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L’environnement, le maillon faible de la politique provinciale manitobaine?

La santé du lac Winnipeg, parfois aux prises avec une prolifération d'algues bleues en été, parviendra-t-elle à retenir l'attention des électeurs et des partis politiques au cours de la campagne?

Chloé Dioré de Périgny

Des Winnipégois qui voudraient des mesures contre les sols et l'air contaminés de leur quartier reprochent au gouvernement progressiste-conservateur (PC) de ne pas avoir fait des questions environnementales des priorités pendant son mandat. Mais ces enjeux seront-ils abordés pendant la campagne électorale en cours?

Depuis près de deux ans, des habitants des zones de Saint-Boniface entourant le quartier industriel Mission attendent que le gouvernement provincial teste la qualité de l’air de leur secteur et remplace la terre de sols contaminés au plomb.

Je pense qu’il [le gouvernement Pallister] s’en fiche. J’en ai ras le bol, et je ne suis pas le seul, dit Gary Tessier, qui réside sur la rue Cherrier.

En juin 2018, les premiers résultats d’une étude menée par l’Université du Manitoba en 2017 révélaient que les sols environnant la zone industrielle Mission étaient contaminés.

Les concentrations en plomb de certains échantillons prélevés dans les jardins des habitants dépassaient de près de 12 fois les limites acceptables fixées par le Conseil canadien des ministres de l’Environnement.

Les habitants du quartier soupçonnent également la qualité de l’air d’être touchée, à cause des activités menées par l’entreprise de recyclage Industrial Metals, spécialisée dans le retraitement des déchets métalliques.

La société Industrial Metals installée dans une zone industrielle de Saint-Boniface est spécialisée dans le retraitement des déchets métalliques.

Peu après l’installation en 2015 d’une déchiqueteuse de métal à l’usine Industrial Metals, des résidents du quartier Mission ont commencé à percevoir des odeurs chimiques dans l'air ainsi que de la poussière de métal sur leurs voitures et les fenêtres de leur maison.

Photo : Radio-Canada / Travis Golby

En mars 2016, un rapport du gouvernement du Manitoba n'avait révélé aucun problème de qualité de l'air, mais des résidents sceptiques ont demandé une révision des études effectuées.

Après plusieurs rencontres avec la ministre du Développement durable, Rochelle Squires, un moniteur a été installé au printemps dernier pour tester la qualité de l’air. Mais, selon Gary Tessier, il ne fonctionne toujours pas.

Un homme pointe du doigt une machine qui teste la qualité de l'air dans une zone résidentielle.

Gary Tessier doute que les résultats obtenus par le moniteur installé par la province soient concluants, car il est mal placé à cause de la direction des vents.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Sandra Dupuis, de l’Association des résidents du sud de Saint-Boniface, espérait que cette question retienne l'attention pendant la campagne électorale.

D’autres quartiers de Winnipeg, comme Point Douglas, sont également touchés par le phénomène.

Jusqu’ici, seul le chef du Parti libéral, Dougald Lamont, candidat dans la circonscription de Saint-Boniface, a évoqué le sujet.

C’est l’économie qui prime à 100 % [...] Il y a plein d’industries qui continuent à fonctionner et à rajouter des choses néfastes pour la santé de la communauté, dit Gary Tessier

Un problème trop spécifique

Christopher Adams, politologue au Collège St. Paul de l’Université du Manitoba, estime que la contamination des sols à Saint-Boniface est un problème trop local pour être prise en compte dans le débat provincial.

Il croit toutefois qu’il sera mis en avant par le Parti vert et fera partie du débat dans la circonscription de Saint-Boniface.

Un homme se tient les mains dans les poches, à côté d'une bibliothèque remplie de livres.

Christopher Adams rappelle que les sols contaminés avaient fait partie du débat politique lors de l'élection partielle dans Saint-Boniface l'été dernier.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Dougald Lamont a par ailleurs annoncé vouloir créer un fond annuel de 7 millions de dollars pour tester les sols et élaborer des initiatives d'éducation sur les bonnes pratiques à adopter face à la situation, s'il est élu.

Selon la population, il s'était déjà intéressé au problème des sols et de l’air contaminés dans le quartier avant la campagne. Le chef du Parti libéral avait soulevé la question au Palais législatif en mai dernier, sans obtenir de réponse du gouvernement.

