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SNC-Lavalin : l'opposition demande une réunion d'urgence d'un comité des Communes

Le premier ministre Justin Trudeau.

« Je ne vais pas m'excuser d'avoir été là pour défendre les emplois des Canadiens », a dit Justin Trudeau.

Photo : La Presse canadienne / Stephen MacGillivray

La Presse canadienne

Les conservateurs et les néo-démocrates exigent une réunion d'urgence d'un comité des Communes afin d'examiner le rapport du commissaire fédéral à l'éthique sur le rôle de Justin Trudeau dans l'affaire SNC-Lavalin.

Dans son rapport publié mercredi, le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mario Dion, conclut que M. Trudeau s'est servi de sa position d'autorité pour tenter d'influencer la procureure générale Jody Wilson-Raybould afin que la firme québécoise de génie SNC-Lavalin obtienne un accord de réparation et évite ainsi un procès criminel pour fraude et corruption. Le commissaire Dion a ainsi déterminé que M. Trudeau avait usé de « manoeuvres troublantes » pour contrevenir à la Loi sur les conflits d'intérêts.

Alors que le premier ministre refusait toujours, jeudi, de présenter ses excuses, le député conservateur Peter Kent et le député néo-démocrate Charlie Angus demandaient une réunion du Comité permanent de l'accès à l'information, de la protection des renseignements personnels et de l'éthique afin d'entendre M. Dion.

Deux députés conservateurs membres du comité ont écrit au président, leur collègue conservateur Bob Zimmer, pour lui demander de tenir une réunion d'urgence afin d'examiner une motion visant à inviter M. Dion.

Il s'agit d'une situation grave, écrivent les députés conservateurs Peter Kent et Jacques Gourde. Non seulement M. Trudeau est le premier premier ministre à avoir été reconnu coupable d'infraction à la loi, il est aussi un récidiviste.

La prédécesseure de M. Dion avait conclu que M. Trudeau avait violé la Loi sur les conflits d'intérêts en acceptant en 2016 de passer ses vacances de Noël en famille sur l'île privée des Bahamas appartenant au milliardaire Aga Khan, chef spirituel des musulmans ismaéliens du monde.

Le député néo-démocrate Charlie Angus a envoyé à M. Zimmer une lettre similaire. Il souhaite aussi que le comité des Communes convoque M. Trudeau, le ministre des Finances, Bill Morneau, et l'ancien chef de cabinet de M. Morneau, Ben Chin, aujourd'hui conseiller principal du premier ministre.

Les libéraux, majoritaires au sein des comités, risquent de rejeter cette tentative de l'opposition de braquer plus longtemps les projecteurs sur le rapport Dion, à quelques semaines des élections du 21 octobre. Mais cette manoeuvre risque d'être perçue par certains comme une tentative de camouflage.

Pas d'excuses

Pendant ce temps, le premier ministre Trudeau a réitéré, jeudi, ce qu'il répétera sans doute au cours de la campagne électorale à propos de l'affaire SNC-Lavalin : il n'a pas l'intention de présenter des excuses, car il a agi pour protéger des emplois et des familles canadiennes.

Au cours d'un événement à Fredericton, jeudi matin, il a de nouveau affirmé qu'il acceptait le rapport accablant du commissaire Dion et assumait l'entière responsabilité de ce qui s'était passé, mais il a aussi réaffirmé qu'il n'allait pas s'excuser « d'avoir été là pour défendre les emplois des Canadiens ».

C'est ma job en tant que premier ministre de défendre les emplois, les communautés, les familles canadiennes. Je ne suis pas d'accord avec les conclusions du commissaire à l'éthique, mais j'accepte et je respecte son travail, j'accepte son rapport et je prends l'entière responsabilité.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Il a également déclaré que le gouvernement avait l'intention de mettre en oeuvre les recommandations d'un rapport distinct, préparé par l'ex-ministre libérale Anne McLellan, qui s'est penchée sur la pertinence de séparer les rôles de procureur général et de ministre de la Justice au Cabinet. Le premier ministre a dit vouloir s'assurer que ce gouvernement ou d'autres gouvernements ne se retrouvent pas dans la même situation à l'avenir.

Le rapport McLellan recommande de ne pas séparer les fonctions de procureur général et de ministre de la Justice, mais suggère plutôt une série de mesures pour « renforcer l'indépendance » du procureur général. Il propose notamment de mieux renseigner les parlementaires, les ministres et les membres du personnel sur la façon de consulter ou de renseigner le procureur général.

Des pressions grandissantes

Justin Trudeau fait face à des pressions grandissantes pour présenter des excuses aux ex-ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott, mais il a clairement indiqué qu'il n'avait pas l'intention de le faire.

Dans une entrevue accordée jeudi à La Presse canadienne, Jane Philpott, qui a quitté le Cabinet en solidarité avec Jody Wilson-Raybould plus tôt cette année, a estimé que le premier ministre devait présenter des excuses non pas pour la façon dont il a traité les deux femmes, mais pour avoir violé la Loi sur les conflits d'intérêts.

Je crois que les Canadiens méritent des excuses, a déclaré Mme Philpott.

Les conservateurs n'ont pas l'intention de laisser l'affaire SNC-Lavalin tomber dans l'oubli, à quelques semaines de la campagne électorale. En plus de vouloir convoquer un comité parlementaire en plein congé estival, leur chef, Andrew Scheer, croit lui aussi que le premier ministre devrait s'excuser « parce qu'il a dit des choses qui n'étaient pas vraies ».

Il a [dit] des mensonges aux Canadiens. Il a caché la vérité et il a nui à nos institutions judiciaires. C'est inexcusable. Il devra prendre ses responsabilités et s'excuser pour avoir dit des choses qui n'étaient pas vraies.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

M. Scheer souhaitait mercredi que la Gendarmerie royale du Canada fasse toute la lumière sur cette affaire, alors que le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, réclamait la tenue d'une enquête publique.

Le député bloquiste Rhéal Fortin déplorait quant à lui que « la guéguerre entre libéraux, l'absence de leadership de Justin Trudeau, son incompétence et son manque d'éthique [aient] rendu pratiquement impossible toute tentative de conclure un accord de réparation avec SNC-Lavalin ».

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