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Poissons morts : Québec blâme officiellement Services Énergie Brookfield et Énergie la Lièvre

Des poissons gisent sur la rive.

Des milliers de poissons morts se sont échoués dans la région depuis le mois de juillet (archives).

Photo : Radio-Canada / Lorian Bélanger

Dominique Degré

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) a blâmé officiellement, jeudi, Services Énergie Brookfield et Énergie la Lièvre pour avoir entraîné plusieurs épisodes de mortalité de poissons. Selon Québec, certaines activités à la centrale hydroélectrique ont causé « une sursaturation en gaz dissous » dans la rivière du Lièvre.

À la lumière de ces conclusions, le MELCC ordonne aux entreprises visées d'exploiter la centrale hydroélectrique Masson de manière à limiter les risques de sursaturation en gaz dissous rejetée [...] dans la rivière du Lièvre, selon un communiqué du ministère publié jeudi après-midi.

Québec somme aussi les compagnies de surveiller la situation en permanence et de mesurer de façon continue le taux de sursaturation en gaz à proximité des installations à court terme.

Elles devront aussi immédiatement communiquer avec le ministère dès que la quantité de gaz dans l’eau dépasse un certain seuil fixé par Québec.

Qui plus est, les deux compagnies devront mandater un expert pour que ce dernier puisse identifier les conditions d'exploitation du barrage qui sont susceptibles d’occasionner le phénomène en cause.

L’expert devra également soumettre au gouvernement provincial des recommandations sur les mesures à éviter ou à mettre en place pour la gestion de la centrale, mesures que Brookfield et Énergie la Lièvre vont devoir respecter.

Le ministère a aussi lancé une enquête en vue d'une poursuite pénale. Le but, c’est d’avoir des amendes dans ce cas-là, a noté le sous-ministre adjoint au contrôle environnemental et à la sécurité des barrages du MELCC, Michel Rousseau, lors d’un breffage technique tenu jeudi.

Un phénomène exceptionnel et pas très documenté

Le phénomène, ce sont des gaz dissous dans l’eau, mais à trop forte concentration, a expliqué M. Rousseau.

La concentration trop importante de gaz entraîne une embolie gazeuse chez les poissons.

C’est un phénomène qui est connu quand même, que les poissons peuvent mourir d’embolie gazeuse. Par exemple, si vous faites de la pêche de fond et qu’on remonte un poisson trop rapidement, il peut, à cause de la pression, subir ce phénomène-là, a illustré le sous-ministre.

Michel Rousseau assis derrière des micros lors d'un point de presse.

Michel Rousseau, sous-ministre adjoint au contrôle environnemental et à la sécurité des barrages du ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Ça devient comme de l’eau gazéifiée, si on peut dire. Dans ce cas-ci, le contaminant si on veut, c’est les gaz, c’est l’air [...] Ce n’est pas normal, les poissons n’ont pas ça dans la vie de tous les jours.

Michel Rousseau, sous-ministre adjoint au contrôle environnemental et à la sécurité des barrages, ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Si elle est recensée dans les textes scientifiques, la sursaturation n’est pas très documentée au Québec et revêt un caractère exceptionnel, d’après M. Rousseau.

Les équipes du ministère ont pu tirer leurs conclusions à partir de certains indices caractéristiques des embolies ou d'une sursaturation de gaz.

On voit à la sortie de la centrale des bulles, et quand les gens s’approchent de ça, on entend comme un pétillement, donc c’est l’eau qui est surchargée en gaz qui se dégazéifie, a fait remarquer le sous-ministre.

Le bassin de rétention du barrage de la centrale hydroélectrique Dufferin, près duquel il y a un chantier.

Il y a un chantier au barrage de la centrale hydroélectrique Dufferin, sur la rivière du Lièvre, dans le secteur de Buckingham.

Photo : Radio-Canada / Nathalie Tremblay

Par ailleurs, les scientifiques ont remarqué que la forte concentration en gaz a fait sortir la vessie natatoire - l’organe qui permet aux poissons de flotter - de certains poissons par leur bouche.

Les inondations en cause, selon Brookfield

Evolugen, la filiale canadienne d'Énergie Brookfield, a indiqué dans un communiqué n'avoir jamais vécu un tel événement durant [ses] décennies d’opérations.

L'entreprise a également mentionné que les inondations record du printemps dernier expliquent en partie ce qui s'est passé depuis le début de l'été.

Les inondations exceptionnelles de ce printemps ainsi que les forts débits d’eau ont causé des niveaux inhabituellement élevés de débris dans la rivière du Lièvre ce qui a résulté à un nettoyage plus fréquent qu’à l’habitude de nos installations, peut-on lire dans la déclaration de la compagnie.

Ils ont eu une année assez exceptionnelle en termes de débris au niveau du barrage, donc je pense qu'eux aussi ils ont eu une année surprenante, a commenté M. Rousseau. Le sous-ministre adjoint ne croit pas non plus que l'entreprise ait fait preuve de négligence dans le dossier.

L’entreprise, au début de l’enquête, a été rencontrée par l’enquêteur. Elle a toujours répondu aux questions de façon adéquate. C’est seulement aujourd’hui qu’on leur a dit : "Voici quel est le phénomène qui se produit chez vous. Ils nous ont dit qu’ils allaient collaborer pour la suite", a ajouté M. Rousseau.

Au moment du plus récent épisode de mortalité, au début du mois d'août, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette a souligné publiquement qu’il soupçonnait l’entreprise Brookfield — qui gère un barrage sur la rivière du Lièvre — d’être responsable de cette mortalité.

Dans les jours qui ont suivi, certains ont remis en question l’hypothèse du ministre, principalement parce que ce dernier ne donnait pas beaucoup de détails quant aux indices qui lui laissaient croire que les activités de Brookfield étaient en cause.

Ottawa-Gatineau

Faune marine