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Méthamphétamine et opiacés : une crise de santé au cœur de l’élection

Des seringues usagées dans une tasse.

Photo : Radio-Canada

Gavin Boutroy

Des infirmières battues et terrorisées, des surdoses à répétition, des nouveau-nés dépendants. La consommation de stupéfiants au Manitoba est un enjeu de santé publique majeur, étroitement lié aux perceptions de sécurité des citoyens. C’est une question incontournable pour tous les partis dans cette élection provinciale.

À Winnipeg, en 2015, les urgences ont reçu en moyenne une visite par jour liée à la méthamphétamine, selon l’Office régional de la santé de Winnipeg. Dans les six premiers mois de 2019, on parlait de 9 visites par jour.

L'explosion du nombre de patients ayant des problèmes de santé liés à la méthamphétamine a de nombreuses conséquences et s’étend à l’extérieur de Winnipeg, affirme Darlene Jackson, la présidente du syndicat des infirmières du Manitoba.

La sécurité est certainement un enjeu, non seulement pour les patients – parce que nous sommes préoccupés par leur sécurité – mais aussi pour les autres patients, les familles, les visiteurs et le personnel de première ligne, indique-t-elle.

Darlene Jackson affirme que la violence est en forte hausse dans les urgences de la ville, conséquence des troubles de santé mentale liés à cette drogue, dont la paranoïa et la psychose.

Elle affirme qu’il faut davantage de ressources pour répondre à cette crise : plus d'infirmières, des options de traitement à long terme pour les patients et des sites d’injection supervisée.

Former des infirmières pour les situations de crise

Selon le syndicat, les pressions dues à crise de la méthamphétamine expliquent en partie les nombreuses démissions des infirmières au cours de la restructuration du système de santé. Les écoles de formation d’infirmières cherchent maintenant à mieux équiper leurs étudiants pour contrer ce phénomène.

Professeure à l’École des sciences infirmières de l’Université de Saint-Boniface (USB), Patricia Bourrier est aussi la coordonnatrice des cursus. Elle affirme que l’USB met l’accent sur la gestion des situations de crise.

Un mannequin allongé dans un lit d'hôpital.

Une salle de simulation à l'école d'infirmières de l'USB

Photo : Radio-Canada

Ce qu’on fait n’est pas nécessairement directement ciblé à l’utilisation de substances. C’est plus en termes de gestion de crise, que ce soit quand la personne est en situation de psychose, en crise d’anxiété ou a des idées suicidaires, dit-elle.

Les étudiants suivent des cours théoriques et participent à des simulations pour mettre leurs techniques à l'épreuve. Par exemple, il faut toujours s'adresser à la personne par son prénom, ça rend ça plus personnel. "Je suis ici pour toi", "je veux t’aider", des techniques comme cela, poursuit Mme Bourrier.

On aimerait faire des simulations spécifiques à l’utilisation de substances, et possiblement aussi des simulations qui sont interprofessionnelles [avec l’école de travail social, par exemple], ajoute l’infirmière.

Peu de traitements disponibles

L’une des difficultés qu'entraîne l'augmentation de consommation de méthamphétamine, c’est qu'il n'y a pas de traitement à base de médicaments pour cette forme de dépendance, selon la Dre Julie Bruneau, une pionnière des approches de réduction de méfaits dans le traitement de dépendances.

Les amphétamines semblent vouloir se réinstaller dans la nouvelle épidémie, et ça, c’est terrible parce qu'on n’a pas de traitement.

Dre Julie Bruneau, chef du Département de médecine générale au Centre hospitalier de l'Université de Montréal

Les traitements résidentiels nécessaires sont souvent plus coûteux qu’un traitement pharmacologique : ils requièrent de l’infrastructure et des employés.

Selon la Dre Bruneau, il faut miser sur la prévention auprès des personnes à risque. Il faut s’assurer qu'on est capable de les rejoindre, qu’on est capable de leur offrir toutes les interventions de prévention [...] et il faut certainement que les programmes de réadaptation commencent à s’adapter aux personnes qui prennent des amphétamines, dit-elle.

Une femme s'injecte de l'hydromorphone dans une clinique de Vancouver.

Les opiacés sont souvent consommés par voie intraveineuse.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Il faut réfléchir : comment cette population-là, qui est souvent désengagée des soins, peut se réengager dans les soins. Pour ça il faut avoir un examen de conscience collective sur les jugements qu’on porte par rapport à ces personnes-là, poursuit-elle.

La mise en place de sites d’injection supervisée est à ses yeux une autre solution pour réduire les problèmes de santé liés à la consommation de drogue par intraveineuse – l’une des manières de consommer de la méthamphétamine et des opiacés. Ces sites réduisent les risques de décès par surdose ainsi que le taux de transmission de maladies transmises par le sang, tels l’hépatite C et le VIH.

Les opiacés sévissent toujours

Outre la méthamphétamine, le Manitoba est aussi touché par la crise des opiacés qui fait des milliers de morts à l’échelle du pays, selon un rapport sur les taux d’hospitalisations liés à une intoxication aux opioïdes de l'Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) publié en décembre 2018.

