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Grandir en français à Moncton, de la peur à la fierté

Une jeune femme vêtue d'un chapeau portant des lunettes soleil.

Christine Melanson, artiste, 25 ans.

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

Patrick Lacelle

En quelques générations, les choses ont bien changé pour les Acadiens vivant à Moncton. Pour Christine Melanson, âgée de 25 ans, grandir en français à Moncton a été simple. Hector Cormier, 82 ans, a connu une tout autre réalité.

Christine Melanson se voit comme un « bébé » du premier Congrès mondial acadien. L’artiste a été bercée par la vague de fierté acadienne qui a suivi l’événement en 1994.

Tout mon entourage parlait français. J’avais des voisins anglophones, mais ce n’était pas un problème parce que tous mes amis étaient francophones. On écoutait de la musique en français et en anglais à la maison. Parfois on allait magasiner et on parlait en anglais. Pour moi, c’était juste une autre réalité, a confié l’auteure-compositrice-interprète acadienne.

Aujourd’hui, pour l’artiste, la vie à Moncton, c’est toujours principalement en français. Même si les francophones constituent environ 35 % de la population, la vie de Christine Melanson se passe à 80 % en français.

Mon Acadie, c’est vraiment simple. Ce sont des gens qui sont simples, qui se rassemblent, qui font de la musique, qui communiquent, qui pensent… des gens qui sont fiers d’avoir un héritage commun et qui veulent vivre en français et comme Acadiens. Pour moi, c’est simple, il faut le vivre, souligne-t-elle.

Un homme debout devant une bâtisse en briques.

Hector Cormier, 82 ans.

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

La vie en français à Moncton n’a cependant pas toujours été aussi aisée. Il a fallu du temps pour que les Acadiens de la cité se redressent l’échine. Hector Cormier a grandi dans la rue Lockhart dans les années 1930, non loin du centre-ville, il a connu la frayeur de parler français.

C’était de grandir avec beaucoup de peur. On sentait vraiment qu’on était des dominés et qu’il y avait des dominants.

Hector Cormier

Cette peur peut encore être ancrée chez certains francophones de la région. Elle a laissé des cicatrices chez ceux qui se souviennent qu’il valait mieux se taire que de parler français sur les trottoirs de la ville de Moncton.

Moi, j’avais peur. Et cette peur a duré longtemps. Elle est même là encore à certaines occasions. Quand je passais devant l’hôtel de ville, ce n’était pas à moi, ça. C’était à quelqu’un d’autre. Eaton’s et le CN, ça ne m’appartenait pas. Mon père y travaillait, mais je ne m’y identifiais pas, avance M. Cormier.

Quand la langue n’a aucune valeur… Est-ce que moi j’en ai?

Hector Cormier

Oui, le premier CMA en 1994 a ravivé cette fierté acadienne, mais pour celui qui a enseigné pendant 35 ans, les choses ont vraiment commencé à changer lorsque l’Acadie s’est dotée de maisons d’enseignement francophones.

Quand les Acadiens ont été instruits, ils ont monté dans les échelles sociale et salariale. Et ça, les anglophones comprennent deux choses : l’éducation et l’argent. Alors, qu’on en ait, ça voulait dire qu’on pouvait avoir plus d’influence dans une société comme celle de Moncton, explique cet ancien directeur général de la Société nationale l’Acadie.

Une tour de béton entourée d'arbres. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La tour Bell Aliant, un symbole de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

C’est par ailleurs à l’école que Christine Melanson a forgé, en partie, son identité acadienne. Elle y a appris à connaître les artistes de l’Acadie avant de devenir plus tard elle-même musicienne.

Ce n’est pas un coup de foudre avec ma fierté, c’est quelque chose qui s’est développé petit à petit avec les années, explique la jeune femme.

Le portrait d'une femme aux cheveux blonds portant des lunettes.

Madeleine Blanchard, 39 ans

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

Madeleine Blanchard est une mère de famille. Elle est francophone. Son conjoint est anglophone. À la maison, les choses se passent quand même en français. Leur fils âgé de 3 ans fréquente une garderie francophone et ce sera la même chose lorsque viendra le temps d’aller à l’école.

Pour moi, c’est vraiment important. J’espère que le congrès va confirmer qu’on peut vivre en français à Moncton et que c’est possible, a confié Mme Blanchard.

Celle qui a aussi grandi à Moncton constate que le monde a bien changé depuis l’époque précédant les CMA. Les deux communautés linguistiques coexistent, on entend parler français dans les rues, même si parfois il peut avoir encore de petits accrochages.

Avec des informations de Karine Godin

Nouveau-Brunswick

Francophonie