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Besoin criant d'aide psychologique chez les agriculteurs du Bas-Saint-Laurent

Un agriculteur conduit son tracteur dans un champ.

Un programme de travailleur de rang a été mis en place au Québec il y a quelques années.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

Marie-Christine Rioux

Près de la moitié des producteurs agricoles du Québec ressentent une détresse psychologique à un moment ou à un autre de leur vie, selon l'Union des producteurs agricoles. Pourtant, le Bas-Saint-Laurent ne dispose toujours que d'une seule travailleuse de rang qui peut se rendre sur les fermes pour les écouter.

À Trois-Pistoles, le copropriétaire de la Ferme Luron, Guy Caron, élève des veaux depuis 35 ans. Comme plusieurs de ses collègues producteurs agricoles, il a vécu un épisode de détresse psychologique.

Tsé, la corde. Je l'ai vue moi aussi. J'aurais pu me pendre à un moment donné parce qu'en 2003, quand la vache folle est arrivée et qu'on n'avait pas ça ici au Québec, on vendait les vaches de 500 à 1000 $. C'étaient nos salaires. Puis la vache, elle valait plus rien que 50 à 1 $, se souvient-il.

Le producteur de bovins, Guy Caron

Guy Caron, sur sa terre

Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Rioux

Guy Caron a finalement choisi de tenir bon. Il est loin d’être le seul producteur à avoir traversé une période plus sombre.

Un producteur sur dix dit avoir eu des pensées suicidaires au cours de la dernière année, selon les données de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Si vous ou l'un de vos proches êtes en détresse ou avez besoin d'aide, téléphonez au 1 866 APPELLE (277-3553).

Un programme de travailleur de rang a été mis en place au Québec il y a quelques années.

En 2016, le président de la Fédération de l'UPA pour le Bas-Saint-Laurent, Gilbert Marquis, réclamait un travailleur de rang pour chacune des MRC de la région.

Gilbert Marquis, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) du Bas-Saint-Laurent

Gilbert Marquis, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) du Bas-Saint-Laurent

Photo : Radio-Canada

Pourtant, il n'y a toujours qu'une seule travailleuse de rang au Bas-Saint-Laurent. Ce programme de travailleur de rang est un projet-pilote qui ne dispose pas de financement récurrent et qui doit être renouvelé chaque année.

S’il faut faire un Téléthon comme Opération Enfant Soleil, je pense qu'on est rendus là.

Gilbert Marquis, président de la Fédération de l'UPA du Bas-Saint-Laurent

Il interpelle à nouveau le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ), André Lamontagne, pour que des actions soient posées dans ce dossier.

J'attends beaucoup du ministre Lamontagne parce qu'il était en rencontre, à un moment donné, dans une salle avec notre jeune relève et il a demandé s'il y en avait qui avaient subi ou qui avait des personnes qui avaient passé à l'acte ou des voisins et ainsi de suite. Au-dessus du trois quarts de la salle [a] levé la main. Ça fait qu’il est resté surpris, raconte Gilbert Marquis.

Des vaches dans un enclos

Quelques-unes des vaches de Guy Caron

Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Rioux

Gilbert Marquis dit attendre des nouvelles du MAPAQ d'ici à la fin du mois d'août.

Le ministère n'a toujours pas répondu à notre demande d'information à ce sujet.

Une mobilité importante pour les agriculteurs

Depuis deux ans, la travailleuse de rang Marie-Pier Boissonnault sillonne la vallée de la Matapédia et se rend parfois jusqu'à Rimouski, pour des urgences.

Selon elle, les agriculteurs n’ont pas tendance à se déplacer pour obtenir de l’aide en santé mentale. Le fait qu’elle puisse se déplacer vers eux est donc essentiel, estime la travailleuse de rang.

Sérieuse, en entrevue, elle écoute la journaliste. En arrière-plan, un champ et des arbres

Marie-Pier Boissonnault est travailleuse de rang au Bas-Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada

Ils ont beaucoup de travail. Donc, quand je me déplace pour aller les voir, c’est mieux pour eux. Je peux aller avec eux en tracteur, je peux aller avec eux à la ferme, explique-t-elle.

Guy Caron abonde dans le même sens que Mme Boissonnault.

T'as de la misère à avoir le temps de dormir et de manger! Pensez-vous que t'as le temps d'aller voir un psychologue ou un psychiatre?

Guy Caron, copropriétaire de la Ferme Luron

La travailleuse de rang estime que son travail aide les agriculteurs à se sentir soutenus.

Si j'ai un agriculteur qui ne va pas bien, il sait qu'il peut me rejoindre en tout temps. Puis ça, ça les sécurise beaucoup parce qu'ils ont déjà un lien avec moi donc, des fois, ce n'est pas facile d'appeler quelqu'un qu'on ne connaît pas, pour discuter de tout ça, souligne Marie-Pier Boissonnault.

Des agriculteurs dans un champ.

Un producteur sur dix dit avoir eu des pensées suicidaires au cours de la dernière année, selon les données de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Photo : Radio-Canada

Les producteurs, ils ont l’agriculture tatouée sur le coeur. C’est important pour eux autres. Ils vont toujours au-dessus de leur limite. C’est ça notre problème, aux producteurs. On se casse un doigt, c’est pas grave. On se casse une jambe, on run en béquilles, mais mentalement, notre mental est bien souvent aussi affecté, avance Gilbert Marquis.

Une offre d’emploi a récemment été publiée par le Centre de prévention suicide du KRTB pour engager un travailleur de rang pour couvrir les secteurs du Kamouraska, de Rivière-du-Loup, du Témiscouata et des Basques. Les fonds proviennent de divers dons et d’un concours que le centre a remporté.

Comme pour la travailleuse de rang de la Matapédia, on devra trouver le montant nécessaire au renouvellement du contrat de ce nouveau travailleur de rang pour que le projet se poursuive l’année prochaine.

De son côté, Guy Caron souhaite continuer à exercer le métier qu'il aime le plus au monde, malgré les embûches.

Nous autres, on ne travaille pas pour l'argent là. On travaille pour l'amour du métier.

Guy Caron, copropriétaire de la Ferme Luron

Bas-Saint-Laurent

Santé mentale