Gallant dit que ces propos l’effrayaient et c’est pourquoi elle n’avait pas poursuivi ses démarches à l’époque.

Un forum de justice réparatrice

Sa plainte a été traitée dans un « forum de justice réparatrice » plutôt que devant un tribunal, selon Mme Gallant. Le forum a eu lieu en février 2011, selon elle, et elle y a participé ainsi que des enquêteurs, Allan Larin et des collègues féminines.

Les participants sont restés assis en cercle pendant deux heures et ont parlé tour à tour de ce qu’ils ressentaient.Ce n’était pas une très bonne expérience, résume Mme Gallant. Elle dit qu’elle tremblait comme une feuille et qu’elle a gardé la tête basse pendant tout ce temps.

Ils sont assis à une table et examinent un document.

Nicole Gallant et Brian Murphy

Photo : CBC/Ian Bonnell

CBC n’a parlé à aucun collègue de Nicole Gallant. À la demande de son avocat, elle n’a pas identifié ceux qui seraient au courant des faits ni les autres femmes qui auraient participé au forum de justice réparatrice.

Durant le forum, Allan Larin a exprimé des « remords » et accepté de chercher à obtenir du soutien psychologique, selon la poursuite.

Après cela, Nicole Gallant croyait que l’affaire était terminée. Ce n’est qu’après que ses enfants ont quitté la maison familiale qu’elle a commencé à se poser des questions. Neuf ans se sont écoulés et elle y pense tous les jours, dit-elle.

Dédommagement réclamé

La poursuite soutient que Nicole Gallant a souffert d’anxiété, de dépression, d’hypertension et d’insomnie à la suite de l’agression sexuelle présumée et du forum de justice réparatrice. Elle réclame des dommages-intérêts à la GRC et à la succession d’Allan Larin.

Nicole Gallant veut aussi encourager toute femme qui subit au travail du harcèlement ou des agressions sexuelles à porter plainte, explique son avocat, Brian Murphy.

Mme Gallant travaille toujours au détachement de Richibucto. Elle a décidé d’intervenir publiquement avec l’appui de sa famille.

Chaque jour, dit-elle, elle essaie de travailler avec le sourire, mais à l’intérieur elle ne ressent plus l’insouciance d’autrefois.

D’après un reportage de Karissa Donkin, de CBC

Nouveau-Brunswick

Procès et poursuites