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chronique

Les adieux de Kiss : marketing, générations et rock and roll

Deux hommes maquillés jouent de la guitare.

Gene Simmons et Paul Stanley, du groupe Kiss, lors de leur tournée End Of The Road World Tour, le 16 février 2019, à Inglewood, en Californie.

Photo : Getty Images / Kevin Winter

Philippe Rezzonico

Après Elton John, Paul Simon, Slayer, Joan Baez et plusieurs autres, Kiss faisait officiellement ses adieux à la scène montréalaise, vendredi, en présentant la supplémentaire de sa tournée End of the Road au Centre Bell.

« The Final Tour Ever », pouvait-on lire sur les affiches promotionnelles. On présume donc que les membres fondateurs Gene Simmons et Paul Stanley ne vont pas changer d’avis. Cela dit, des escales en Australie et au Japon sont prévues d’ici la fin de l’année après le périple en Amérique du Nord.

Cinq mois après le premier passage de cette ultime tournée au Québec, la question se pose plus que jamais pour ce groupe qui aura frappé l’imaginaire depuis plus de 45 ans. Quel sera l’héritage de Kiss?

« Kiss, ce sont les inventeurs des shows rock d’arénas. C’est l’acharnement de conquérir et de rester au sommet, note Stéphane Drolet, qui œuvre dans l’industrie musicale depuis une trentaine d’années et qui a découvert Kiss au début de l’adolescence, avec la parution de l’album Dynasty. Ils n’ont jamais lésiné sur les spectacles. »

L’affirmation tient encore la route aujourd’hui. À 20 h 45, Kiss a commencé son concert avec une version de Detroit Rock City aussi tonitruante qu’incendiaire en raison des effets pyrotechniques, des explosions pétaradantes et des lance-flammes. Et la surenchère d’effets spéciaux n’a pas cessé durant près de deux heures et quart.

Même à trois sections de distance de l’immense scène, le bruit assourdissant des pétards martelait solidement mes tympans en dépit de mes bouchons et on ressentait la chaleur des lance-flammes, particulièrement ceux qui crachaient à l’horizontale, tels des dragons de feu. Je n’ose imaginer ce que ressentaient les spectateurs des premières rangées. L’impression de cuire sur le gril?

Un « héritage énorme »

« Leur héritage sera énorme, plus du côté visuel que musical, malgré près de 100 millions d’albums vendus, pense Simon Fauteux, de Six media marketing, un quinquagénaire amateur de Kiss depuis l’enfance et l’écoute de ALIVE!, en 1975. Ils auront innové côté spectacle. Tout est plus gros que gros et leur influence visuelle est indéniable, que ce soit Rammstein, Shania Twain ou Lady Gaga. »

Pour Rammstein, pas de doute (les lance-flammes) et la remarque est tout aussi pertinente pour Lady Gaga. Il fallait voir le nombre de lasers multicolores (bleus, blancs, verts) qui balayaient le Centre Bell durant Deuce. Pas sûr qu’il y en avait autant au dernier concert de Gaga. Et la qualité visuelle de l’écran géant était à faire pâlir celle de mon téléviseur.

La plateforme qui monte Simmons, 69 ans, et sa basse jusqu’au plafond de l’aréna durant War Machine, la sangle qui permet à Stanley, 68 ans, de survoler la foule au parterre avant d’aller interpréter Love Gun sur une scène surélevée, les passerelles tournoyantes qui permettent à Simmons et au guitariste Tommy Thayer de passer au-dessus des spectateurs pendant une Rock and Roll All Night baignée de dizaines de milliers de confettis : les gars de Kiss ont les moyens. Et le budget pour les confettis est, visiblement, le plus élevé de l’histoire du rock.

« Kiss a marqué l’imaginaire des jeunes et des moins jeunes par son marketing, sa musique et sa vision globale de l’industrie, note Drolet. Ils ont une valeur de divertissement ajoutée dans un milieu où l’intérêt ne dure pas toujours. Peu d’artistes arrivent à remplir des arénas tout au long de leur carrière. Ils le font une dernière fois et on y voit plusieurs générations. »

Ici, les mots-clés sont « générations » et « marketing ». Vendredi soir, on a vu deux ou trois générations d’une même famille au concert et presque autant d’adultes que d’enfants qui étaient maquillés à l’effigie de l’un des membres du groupe.

Le nombre de t-shirts de tournées d’antan de Kiss portés par les amateurs était sidérant. Sans compter tous ceux qui ont été achetés à des prix vraiment pas donnés : 60 $, 70 $ et même 100 $ pièce. Oh… Pardon. Ceux à 100 dollars n’étaient pas des t-shirts, mais des chandails à manches longues.

« Ça coûte cher, les manches », a lancé mon amie Gisèle. En effet. Le produit intérieur brut annuel par habitant de certains pays est inférieur à la valeur globale des t-shirts vus et achetés hier soir. PS : j’ai vérifié.

Le groupe Kiss, en concert.

Kiss a commencé son concert avec une version de Detroit Rock City aussi tonitruante qu’incendiaire en raison des effets pyrotechniques, des explosions pétaradantes et des lance-flammes.

Photo : Getty Images / Kevin Winter

Les succès avant tout

Un seul changement par rapport au concert de mars : Crazy Crazy Nights à la place de Do You Love Me? durant les rappels. Les amateurs de Kiss, désignés comme les membres de la Kiss Army se sont époumonés à chanter des chansons connues désormais de plusieurs générations, offertes souvent de façon crue. Il y avait quelque chose de rugueux sur les bords – plus que d’habitude –, même pour ce groupe rodé au quart de tour quant à la scénographie.

« Kiss a réussi à devenir "grand public" à cause de Beth, Rock and Roll All Nite – l’hymne le plus fédérateur qui soit – et I Was Made For Loving You, mais ça reste un groupe de rock pur », assure Fauteux.

Les plus jeunes ont oublié à quel point Kiss s’était fait crucifier par un bon nombre de ses fans de la première heure en 1979 quand ils ont enregistré I Was Made For Loving You. Une chanson que l’on désignait à l’époque comme étant leur « toune disco ». Mais ce fut un succès qui leur a permis de se faire connaître d’un public plus large que jamais. Et dieu que ça pétait le feu dans les enceintes acoustiques de ma première voiture quand j’étais adolescent!

Kiss a totalement assumé ce succès. Il y avait d’ailleurs deux grosses boules disco au-dessus de la petite scène où Stanley a interprété la chanson. Et la réaction de la foule a démontré, ironiquement, que le titre controversé du passé est peut-être devenu aujourd’hui le plus gros succès intergénérationnel du groupe, tout juste derrière Rock and Roll All Night.

C’est d’ailleurs cette chanson qui a mis un terme à ce dernier concert de Kiss chez nous depuis leurs débuts dans les années 1970. Quelle sera la suite? Faisons confiance à Simmons, ce génie du marketing, pour trouver un moyen de perpétuer l’image et la musique du groupe.

Kiss On Broadway, peut-être?

D’ici là, bonne retraite des planches, messieurs.

Bises.

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