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La popularité de l’héroïne mauve inquiète des intervenants de Gatineau et d’Ottawa

Un sac de plastique contenant de la drogue.

L'héroïne mauve est composée de différentes drogues, dont du fentanyl et du carfentanyl.

Photo : Gracieuseté - Service de police d'Ottawa

Guillaume Dumont

Héroïne mauve, « purp », ou « purple »… Ce mélange puissant de fentanyl, de carfentanyl, d’héroïne et d’autres drogues qui a l’apparence d’une poudre mauve préoccupe plusieurs intervenants en toxicomanie d’Ottawa et de Gatineau, en raison des risques importants de surdose, a appris Radio-Canada.

Jeudi 8 août 2019. Le Service de police d’Ottawa (SPO) démantèle une véritable pharmacie de drogues illégales, en plein centre-ville. Les trafiquants arrêtés sur place vendent de la cocaïne, du Xanax, de la MDMA, de l’héroïne… et de l’héroïne mauve.

Cette situation se répète de plus en plus des deux côtés de la rivière des Outaouais, selon les policiers, depuis l’année dernière.

Fait troublant, d’après le SPO, du crack contaminé à l’héroïne mauve a aussi été retrouvé lors de la perquisition. Le corps policier ignore s’il s’agit d’une contamination volontaire ou accidentelle de la part des trafiquants.

Un bloc de crack avec des segments mauves.

Les policiers ont aussi retrouvé du crack contaminé.

Photo : Gracieuseté - Service de police d'Ottawa

C’est inquiétant, parce que c’est un mélange habituellement d’héroïne, avec du fentanyl, probablement du Dilaudil et d’autres produits et on ne connaît pas la proportion de chacun et on sait que ça n’en prend pas beaucoup au niveau du fentanyl pour amener une surdose, explique le directeur général du Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de l’Outaouais (CIPTO), Yves Séguin.

Monsieur Séguin répond aux questions du journaliste.

Yves Séguin, directeur général du Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie de l'Outaouais (CIPTO).

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

Il confirme du même souffle que des stimulants mélangés avec de l’héroïne mauve circulent dans les rues de Gatineau et d’Ottawa. En ce moment, on voit parfois des mélanges entre un stimulant, que ce soit du speed ou du crack, avec un dépresseur, que ce soit du fentanyl ou autre , soutient Yves Séguin.

Selon Santé Canada, le fentanyl est de 20 à 40 fois plus puissant que l’héroïne et 100 fois plus puissant que la morphine. Le carfentanyl, utilisé comme tranquillisant pour les gros animaux par les vétérinaires, est encore plus puissant.

Ça fait environ un an, un an et demi que les gens utilisent ce qu’ils appellent de l’héroïne mauve. On a un service de dépistage des drogues qui nous a permis d’analyser qu’en général, ça contient du fentanyl ou des analogues du fentanyl. Souvent, ça ne contient pas d’héroïne du tout, explique pour sa part l’infirmier coordonnateur au Centre communautaire de Côte-de-Sable, Luc Cormier.

Selon nos sources policières, la vaste majorité de l’héroïne mauve disponible du côté québécois proviendrait du territoire ontarien. L’usage de cette drogue ne serait pas encore répandu dans l’ensemble du Québec, mais elle serait plus populaire en Outaouais, en raison de la proximité avec la frontière.

L’héroïne mauve serait fabriquée à partir de poudre de fentanyl et de carfentanyl, souvent importée de la Chine, mélangée à des colorants et d’autres opioïdes une fois rendue au Canada. Toujours selon nos sources, elle est recherchée par une partie des consommateurs d’héroïne traditionnelle, parce qu’elle est plus puissante et moins dispendieuse.

On a constaté la présence de la “purple-purp”, comme on la nomme, sur notre territoire depuis environ un an. C’est un phénomène qui est relativement récent, mais effectivement, on est conscients qu’il y en a sur le territoire, on en a saisi également, confirme l’agente Renée-Anne St-Amant, porte-parole du Service de police de la Ville de Gatineau.

Le fentanyl mélangé à de l’héroïne a causé plusieurs surdoses mortelles à Ottawa et à Gatineau depuis un an selon les policiers, mais les analyses ne permettent pas de savoir si elles ont été causées par de l’héroïne mauve.

En 2017, 327 visites ont été recensées aux urgences d’Ottawa pour des surdoses liées aux opioïdes.

Le 2 août dernier, un homme de 26 ans originaire de la Ville de Québec est décédé d’une surdose après avoir consommé de l'héroïne mauve.

Au total, selon les derniers chiffres disponibles de l’Agence de la santé publique du Canada, les surdoses liées aux opioïdes ont coûté la vie à 11 577 Canadiens de janvier 2016 à décembre 2018.

Un spectromètre à la rescousse en Outaouais

Un technicien prélève une infime quantité de drogue aux fins de l'analyse.

Une démonstration du fonctionnement du spectromètre au CSCCS à Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Un nouvel appareil d’analyse des drogues, un spectromètre, pourrait bientôt faire son apparition à Gatineau, si Santé Canada donne son accord.

On aurait vraiment un besoin [d'un spectromètre], que ce soit ici sur place, quand les gens viennent chercher des seringues ou carrément dans les milieux festifs, révèle le directeur général du Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de l’Outaouais, Yves Séguin.

Le spectromètre de masse portatif permet d’analyser en 20 secondes la composition d’une substance et d’y déceler ses composantes.

Le test peut détecter la présence de fentanyl, mais également de ses dérivés comme le carfentanyl. L’appareil peut également déceler la présence de cocaïne, de méthamphétamine et d’héroïne.

Des conseils de sécurité si vous consommez des opiacés

Des flacons de naloxone et deux seringues

Une injection de naloxone peut inverser les effets d'une surdose d'opioïdes et opiacés.

Photo : Getty Images / Lucas Oleniuk

Selon plusieurs intervenants, il n’y a pas de méthode magique pour éviter une surdose, si vous consommez des opiacés. Un grain de trop de fentanyl ou de carfentanyl peut suffire pour causer une surdose chez un consommateur qui n’a pas de tolérance.

Conseils de prévention :

  • Ne pas consommer seul
  • Ne pas consommer tous en même temps si vous êtes plusieurs
  • Avoir de la naloxone disponible et savoir l’utiliser lorsqu’une personne présente des signes de surdose
  • Appeler le 911 en cas de surdose.

Source : CIPTO

La Loi sur les bons samaritains offre une certaine protection aux personnes ayant consommé et aux témoins. Si des personnes sont en possession de drogue ou en ont consommé, cette loi peut les protéger.

En Outaouais, une vingtaine de pharmacies possèdent de la naloxone, qui peut être obtenue gratuitement.

Ottawa-Gatineau

Drogues et stupéfiants