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Woodstock : comment le festival est entré dans la légende

Deux jeunes hommes installés dans le coffre d'une voiture sourient à la caméra et l'un d'eux fait un signe de paix, après le festival de Woodstock, en août 1969.

Deux jeunes hommes tout sourire, dans le coffre de la voiture qui les a ramenés chez eux après le festival de Woodstock, en août 1969

Photo : Getty Images / Three Lions

Agence France-Presse

Trois jours de musique dans la boue auront suffi à créer un mythe qui perdure toujours aujourd'hui, au cinquantième anniversaire du festival Woodstock, qui s'est tenu du 15 au 18 août 1969.

Symbole de la génération « peace and love », le festival de Woodstock est entré dans la légende, les mythes qui l'entourent se confondant dorénavant avec la réalité. Avec du recul, l'événement a peut-être été grossi par la loupe de la culture populaire, si l'on se fie aux témoignages de la chanteuse Joan Baez et de l'universitaire Martha Bayles.

En 1969, la société américaine est déchirée par les manifestations contre la guerre du Vietnam, le mouvement des droits civiques et les assassinats de Martin Luther King Jr et Robert Kennedy, un an plus tôt. Comme remède à la colère, Woodstock promettrois jours de paix et de musique.

Un rassemblement sérieux ou une simple fête de joie?

Quelques artistes mis à l'affiche par le festival se sont engagés auprès des luttes intestines qui secouaient le pays, comme Country Joe and The Fish et leur hymne à la paix au Vietnam, I Feel Like I'm Fixin' to Die Rag, dans lequel ils chantaient :« Un, deux, trois, pourquoi nous battons nous? »

Mais pour certains, il est difficile de qualifier pour autant le festival de « politique ».

Pour les militants Black Power et anti-guerre, Woodstock c'était une blague, indique Martha Bayles, spécialiste culture et musique à l'université de Boston, à l'AFP.

Dans l'esprit de ces activistes, ce n'était rien qu'une bande de hippies drogués qui n'étaient pas sérieux, qui ne comprenaient pas l'ampleur de la situation , analyse-t-elle.

L'artiste probablement la plus engagée du festival, la chanteuse Joan Baez, se rappelle de Woodstock comme d'une « fête de joie ».

Ces trois jours de vacarme étaient importants, mais ce n'était pas une révolution. Une révolution ou même un changement social n'arrive pas sans la volonté de prendre des risques et le seul risque à Woodstock, c'était de ne pas être invité.

Joan Baez, en entrevue avec le New York Times

Des moments marquants qui ont alimenté le mythe

Certains moments qui ont contribué à rendre le festival mythique n'ont été connus qu'après coup. À l'image de l'hymne national américain déconstruit et magnifiquement réinterprété à la guitare par Jimi Hendrix, hissé comme le symbole de tout un mouvement, mais manqué par beaucoup de festivaliers, dont la plupart n'entendait que très mal ce qui se passait sur scène.

Heureusement que le moment avait été capté par les caméras pour le documentaire oscarisé Woodstock, sorti en 1970.

Des membres de la foule présente lors du festival Woodstock en 1969.

Des foules monstres s'étaient formées à l'occasion du festival de Woodstock, à Bethel, dans l'État de New York.

Photo : Getty Images / Hulton Archive

Soudain, la notion de ce qu'était le patriotisme a été élargie se souvient Danny Goldberg, journaliste musical de 19 ans à l'époque du festival. Certains éléments du mythe de Woodstock ont été rattachés au mouvement de paix de l'époque.

Le cœur de Woodstock : la musique

Le festival est également entré dans la légende pour avoir propulsé au-devant de la scène une musique qui a – un instant – rassemblé des Américains de tous horizons, un style de rock puisant ses racines dans du folk, du blues et du gospel.

La musique a fédéré toute cette génération, les travailleurs, les étudiants, les soldats, estime Martha Bayles.

Longtemps perçue comme une contre-culture, cette musique est devenue par la suite la culture dominante.

Cela a certainement montré aux grands promoteurs de concerts, aux grandes maisons de disques et aux grands diffuseurs que le public de ce qu'on appelait à l'époque la musique underground [...] était beaucoup plus large que ce qui avait été perçu jusque-là, juge Danny Goldberg.

L'âme de Woodstock est aussi encore perceptible dans de nombreux de festivals et l'événement peut être considéré comme pionnier de la culture des raves, ces soirées électro clandestines qui ont pullulé dans les années 1990, selon Martha Bayles.

La puissance de tout ça était vraiment liée à la musique et à la foule, cette illusion que tous avaient étaient traînés dans une sorte d'expérience collective transcendante, conclut-elle.

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