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Le Canada n'aidera pas « Jihadi Jack » à revenir au pays

Un homme debout sur une formation rocheuse sourit à la caméra.

Jack Letts, alors âgé de 20 ans, est un Canadien d'origine britannique détenu dans une prison kurde de Syrie.

Photo : Facebook

Radio-Canada

Le ministre canadien de la Sécurité publique Ralph Goodale a affirmé mardi que le gouvernement n'avait pas l'intention d'aider Jack Letts, surnommé « Jihadi Jack » après avoir rejoint le groupe armé État islamique (EI) en Syrie, à revenir au Canada pour y être jugé.

Jack Letts, un Canado-Britannique de 24 ans, est actuellement détenu en Syrie par les forces kurdes qui l'ont capturé en 2017. Londres l'a déchu de sa nationalité britannique, et son cas relève désormais du gouvernement canadien.

« Nous n'avons aucune obligation de faciliter son retour [...] et nous n'avons aucunement l'intention de faciliter ce retour », a déclaré M. Goodale lors d'une entrevue à CBC.

« Notre première obligation est de veiller à la sécurité nationale de notre pays et à la sécurité des Canadiens », a ajouté le ministre de la Sécurité publique.

Jusqu’à ces derniers jours, le gouvernement canadien avait refusé d’exprimer clairement ses intentions quant au rapatriement ou non du Canado-Britannique pour qu’il soit jugé au pays.

« Cet individu, comme d'autres avec lui, ont pris la décision réfléchie de quitter le confort de la démocratie canadienne pour traverser la moitié de la planète afin de s'associer avec les terroristes les plus violents et malfaisants qu'on ait connus depuis des générations », a expliqué M. Goodale.

Ils doivent assumer les conséquences de leurs actes. Nous veillerons à ce que la loi et la constitution soient appliquées, mais nous ne faciliterons pas leur retour

Ralph Goodale
Ralph Goodale

Le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Auparavant, M. Goodale s'était dit « déçu » que le gouvernement britannique ait déchu de sa nationalité Jack Letts.

Ce dernier relève de la responsabilité du gouvernement canadien, a écrit le journal britannique Mail on Sunday, à l'origine de la nouvelle.

Ce serait l'une des dernières actions du gouvernement de Theresa May, qui a été remplacé par celui de Boris Johnson le 24 juillet, selon le quotidien.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, avait rapidement réagi à la nouvelle.

Le Canada est déçu que le Royaume-Uni ait pris cette mesure unilatérale pour se décharger de ses responsabilités.

Ralph Goodale, dans un courriel envoyé aux médias

M. Goodale a ajouté que le gouvernement est conscient que des citoyens canadiens sont actuellement détenus en Syrie, mais qu'il n'y a aucune obligation légale de faciliter leur retour.

Nous n'exposerons pas nos agents consulaires à des risques excessifs dans cette partie dangereuse du monde, a-t-il conclu.

Pour sa part, le ministère de l'Intérieur britannique n'a pas confirmé à l'AFP l'information du Mail on Sunday, indiquant ne pas faire de commentaire sur des cas individuels.

Les décisions de retirer la citoyenneté à [un individu] de double nationalité se fondent sur des conseils avisés d'officiels, d'avocats et des agences de renseignement ainsi que toutes les informations disponibles, a toutefois précisé un porte-parole.

C'est un moyen de contrer la menace terroriste posée par des individus des plus dangereux et de garder notre pays en sécurité, a-t-il expliqué.

Qui est Jack Letts ?

Converti à l'islam, Jack Letts, qui a la citoyenneté canadienne par filiation, a quitté en mai 2014 son domicile familial dans le comté d'Oxfordshire, au centre de l'Angleterre. De Jordanie, il s'est rendu au Koweït et s'est marié en Irak avant d'aller en Syrie.

Il a été capturé en mai 2017 par des forces kurdes tandis qu'il essayait de fuir vers la Turquie et est depuis détenu dans le nord de la Syrie.

Dans une entrevue à ITV en février, Jack Letts avait dit vouloir rentrer au Royaume-Uni.

Je ne vais pas dire que je suis innocent. Je ne suis pas innocent. Je mérite ce qui m'arrive. Mais je veux juste que ce soit... approprié... pas une punition “freestyle” en Syrie.

Jack Letts

Ses parents, reconnus coupables en juin de financement du terrorisme pour lui avoir envoyé de l'argent en Syrie, ont été condamnés à des peines de prison avec sursis.

Jihadi Jack est le dernier cas connu de déchéance de nationalité britannique en lien avec des départs pour rejoindre l'EI.

Le gouvernement a notamment été fortement critiqué pour avoir déchu de sa nationalité en février Shamima Begum, une jeune Britannique d'origine bangladaise mariée à un djihadiste en Syrie, qui avait demandé à rentrer au Royaume-Uni et dont le bébé est mort en Syrie.

Vision canadienne

Au Canada, le ton est différent face aux hommes et aux femmes qui ont quitté le pays pour aller combattre ou travailler aux côtés de l’EI.

Dès son arrivée au pouvoir, en novembre 2015, le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé l'abrogation de la loi C-24, adoptée par les conservateurs, qui permettait à Ottawa de retirer la citoyenneté canadienne de ceux qui ont une double nationalité et qui sont accusés de terrorisme, d'espionnage ou de haute trahison.

Toutefois, Jack Letts n’est pas emprisonné par un gouvernement, mais par une milice, et le Canada n’a plus de représentation diplomatique en Syrie, ce qui compliquerait son extradition.

Avec les informations de Agence France-Presse

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