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Discussion tendue entre Jolin-Barrette et le représentant de l’ONU pour les réfugiés

Jean-Nicolas Beuze lors de sa présentation lors des consultations générales sur la planification de l'immigration au Québec.

Le représentant du Haut-Commissariat pour les réfugiés de l'ONU, Jean-Nicolas Beuze

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a fait un plaidoyer à Québec en faveur de l’apport économique des réfugiés, qu’il considère comme sous-estimé.

Le témoignage de Jean-Nicolas Beuze, qui s’inscrivait dans le cadre la consultation générale sur la planification de l'immigration au Québec 2020-2022, a donné lieu à des échanges tendus avec le ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, qui lui reproche de lui prêter des intentions.

Le point n'est pas de vous donner un nombre [de réfugiés à accueillir], mais de vous dire qu'il faut faire attention à cette dichotomie qui tend à dire que les réfugiés sont un poids – comme vous [Simon Jolin-Barrette] essayez de le souligner en ce moment – ce n'est pas forcément la réalité, a déclaré M. Beuze lors de ses échanges avec le ministre de l'Immigration du Québec.

Cette dernière allusion a fait bondir le ministre Jolin-Barrette. Les propos que vous me prêtez ne sont pas acceptables, a-t-il répliqué. Je n’ai jamais dit que les réfugiés étaient un fardeau pour la société.

En mêlée de presse tout juste avant son témoignage, Jean-Nicolas Beuze avait indirectement associé le discours de la Coalition avenir Québec avec la montée du populisme un peu partout sur la scène internationale.

Il y a plusieurs discours à l’intérieur de chaque gouvernement. Aucun gouvernement n’est monolithique. On entend parmi certaines voix au pouvoir ici, mais aussi au niveau fédéral à Ottawa, des voix dissonantes, des voix qui cherchent à stigmatiser, ostraciser des réfugiés et, par extension, les étrangers en général et toutes les minorités, visibles ou non.

Jean-Nicolas Beuze, représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés

Craint-il que ce phénomène de stigmatisation ne se produise au Québec? Je crois que c’est déjà là, a-t-il répondu. Quand on regarde les médias sociaux, par exemple, on voit parfois des réactions qui sont très virulentes.

Beuze salue la tradition de solidarité du Québec

Le représentant du Haut-Commissariat a sinon, à de multiples reprises pendant son témoignage, salué le travail fait jusqu'à maintenant par Québec et le ministère de l'Immigration.

Le Québec a une longue tradition de solidarité envers les réfugiés en danger à l'étranger, est-il d'ailleurs écrit dans son mémoire déposé jeudi. Cela se traduit par des pratiques exemplaires développées depuis des décennies par le ministère de l'Immigration [...] et par un réseau d'organismes publics et d'intervenants de la société civile.

M. Beuze invite Québec à hausser ses seuils pour accueillir plus de réfugiés, sans suggérer de nombre précis, laissant cette décision entre les mains du gouvernement.

Jean-Nicolas Beuze a aussi profité de son intervention devant les députés pour exposer une série de statistiques démontrant, selon le HCR, que les réfugiés participent activement à l’économie de leur société d’accueil.

Ainsi, selon le HCR, les réfugiés détiennent le plus haut taux de citoyenneté que les autres catégories de nouveaux arrivants : 89 % d’entre eux deviennent citoyens du pays où ils sont accueillis.

Les deux tiers finissent par s’acheter une maison, et contribuent donc à l’économie de la construction, ajoute Jean-Nicolas Beuze.

[Ils sont] très innovants sur la manière de rétablir leur statut social perdu en quittant leur pays d'origine, estime M. Beuze.

Autre avantage selon le Haut-Commissariat, les réfugiés demeurent en moyenne plus longtemps dans la région qui les a accueillis, plutôt que de se diriger vers un centre urbain comme Montréal, par exemple, revitalisant des zones victimes du vieillissement de la population.

En 2018, le Québec a accepté 8832 réfugiés. La CAQ cherche maintenant à obtenir l'accord d'Ottawa pour plafonner ce nombre à 7500 par année jusqu'en 2022.

Le HCR estime pour sa part que le Québec doit laisser entrer plus de réfugiés puisqu’en 2020 1,4 million de réfugiés dans le monde devront être réinstallés « mais les places disponibles ne répondront qu’à 5 % des besoins », estime l’organe onusien.

Jolin-Barrette veut nuancer le discours

Le ministre a également remis en question certains chiffres avancés par M. Beuze, voulant comparer avec de bons comparatifs quant à la capacité d’accueil du Québec.

Le Québec fait sa part. Au cours des dernières années, le Québec a dépensé des centaines de millions de dollars pour l'accueil des réfugiés, a fait valoir M. Jolin-Barrette.

Vous faites beaucoup de raccourcis.

Simon Jolin-Barrette, à l’intention de Jean-Nicolas Beuze

Le ministre avait préalablement posé des questions sur la prise de position de l’organe onusien, cherchant à confirmer si le haut-commissaire en personne était au courant des déclarations faites par M. Beuze.

Ce dernier a confirmé que des rapports hebdomadaires étaient lus par le haut-commissaire et qu’il avait une ligne directe avec lui.

Simon Jolin-Barrette a également lancé la balle dans le terrain du gouvernement fédéral, notant qu’Ottawa avait aussi des responsabilités à respecter dans l’accueil de réfugiés.

Un argument qui a été repris par le député libéral de Nelligan, Monsef Derraji, porte-parole de l’opposition en matière d’immigration,

Les Québécoises et les Québécois attendent encore depuis plusieurs mois et années le retour de la responsabilité du fédéral, a-t-il indiqué.

Jean-Nicolas Beuze a pour sa part répliqué qu’il tâcherait de rappeler à Ottawa ses propres responsabilités en matière d’immigration et qu’il lui ferait plaisir de faire la navette entre Québec et Ottawa à ce sujet.

Le milieu des affaires de la province a également invité le gouvernement à augmenter ses seuils d'immigration, toutes catégories confondues.

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