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EDC regrette d'avoir consenti un prêt à la famille Gupta, cliente de Bombardier

Le jet privé des Gupta au décollage.

Le Global 6000 de Bombardier vendu à la famille Gupta grâce au soutien de EDC

Photo : Ross Bremner

Gaétan Pouliot

Exportation et développement Canada (EDC) reconnaît avoir fait une « erreur » en octroyant un prêt à la richissime famille sud-africaine Gupta afin de soutenir la vente d’un jet d’affaires Global 6000 de Bombardier.

En 2015, la société d’État fédérale a versé 55 millions de dollars à la société Westdawn, propriété de l’influente famille Gupta, au cœur de scandales de corruption depuis plusieurs années.

Cette somme, octroyée malgré la mise en évidence de risques lors de l’étude du dossier, était une mauvaise décision, admet aujourd’hui EDC.

Dans les mois et les années qui ont suivi la signature du contrat, les allégations de corruption et d’ingérence politique auprès de l’administration de Jacob Zuma, alors président de l’Afrique du Sud, se sont multipliées contre la famille Gupta, dit le vice-président directeur et chef de la direction des affaires commerciales d’EDC, Carl Burlock, dans une déclaration écrite aux airs de mea culpa.

Nous admettons que notre participation à la transaction avec Westdawn était une erreur et nous regrettons la relation d’affaires avec la famille Gupta qui en a découlé, ajoute-t-il.

Soupçons de corruption

En mars dernier, Enquête levait le voile sur les dessous de cette transaction. Des courriels internes obtenus par des journalistes d’enquête montraient que Bombardier courtisait la famille Gupta malgré de troublantes révélations dans la presse sud-africaine.

La richissime famille et son entourage étaient notamment soupçonnés d’avoir été favorisés dans l’octroi de contrats publics pour la compagnie nationale des chemins de fer.

Or, les courriels montrent que Bombardier – tout comme EDC – a maintenu le cap pour conclure la transaction malgré les scandales.

La décision d’EDC de prendre part à la transaction s’appuyait fortement sur l’absence d’accusations formelles ou d’enquêtes en cours entourant toute allégation, explique le vice-président Carl Burlock. Il ajoute que les risques associés aux clients avec des connexions politiques, comme les Gupta, n’étaient pas analysés en profondeur.

Ce « faux pas » aura permis à Exportation et développement Canada « d’améliorer ses contrôles préalables et son processus décisionnel », souligne-t-il.

Aujourd’hui, EDC refuserait d’octroyer un prêt à la famille Gupta.

Bombardier largue les Gupta

Contacté par Radio-Canada, Bombardier admet aussi qu'il n’effectuerait pas une telle transaction en ayant en main toute l’information dont nous disposons aujourd’hui.

Il faut noter que dans les années qui ont suivi la livraison de l’appareil, plusieurs nouvelles informations ont été révélées publiquement, explique dans un courriel le directeur des communications de la division des avions d’affaires de Bombardier, Mark Masluch.

Il s’agit d’un changement de ton pour le géant de l’aéronautique.

En 2018, lors d’une entrevue accordée à Enquête, M. Masluch défendait toujours le processus de vérification « très rigoureux » de Bombardier envers ses clients. « On ne vendrait jamais un avion à quelqu'un qui ne représente pas [nos] idéaux », disait-il.

Deux des frères Gupta lors d'une entrevue à Johannesburg, en Afrique du Sud.

Ajay Gupta et Atul Gupta en 2011

Photo : Gallo Images/Business Day/Martin Rhodes

Manque de transparence

Exportation et développement Canada admet par ailleurs avoir mal géré ses communications avec le public dans cette affaire.

Nous aurions dû être plus transparents dans nos réponses concernant cette transaction, surtout quand il nous a été demandé si nous avions relevé des risques lors du contrôle préalable, pourquoi nous avions donné le feu vert à la transaction et quelles leçons nous avions tirées de notre expérience, croit le vice-président Carl Burlock, estimant qu’un « changement de culture » est en cours chez EDC.

L’année dernière, sans nommer les Gupta ou Bombardier, EDC avait essuyé les critiques du vérificateur général du Canada pour avoir été imprudent en accordant certains prêts à risque.

L'appareil en construction est dans un hangar.

Le Global 6000 des Gupta lors de sa construction à Dorval, sur l’île de Montréal

Photo : Bombardier / Gupta Leaks

Où est l’avion?

En avril 2018, le Global 6000 de Bombardier a été retourné par les Gupta dans un aéroport privé de la banlieue de Johannesburg, en Afrique du Sud. EDC l’a remisé et l’entretient depuis ce temps. La société d’État essaie maintenant de vendre l’appareil à défaut de pouvoir récupérer les 55 millions de dollars prêtés.

Le jet privé est maintenant au centre d’un litige devant un tribunal du Royaume-Uni. EDC fait l’objet d’une poursuite des Gupta après avoir coupé les ponts avec la puissante famille.

Même si les procédures judiciaires en cours nous imposent encore le silence sur le volet juridique de ce dossier, y compris sur les raisons pour lesquelles nous avons semblé temporiser avant d’agir, nous attendons avec impatience de pouvoir en dire plus à ce sujet une fois le litige résolu, dit Carl Burlock d'EDC.

La chute des Gupta

En juin 2017, des journalistes d’enquête révèlent l’étendue de l’influence de la famille Gupta sur le gouvernement Zuma grâce à près de 200 000 courriels et documents obtenus de lanceurs d’alertes. Ces révélations, nommées les Gupta Leaks, créent un séisme politique.

Sous la pression populaire, le président Jacob Zuma quitte le pouvoir neuf mois après la divulgation de ces informations. Ajay, Atul et Rajesh « Tony » Gupta, à la tête de l’empire familial, s'enfuient du pays au même moment.


Regardez le reportage d'Enquête sur Bombardier et les Gupta

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