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De premiers chèques d'Ottawa pour les producteurs laitiers d'ici la fin de l'année

Jasmin Benoit et son père Gérald vont surveiller de près les annnonces prévues dans le budget fédéral de mardi.

Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

Mathias Marchal

Les producteurs laitiers recevront d’ici la fin de l’année de premiers chèques d’Ottawa pour compenser les pertes financières liées à la signature récente de deux accords commerciaux internationaux.

Afin que l'ensemble de la société canadienne puisse continuer à prospérer, c'est à contrecœur que nous avons dû céder des parts de marché à nos plus importants partenaires commerciaux, a déclaré la ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, en conférence de presse vendredi.

L'aide, qui s'étalera sur huit ans, totalisera 1,75 milliard de dollars. Elle s'ajoute aux 250 millions déjà annoncés en 2018.

De ce montant, 345 millions de dollars seront versés dans les meilleurs délais sous forme de paiement direct, a ajouté Mme Bibeau. C'est la Commission canadienne du lait qui sera chargée des paiements.

À titre d'exemple, pour une ferme moyenne de 80 vaches laitières, le chèque sera de 28 000 $ cette année. Le Canada compte près de 10 700 producteurs laitiers, dont 48 % sont au Québec.

Les modalités de paiement pour les années suivantes feront l'objet de discussions entre les partenaires, a ajouté Mme Bibeau, qui a précisé que les discussions se poursuivaient avec les producteurs d'œufs et de volailles.

Le programme de compensations doit permettre aux producteurs d'amortir l'impact de l’accord avec l’Union européenne (AECG) et du Partenariat transpacifique (PTP), mais pas de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), qui n’a pas encore été ratifié par les États-Unis et le Canada.

À cette annonce d'Ottawa, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontagne, s'est dit très heureux pour les producteurs.

C’est le résultat de beaucoup de travail, de tractations, de collaboration, d’implication de plusieurs acteurs, dont nous au ministère. Alors on est très, très heureux de l’annonce qui a été faite aujourd’hui.

Le ministre québécois André Lamontagne

Selon les Producteurs de lait du Québec, les répercussions combinées des concessions accordées en vertu de l'AECG et du PTP représentent un manque à gagner de 4,5 % par an, pour un total de 260 millions de dollars annuellement.

Dans l'ensemble, c'est une bonne nouvelle. Enfin, le gouvernement reconnaît les pertes des producteurs de lait.

Bruno Letendre, président des Producteurs de lait du Québec

M. Letendre précise que l'entente n'a été conclue que la semaine dernière et qu'elle ne couvre qu'une période déterminée, alors que les pertes de marché seront permanentes.

L'attrait du paiement direct

Dans son dernier budget, le gouvernement Trudeau avait prévu 3,9 milliards de dollars pour indemniser les producteurs de lait, d’œufs et de volailles touchés par les récents accords commerciaux. Une annonce bien reçue à l'époque par l'industrie.

L’annonce d'aujourd’hui ne concerne toutefois que les producteurs de lait. Elle devait initialement être faite en juin, mais avait été reportée à cause de la complexité de sa mise en place.

En 2018, dans la foulée de la ratification de l'accord avec l'Union européenne, le gouvernement Trudeau avait déjà offert un programme de compensation de 250 millions de dollars. Mais les producteurs laitiers avaient grandement critiqué le programme.

Ils soutenaient que sa durée était trop courte, que les fonds étaient insuffisants et que le processus de sélection basé sur le premier arrivé, premier servi était injuste.

La façon de procéder cette fois-ci, par paiement direct plutôt qu'à travers un programme d'investissement, on pense que c'est une nette amélioration.

François Bourassa, président de l'Union des producteurs agricoles de l'Estrie

M. Bourassa souligne que la somme de 1,75 milliard, bien qu'elle puisse sembler élevée, est étalée sur 8 ans et est répartie entre 11 000 producteurs. Il mentionne que, si une ferme moyenne touche 28 000 $ la première année, les sommes reçues seront ensuite de 14 000 $ par an et auront une durée limitée, contrairement aux conséquences des accords commerciaux.

Le premier ministre Justin Trudeau a promis qu'aucun nouvel accord commercial ne se ferait au détriment de l'industrie laitière.

Trop peu, trop tard

Le chef conservateur, Andrew Scheer, reproche au gouvernement Trudeau d'avoir mis quatre ans pour aboutir à un plan identique à ce que Stephen Harper avait mis sur la table quand il était au pouvoir.

M. Scheer souligne que l'industrie laitière reste dans l'incertitude étant donné que le premier ministre libéral n'a pas détaillé les compensations qui seraient octroyées aux producteurs pour les dédommager des concessions faites à Donald Trump durant les négociations de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique.

Le Nouveau Parti démocratique estime que le programme du Parti libéral ne permet pas de couvrir toutes les pertes subies par les agriculteurs.

Nous devrions être fier.e.s du système que nous avons mis en place et nous devons le protéger, non l’utiliser comme monnaie d’échange pendant les négociations commerciales, peut-on lire dans un communiqué.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, dénonce le calcul politique de l'annonce libérale.

Ça donne de l'espoir aux entrepreneurs agricoles et ça, on ne peut pas être contre. Mais qu'on oblige tout le monde à dire je suis content, merci, parce qu'on est à l'approche d'une élection, je trouve ça un peu ordinaire, a-t-il indiqué.

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