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Attaque au camion-bélier à Toronto : la Couronne veut les codes des appareils de Minassian

Un suspect est menotté par des agents contre une voiture.

Le suspect de l'attaque au camion-bélier, Alek Minassian, a été arrêté une vingtaine de minutes après les faits.

Photo : Radio-Canada / Clark Hua Zhang / Twitter

Jean-Philippe Nadeau

La défense d'Alek Minassian refuse d'aider la Couronne à ouvrir et à décrypter les données de ses appareils électroniques que la Police de Toronto a saisis à la suite de l'attaque au camion-bélier pour laquelle il est inculpé. L'individu est accusé d'avoir tué 10 piétons et d'en avoir blessé 16 autres au volant d'une fourgonnette en avril 2018 dans le nord de la ville.

Selon des documents de cour rendus publics vendredi, Alek Minassian possède un téléphone cellulaire de type Android et deux ordinateurs portables, un MacBook et un Lenovo, qui ont été saisis chez l'accusé le 26 avril 2018 après l'obtention d'un mandat de perquisition.

Les documents nous apprennent que les détectives ont tout fait pour déchiffrer les codes et les mots de passe de ces trois appareils de Minassian, mais en vain. La Couronne signale par ailleurs que la police n'a pas réussi à décrypter plusieurs fichiers qui se trouvent sur les disques durs d'autres appareils qu'elle a réussi à déverrouiller.

Au total, ce sont 30 appareils électroniques qui ont été confisqués au domicile des parents du prévenu.

De son propre aveu, Alek Minassian se considère comme un accro à la techno. Il a avoué à la police qu'il se passionnait pour le codage et le décodage, et qu'il adorait écrire des codes pour des programmes informatiques. Minassian venait de terminer ses études au Collège Seneca en avril 2018.

Le détective Christopher Sloan confirme qu'il a tenté de percer le mystère des mots de passe de l'ordinateur Apple et du cellulaire de l'accusé. La Couronne affirme qu'elle a besoin de décrypter les données contenues dans ces appareils pour examiner la nature des informations qui s'y trouvent.

Boris Bytensky entouré des caméras et des micros de journalistes.

L'avocat d'Alek Minassian, Boris Bytensky, en mêlée de presse

Photo : Radio-Canada

Le détective précise que son service de police a consulté des experts de la GRC et de la Police provinciale de l'Ontario (PPO) ainsi que des firmes de sécurité privées pour obtenir de l'aide, mais sans succès.

Une partie de ces documents de cour est censurée, mais on comprend que la police a également fait appel aux autorités américaines dans son enquête. Le détective Sloan ajoute que son service a même contacté l'entreprise Apple pour l'aider à déverrouiller l'appareil.

Un internaute navigue sur des forums.

La police de Toronto aimerait accéder au contenu de certains fichiers informatiques d'Alek Minassian.

Photo : CBC

Selon les documents, Apple lui a répondu qu'elle n'entreposait pas les mots de passe reliés à ses produits et qu'elle ne connaissait aucune façon de contourner un mot de passe pour déverrouiller un ordinateur. Le détective Sloan affirme que ses agents se sont également heurtés à un mur avec le cellulaire de Minassian qui reste à ce jour verrouillé.

Les procureurs ne peuvent pas redonner à Minassian ses appareils électroniques tant que les détectives ne seront pas parvenus à les déverrouiller. Ils en donnent les raisons dans un mémoire qui faisait lui aussi l'objet d'un interdit de publication avant que ce dernier ne soit levé par ordonnance des tribunaux.

La Couronne soutient qu'il est essentiel qu'elle puisse accéder au contenu de ces appareils, tout en protégeant l'information en question, le droit de l'accusé à la vie privée et la protection du public. Elle fait par exemple valoir que l'accusé refuse de décrire le contenu de ses appareils aux enquêteurs et prétend qu'il a utilisé l'un de ces appareils pour louer le véhicule avant de commettre le crime dont il est accusé.

La Couronne ajoute que son incapacité à obtenir les codes et les mots de passe jette le discrédit sur l'administration de la justice, parce que les policiers ne peuvent pas faire leur travail.

Elle rappelle que Minassian a affiché un message sur les réseaux sociaux quelques minutes avant l'attaque dont il est accusé et qu'il a avoué qu'il était en contact avec d'autres membres du groupe Incel dans des salons de clavardage.

Un gros plan du clavier d'un ordinateur avec un cadenas transparent déposé dessus.

Trois des appareils électroniques que la police a saisis chez Alek Minassian sont verrouillés.

Photo : iStock

La Couronne laisse entendre qu'il est important de décrypter les fichiers informatiques de Minassian pour savoir s'il a enregistré des conversations qui pourraient faire l'objet d'enquêtes policières. Elle explique qu'il est souhaitable que les possibles interlocuteurs de l'accusé soient eux aussi interrogés afin de vérifier s'ils représentent ou non un danger pour la sécurité du public.

Illustration d'une ligne de temps représentant plusieurs dates.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ligne du temps retraçant toute l'affaire Minsassian depuis le début

Photo : Radio-Canada

La défense refuse de donner les mots de passe

La défense de Minassian refuse de révéler à la Couronne les mots de passe de son client. Elle explique premièrement que l'impartialité du procès de son client serait menacée si de telles informations étaient dévoilées. Elle souligne ensuite que les informations que ces appareils contiennent pourraient faire la lumière sur son état de santé mentale dans les mois qui ont précédé l'attaque.

La Couronne argumente toutefois qu'elle n'a reçu aucune preuve de la défense pour appuyer ce qu'elle avance. Elle écrit que la défense ne peut [l']aider à déterminer si le contenu des appareils relatif à cette question [de santé mentale] serait pertinent ou non.

Une fourgonnette blanche complètement emboutie à l'avant.

La fourgonnette que conduisait l'auteur présumé de l'attaque de Toronto avait été louée à l'entreprise Ryder.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Les policiers dans l'impasse

Le détective Sloan affirme qu'aucune solution n'a encore été établie pour aider les enquêteurs à trouver les codes des appareils électroniques de Minassian et qu'il est impossible de savoir le temps que cela prendra pour y arriver. Il explique que les possibilités de décodage d'un mot de passe sont infinies, parce qu'ils comportent des lettres minuscules et majuscules, des chiffres et des symboles.

La tâche des policiers est d'autant plus difficile, selon lui, que Minassian a ajouté ses propres mesures de cryptage sur son cellulaire, dont il avait de plus resserré les paramètres de sécurité.

La juge Molloy de la Cour supérieure de l'Ontario a accepté de rendre publics ces documents à la suite d'une audience au début de l'été avec la Couronne, la défense criminelle de Minassian, la défense civile de ses parents (qui sont poursuivis par les familles des victimes et les survivants de l'attaque) et un consortium de médias.

Au moment de publier ce texte, on ignore si les parties en sont arrivées à une entente pour régler leurs différends au sujet des appareils électroniques de l'accusé, puisque les communications écrites entre les parties à ce sujet après l'audience restent pour l'instant sous scellés.

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Toronto

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