Selon l’ICIS, ce taux est passé de 9,8 à 12,3 hospitalisations par 100 000 personnes au Manitoba en 2017. À l’échelle du pays, ces hospitalisations ont augmenté de plus de 27 % en 25 ans.

L’Office régional de la santé de Winnipeg n’a pas de données équivalentes à celles de l'ICIS concernant la méthamphétamine, en raison de la complexité des cas et de la collecte de données.

Des nouveau-nés en sevrage

Cependant, la province tient compte du nombre de nouveau-nés souffrant du syndrome de sevrage néonatal. Il s'agit de la réaction psychologique des bébés qui sont en sevrage des drogues illégales ou légales consommées par leur mère pendant la grossesse. Les données montrent une hausse graduelle du nombre de cas depuis 2009-2010. C’est un nouveau défi pour le système de santé de la province.

À Winnipeg, selon les chiffres de l'ORSW :

  • 88 nouveau-nés avaient le syndrome de sevrage néonatal en 2017-2018.
  • C'est une hausse de 12,8 % par rapport l'année précédente.

La professeure d’enseignement clinique au département de médecine générale interne de l'Université de Calgary, Mary Malebranche, est l’une des rares chercheuses à se pencher sur le sujet. Elle tient à souligner qu’elle n’est pas pédiatre ou néonatologue.

Nous constatons des tremblements chez ces bébés, une forte irritabilité, un cri strident, des vomissements, de la diarrhée, un manque de coordination lorsqu’ils se nourrissent. L’un des symptômes clés est une difficulté à prendre du poids, dit-elle.

Il existe plusieurs traitements pour ces nouveau-nés. Dans certains cas, les médecins doivent administrer de petites doses d’opiacés pendant le sevrage. Mais le mieux, souligne Mme Malebranche, c’est de permettre aux mères et à leur enfant de dormir ensemble à l’hôpital. Cette approche diminue les symptômes cliniques du sevrage.

Il y a un autre avantage selon Mary Malebranche : les femmes qui passent ces premiers jours cruciaux avec leur enfant sont plus susceptibles de ramener leur enfant chez elles, ce qui peut enrayer les mécanismes du traumatisme psychologique intergénérationnel causés par la dépendance.

Notre dossier sur les élections provinciales 2019 au Manitoba

Les engagements des partis

Au Manitoba, les trois principaux partis politiques soulignent l’importance de réagir à la crise de la méthamphétamine et des opiacés sur le front médico-social ainsi que sur le front criminel. Chacun a dévoilé l’ébauche de son programme à ce sujet avant même le lancement officiel de la campagne électorale.

Le Parti progressiste-conservateur promet de mettre en place un centre de désintoxication à court terme pour les consommateurs de méthamphétamine cristallisée.

Un homme.

Le chef du Parti progressiste conservateur, Brian Pallister

Photo : Radio-Canada

Ce centre pourrait soigner de 20 à 30 patients à la fois pendant un à quatre jours. Les patients seraient ensuite dirigés vers des centres de rétablissement et des centres d'accueil.

De plus, le chef du parti, Brian Pallister, affirme qu'il dépenserait plusieurs millions de dollars pour créer différentes initiatives pour la sécurité dans la ville. En tout, cette nouvelle stratégie coûterait environ 20 millions de dollars.

De son côté, le Nouveau Parti démocratique (NPD) annonce qu'il financera un programme de désintoxication du Main Street Project pour résoudre la crise de la méthamphétamine.

un homme en gros plan qui regarde la caméra avec un air sérieux.

Le chef du NPD, Wab Kinew

Photo : Radio-Canada

L'organisme d'aide aux sans-abri de Winnipeg profiterait d'une aide initiale de 1,5 million de dollars pour créer un centre de désintoxication et de réadaptation à long terme. Il aurait ensuite accès à 2 millions de dollars annuellement pour aider les personnes dépendantes de la méthamphétamine et engager davantage de personnel spécialisé.

Ce financement permettrait d’augmenter la période du programme de désintoxication du Main Street Project, qui est en ce moment de 14 jours. Les néo-démocrates soutiennent aussi la création d’un site d’injection supervisée dans la capitale manitobaine.

Le Parti libéral a mis l’accent sur le traitement des dépendances à travers le Manitoba, y compris en région rurale. Il veut créer un « continuum de soins ».

Un homme en veste à carreaux.

Le chef du Parti libéral du Manitoba, Dougald Lamont

Photo : Radio-Canada

Le chef des libéraux, Dougald Lamont, dit que son parti, s'il était élu, prolongerait la durée maximale des séjours en désintoxication et en réadaptation dans les hôpitaux. Il dit qu’il créerait aussi une campagne de sensibilisation, des fonds pour les maisons de transition, et l’élargissement de programmes de réduction des méfaits.

Il affirme que les fonds générés par le cannabis légalisé permettraient de financer ces initiatives.

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