Ce sont des problèmes qui existent depuis au-delà d'une dizaine d'années. J’ai comme l’impression que, peu importe la couleur qui va être en place à la fin septembre, que le gouvernement soit bleu, rouge ou orange, les partis s’en foutent pas mal, affirme Gary Tessier.

Un collage des 4 chefs des principaux partis : Wab Kinew du Nouveau Parti démocratique, Brian Pallister du Parti progressiste-conservateur, le libéral Dougald Lamont et le chef du Parti vert, James Beddome.

Les chefs des quatre principales formations politiques. En haut, de gauche à droite : Wab Kinew, du Nouveau Parti démocratique, et Brian Pallister, du Parti progressiste-conservateur. En bas, de gauche à droite : le libéral Dougald Lamont et le chef du Parti vert, James Beddome.

Photo : Radio-Canada

Le Parti vert a dans le passé assisté à des réunions organisées par les habitants du quartier sur le sujet. Son candidat dans la circonscription de Saint-Boniface n’a toutefois pas encore été annoncé pour cette campagne électorale.

Des électeurs peu sensibilisés à l'environnement?

Christopher Adams considère que la place limitée accordée aux préoccupations environnementales dans cette campagne électorale est stratégique.

Le gros de cette élection va se jouer dans les circonscriptions qui regroupent des banlieues de classes moyennes, comme le sud de Winnipeg, Fort Garry, Seine River, Fort Richmond, qui ne sont pas en première place en termes de préoccupations environnementales.

Christopher Adams, politologue au Collège St. Paul de l’Université du Manitoba

Tous les partis provinciaux déterminent qui sont leurs électeurs indécis et décident quels sont les deux ou trois questions à mettre en avant pour les convaincre. Ici, l’environnement n’en fait pas partie, ajoute-t-il.

Notre dossier sur les élections provinciales 2019 au Manitoba

Professeure à l’Institut des ressources naturelles de l’Université du Manitoba, Nicola Koper note que les Manitobains apprécient leurs parcs provinciaux et leurs espaces sauvages, mais ne sont pas prêts à adopter des mesures radicales contre les changements climatiques.

Les politiciens veulent se faire élire et réélire. Si les électeurs ne font pas de l’environnement une priorité, cela n’en sera jamais une.

Nicola Koper, Institut des ressources naturelles de l’Université du Manitoba

Nicola Koper ajoute que les Manitobains pensent encore devoir faire un choix entre la croissance économique et la protection de l’environnement. Elle confirme qu’il est possible de conserver les emplois ainsi que le bien-être de la société et d’avoir une économie plus durable.

Une femme assise sur un banc dans un parc regarde l'objectif.

Nicola Koper conseille aux citoyens de continuer à faire pression auprès des gouvernements pour traiter les questions environnementales, car si personne ne leur dit que c'est important, ils ne les mettront jamais au premier plan.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Au lieu de s’opposer aux entreprises, elle encourage le dialogue entre les gouvernements et les entreprises et les invite à travailler avec les experts en environnement.

D’autres enjeux à venir

Le politologue Christophe Adams a bon espoir que l’environnement deviendra un sujet plus important de la campagne provinciale, à mesure que les élections fédérales approcheront.

La campagne électorale nationale commencera avant que les Manitobains n'aillent aux urnes, le 10 septembre. Elle s’étalera sur une durée de 51 jours, jusqu’au 21 octobre.

L’environnement est un enjeu national, dit Christopher Adams. On peut être sûr que Justin Trudeau, Andrew Scheer, Jagmeet Singh et surtout Elizabeth May vont en parler comme un volet crucial, et cela aura un impact sur le dialogue provincial.

Christopher Adams, politologue au Collège St. Paul de l’Université du Manitoba

Jusqu’ici, la taxe carbone est la seule problématique dans le domaine soulevée par le PC et les néo-démocrates. Christopher Adams croit que la contamination du lac Winnipeg aura également sa part dans le débat.

Des algues bleues vertes recouvrent les plages du lac Winnipeg.

Des algues bleues vertes recouvrent les plages du lac Winnipeg.

Photo : Trish Richardson

Beaucoup de gens se sentent concernés parce que, même s’ils vivent au sud de Winnipeg, ils ont des chalets au bord du lac, explique le politologue. Si la campagne avait été en hiver, ç'aurait été différent, mais là, on est en plein été, c’est un sujet d’actualité.

La question du lac Winnipeg a déjà été soulevée par Dougald Lamont, qui a notamment annoncé vouloir financer une partie d’un traitement en chlorure ferrique du plan d’eau, s’il est élu.

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