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Un village autochtone du 13e siècle dans le Grand Montréal

Image aérienne du site.

Le site Isings photographié par un drone, en juin 2019.

Photo : École de fouilles de l'Université de Montréal

René Saint-Louis

L'ouest de la Montérégie regorge de sites archéologiques des Iroquoiens du Saint-Laurent. La région de Saint-Anicet en compte une dizaine, dont le site Isings, habité vers les années 1250 à 1300, soit le plus ancien village autochtone jamais découvert dans le Grand Montréal.

Le site a été découvert par l'archéologue Michel Gagné en 2015. Celui-ci connaissait bien les autres sites de la région et savait que les Iroquoiens privilégiaient les points surélevés.

Au sommet d'une butte sablonneuse, située à deux kilomètres au sud-ouest de Saint-Anicet, il est tombé sur les vestiges d'un village autochtone. Les zones de sondage archéologique ont vite révélé la présence de nombreux artefacts que les datations au radiocarbone font remonter au 13e siècle.

Le site fait maintenant l'objet d'un programme de fouilles archéologiques étalé sur cinq ans, jusqu'en 2022. Il n'est pas ouvert au public, mais nous avons pu le visiter à l'occasion du Mois de l'archéologie qui se déroule du 1er au 31 août.

Tous les étés, des étudiants du Département d'anthropologie de l'Université de Montréal ouvrent le sol à la recherche d’artefacts et de structures. Il s'agit pour eux d'un stage d'été encadré par l'École de fouilles préhistoriques. En deux ans, près de 60 000 de ces objets façonnés ont été trouvés.

Des étudiants en pleine action lors des fouilles archéologiques qui ont eu lieu du 26 mai au 22 juin 2019.

Des étudiants en pleine action lors des fouilles archéologiques qui ont eu lieu du 26 mai au 22 juin 2019.

Photo : École de fouilles de l'université de Montréal

L'École de fouilles est supervisée par l'archéologue et professeur Christian Gates St-Pierre, qui s'intéresse particulièrement aux débuts de l'agriculture et à la sédentarisation des Iroquoiens.

« Ce sont deux phénomènes qui viennent presque toujours ensemble. Donc, le fait de cultiver les plantes et de s'établir sur des sites permanents que l'on habite à l'année, pour plusieurs années. Donc, on devient agricole et sédentaire, ça vient ensemble. Alors, sur ce site-là, on peut étudier ces deux phénomènes de manière concomitante », résume-t-il.

Les Iroquoiens du Saint-Laurent ont occupé jusqu'à la fin du 16e siècle un vaste territoire le long du fleuve. Ils faisaient partie d'une des principales familles linguistiques amérindiennes, dont sont notamment issus les Iroquois. Nos connaissances sur ce peuple proviennent des écrits de Jacques Cartier et des études en archéologie.

Les recherches archéologiques permettent ensuite de comprendre comment les Iroquoiens ont évolué par rapport, par exemple, à leurs voisins algonquins restés nomades et chasseurs-cueilleurs.

Leur organisation sociale en sortira changée, raconte Christian Gates St-Pierre. « C'est avec ça que les sociétés iroquoiennes vont devenir matrilocales et matrilinéaires. Les femmes, ajoute l'archéologue, élisent le chef de village qu'elles ont le pouvoir de destituer en tout temps. »

Les femmes s'occupent des champs. Elles deviennent les principales pourvoyeuses alimentaires. Ça leur donne un statut social et politique important. Ce qui fait que la lignée, la descendance va se faire par le clan de la mère. C'est ce qui fait que les hommes vont aller habiter dans la maison de leur épouse avec la famille de leur épouse. Donc, les femmes ont un pouvoir.

Christian Gates St-Pierre, archéologue et professeur au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal
L'archéologue Christian Gates St-Pierre sur une partie du site Isings fouillé cet été.

L'archéologue Christian Gates St-Pierre sur une partie du site Isings fouillé cet été.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Artefacts et structures

Les fouilles avancent d'un peu plus de 50 mètres carrés par été, à raison de 25-30 centimètres de profondeur. À la fin des fouilles, en 2022, c'est donc une superficie d'environ 300 mètres carrés qui aura livré ses secrets.

Les archéologues sont à la recherche d’artefacts comme des fragments de poterie et de céramique, des outils en pierre et en os ainsi que des restes alimentaires comme les grains de plantes domestiquées (maïs, courges, haricots) qui ont été jetés au feu et se sont carbonisés, ce qui a permis leur préservation.

Ils recherchent également des structures comme des foyers, identifiables par un sable rougi. Quand ceux-ci sont alignés, cela indique la présence d'une maison longue qui pouvait compter jusqu'à six foyers.

Il y a aussi des fosses qui servaient de poubelles ou de garde-manger, selon le cas.

Les artefacts sont ensuite examinés par les étudiants du Département d'anthropologie de l'Université de Montréal. Les découvertes sur le site vont mener à la publication d'articles dans des revues scientifiques comme Scientific Reports, Science Advances, le Journal canadien d'archéologie, ou encore Recherches amérindiennes au Québec.

D'ailleurs, le 31 juillet, Scientific Reports a publié un article sur le lien étroit et particulier entre l'ours et l'humain en raison des pointes de flèches fabriquées en os d'ours et d'humains, « ce qui est une confirmation matérielle de cette proximité entre les deux espèces que l'on retrouve dans les mythes et légendes autochtones, incluant ceux des Iroquoiens », souligne Christian Gates St-Pierre, l'un des auteurs de la publication.

Enrichir la collection régionale

Certains artefacts iront ensuite rejoindre la collection du site Droulers-Tsiionhiakwatha, situé à proximité du site Isings. Le site Droulers est en quelque sorte le vaisseau amiral des fouilles archéologiques qui se déroulent dans la région. Depuis 1975, un demi-million d’artefacts ont été excavés des sites de la région.

Centre d'interprétation du site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha à Saint-Anicet en Montérégie.

Centre d'interprétation du site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha à Saint-Anicet en Montérégie.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Droulers-Tsiionhiakwatha était le plus grand village iroquoien et comptait de 10 à 15 maisons longues, pouvant atteindre une trentaine de mètres de longueur. Certaines ont été reconstruites, de même que la palissade de bois qui entourait et protégeait le village.

Il s'agit du deuxième site archéologique le plus visité du Québec, après le musée Pointe-à-Callière, à Montréal, et il sert de vitrine à l'ensemble des sites archéologiques de la région, dont le site Isings. Dans le cadre du Mois de l'archéologie, des fouilles publiques s'y tiendront, les 18 et 19 août.

Les fouilles archéologiques ainsi que la gestion du Centre d'interprétation du site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha se font en collaboration avec les Mohawks d'Akwesasne. Il est classé site patrimonial par le ministre de la Culture et des Communications du Québec et lieu historique national du Canada par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

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