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Harcèlement : un employé autochtone de la Défense nationale dit avoir vécu un enfer

« J’étais laissé pour compte parce que je suis un civil, et il est un chef militaire. Ils protègent les leurs. »

Steve Morrisey assis à l'extérieur sur la terrasse d'une résidence.

Steve Morrisey, 48 ans, est présentement en congé de maladie.

Photo : Radio-Canada / CBC / Michel Aspirot

Radio-Canada

Au cours de sa carrière, Steve Morrisey a passé plusieurs années à essayer de faire des Forces armées canadiennes un milieu de travail accueillant pour les Autochtones, mais il leur conseille aujourd’hui d’éviter cela à tout prix, tandis que le ministère de la Défense nationale tente de recruter plus d’Autochtones.

Employé civil du ministère, il a porté plainte en 2015 contre un supérieur militaire dans la base des Forces canadiennes à Halifax pour des propos racistes. La Défense nationale a fait une enquête et reconnu deux incidents de harcèlement.

M. Morrisey dit avoir subi au cours des années suivantes du harcèlement qui a nui à sa santé et qui a fait de lui un homme brisé.

C’était un enfer. C’était un désastre complet. Les politiques sur le harcèlement sont censées vous protéger et il n’y avait aucune protection. J’étais laissé pour compte parce que je suis un civil, et il est un chef militaire. Ils protègent les leurs, affirme M. Morrisey.

Steve Morrisey, 48 ans, soutient qu’il existe un old boys club, une vieille garde privilégiée, dans les Forces canadiennes. Ces dernières essaient de recruter plus d’Autochtones, notamment en sensibilisant leurs communautés à cette carrière et en offrant des programmes de formation à leurs jeunes.

Le ministère de la Défense nationale assure qu’il ne tolère pas le harcèlement et qu’il prend la situation au sérieux. Le old boys club a disparu il y a une vingtaine d’années, affirme le chef d’état-major des Forces maritimes de l’Atlantique, le capitaine Guillaume Lafrance.

Plainte pour racisme

Avant les événements qui l’ont mené à porter plainte, Steve Morrisey se sentait comme s’il était au sommet du monde. Durant ses 17 ans de carrière, il a travaillé pendant une dizaine d’années au Groupe consultatif des Autochtones de la Défense, dont trois ans en tant que coprésident national de l’organisme.

Lorsque son mandat s’est terminé, il est retourné à son emploi de technicien en informatique à la base d’Halifax. C’est à ce moment que ses difficultés ont commencé, selon lui.

Dans la plainte qu’il a déposée le 23 octobre 2015, M. Morrisey soutient que son supérieur lui a lancé des propos racistes. Le militaire, selon lui, lui a demandé un pow- wow et l’a accusé de jouer la carte indienne.

Steve Morrisey et l'un de ses fils assis sur la terrasse extérieure d'une résidence.

Steve Morrisey (à gauche), ici avec l'un de ses trois fils, soutient qu'il n'est plus l'ombre du fier chef de famille qu'il a déjà été.

Photo : Radio-Canada / CBC / Michel Aspirot

M. Morrisey dit que, durant l’enquête de la Défense nationale, il a dû travailler pendant des mois dans le même bureau que le militaire qui faisait l’objet de sa plainte. Il soutient avoir été ostracisé et traité comme le trouble-fête du bureau.

Le militaire visé se défend

Le militaire visé dans cette affaire nie avoir prononcé les phrases discriminatoires qu’on lui reproche. Selon ce qu’on peut lire dans le rapport final du ministère de la Défense daté du 17 mai 2016, il soutient que M. Morrisey réclamait un traitement spécial et l’accuse de vouloir défier le système.

Malgré cela, après avoir interrogé des témoins et examiné des courriels, le ministère de la Défense nationale a conclu que deux des incidents allégués par M. Morrisey s’étaient vraisemblablement produits et pouvaient être qualifiés de harcèlements. Une troisième allégation a été jugée sans fondement, selon le rapport final du ministère.

Le militaire en question aurait dû savoir que les termes pow-wow et jouer la carte indienne pouvaient causer préjudice, lit-on dans ce rapport.

Joint par CBC, ce militaire a répondu n’avoir aucun commentaire à formuler sur l’affaire.

Le commandement de la base a réagi en implantant certaines mesures comme des formations de perfectionnement professionnel.

L’ombre de lui-même

Même si le ministère de la Défense nationale a reconnu le bien-fondé de ses allégations, Steve Morrisey affirme que ses problèmes n’ont pas pris fin pour autant.

La situation a eu des conséquences négatives sur sa santé, explique-t-il. Il souffre de migraines, a dû visiter l’hôpital à plusieurs reprises pour une infection au visage provoquée par le stress, a été placé en congé de maladie en avril dernier pour cause de dépression et d’anxiété, et a fait une demande d’assurance invalidité de longue durée.

Le père de trois garçons dit qu’il était autrefois un chef de famille fier et épanoui, engagé dans des activités sportives comme entraîneur. Il n’est plus l’ombre de ce qu’il était, soutient-il.

Il a presque disparu, ajoute sa soeur, Leanne Morrisey. J’ai peur pour lui parce qu’il est si diminué. [C'est] une personne que je reconnais à peine.

Le ministre Harjit Sajjan devant un écran annonçant le forum international sur la sécurité 2018 présenté à Halifax.

Le mois dernier, le ministre Harjit Sajjan a demandé à l’ombudsman de la Défense nationale de faire enquête pour déterminer s’il y a bel et bien un problème de racisme dans les Forces armées canadiennes.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Le ministre Harjit Sajjan vient de demander à l’ombudsman de la Défense nationale de faire enquête pour déterminer s’il y a bel et bien un problème de racisme dans les Forces armées canadiennes.

Nous comprenons absolument que la société canadienne change, dit le capitaine Guillaume Lafrance, des Forces maritimes de l’Atlantique.

Certaines mentalités doivent changer, admet-il. Cela prend du temps. Nous n’avons pas encore de solution efficace à 100 %, mais nous y travaillons.

D’après le reportage d’Ashley Burke, CBC

Nouvelle-Écosse

Défense nationale