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Risque d'inondation : des centaines de Trifluviens contestent la ZIS

Des gens debout au micro et d'autres assis sur des chaises dans une salle du centre des congrès.

De nombreux citoyens ont pris la parole au cours de la période de questions de la rencontre sur la zone d'intervention spéciale (ZIS) à Trois-Rivières.

Photo : Radio-Canada / Linda Corbo

Linda Corbo

La moitié des 1550 citoyens de Trois-Rivières dont les résidences se trouvent dans la zone d'intervention spéciale (ZIS) veulent contester la carte délimitée par le gouvernement du Québec.

Signe de l'inquiétude qui règne, environ 400 personnes ont assisté mardi soir à une séance d’information sur la ZIS à Trois-Rivières.

Ils répondaient à l’appel de la Ville qui a convoqué les 1500 résidents dont le domicile est situé à l’intérieur de la zone. La rencontre se tenait au Centre d'événements et de congrès interactifs (CECI). La Ville avait réservé la plus grande salle du CECI pour l’occasion, pouvant recevoir jusqu'à 1100 personnes.

Selon le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, jusqu'à 1238 personnes ont aussi suivi la rencontre sur Facebook.

Les citoyens ont eu droit à une présentation détaillée de quelque 45 minutes. Ils ont pu visualiser les limites de la ZIS, projections de cartes sur grand écran à l’appui. L’objectif de la rencontre était de démystifier le concept de la ZIS.

Le décret déposé le 17 juin 2019 par le gouvernement du Québec impose un moratoire sur la construction de tout nouveau bâtiment à l’intérieur de la ZIS.

Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, juge que la rencontre de mardi soir était nécessaire pour bien informer les gens et pour les rassurer.

De savoir que la Ville traite à la fois de l’ensemble du portrait, donc de son dossier ville, mais qu’elle se préoccupe aussi de chacune des demandes [des citoyens], je pense que c’est important que les gens le sachent bien, affirme Jean Lamarche.

Il affirme que les citoyens sont nombreux à interpeller la Ville à ce sujet, que ce soit en personne ou par Internet.

Pour écouter l'entrevue de Jean Lamarche à l'émission Facteur matinal, cliquez ici.

Plus de 650 contestations

Sur les 1500 résidents touchés, 654 ont déjà envoyé une requête à la Ville pour demander à être retirés de la zone, des démarches entreprises malgré la période de vacances.

La date butoir des demandes est fixée au 19 août. Les citoyens qui veulent contester ont jusqu’à vendredi 17 h pour envoyer leur requête.

À la Ville, on assure d’ailleurs que toutes les requêtes, tous les courriels et toutes les photographies qui leur proviennent des citoyens visés seront inclus dans le mémoire qui sera déposé au gouvernement du Québec.

On espère une modification de la carte rapidement par le gouvernement, note Robert Dussault.

Le directeur de l’aménagement précise d’ailleurs que dès qu’une nouvelle carte sera connue, elle sera largement diffusée, et toutes les mesures seront prises pour que les citoyens visés soient informés dans les meilleurs délais.

Beaucoup de gens assis sur des chaises.

Environ 500 citoyens ont assisté à la rencontre d'information au sujet de la zone d'intervention spéciale (ZIS) à Trois-Rivières, mardi soir.

Photo : Radio-Canada / Linda Corbo

De nombreuses questions, critiques et requêtes

Durant la période de questions au cours de laquelle on demandait aux gens d’éviter les cas personnels, plusieurs résidents se sont emparés du micro, certains se demandant pourquoi ils faisaient partie de la zone alors que leurs voisins en étaient exclus; d’autres faisaient remarquer qu’il serait bien que l'impôt municipal des gens qui se trouvent dans la ZIS soit révisé à la baisse.

Des critiques ont aussi été formulées sur le fait que les démarches doivent s'effectuer en pleine période estivale. Tout cela aurait dû se faire en septembre, a lancé un citoyen, applaudi par le reste de l’assistance.

Parmi les interventions, on pouvait sentir chez plusieurs une anxiété face aux risques de dévaluation de leur patrimoine et de leurs investissements.

Plusieurs citoyens ont néanmoins félicité les responsables de la Ville pour la présentation détaillée. Le ton est demeuré courtois tout au long de la soirée, même si certains ont posé quelques questions plus délicates.

C’était le cas notamment de Léon Méthot, avocat et ancien candidat à la mairie de Trois-Rivières, qui habite dans une aire qui n’a jamais été inondée, située à peu près à 75 pieds au-dessus du fleuve, et qui se retrouve néanmoins dans la ZIS.

Est-ce que la Ville entend éventuellement contester la validité du décret qui à l’évidence est fondé sur une méthodologie qui est absolument déficiente?, a-t-il demandé.

D'autres questions ont par ailleurs suscité certaines réflexions, comme celles de Guy Bordeleau, ingénieur et géophysicien spécialisé dans la dynamique d’érosion des berges et des inondations en bordure du fleuve Saint-Laurent.

Dans les années 1980, l’homme avait déjà déterminé des zones inondables dans les coins de Sorel et de Yamaska.

Nous avertissions la population, de dire : "Écoutez, il y a des zones inondables, il faut faire attention, il ne faut pas toucher à ces zones-là", et on nous a dit : ”Vous êtes peut-être trop en avance sur le besoin du citoyen", raconte-t-il.

Ça nous a rattrapés, 35 ans plus tard, on voit des inondations dans des secteurs où on avait dit : ”Faites attention, n’allez pas là”.

Guy Bordeleau, ingénieur et géophysicien

M. Bordeleau croit que le gouvernement du Québec a peut-être voulu anticiper la situation des zones inondables avec la ZIS.

Est-ce que les différents intervenants du gouvernement n’ont pas établi la ZIS en fonction d’une anticipation liée aux changements climatiques où là, il y aurait une élévation plus élevée des inondations dans un horizon de 20 ans, 30 ans ou 40 ans?, avance-t-il.

La ZIS en 5 questions

1- Quelles sont les interdictions?

Les résidents sur le territoire de la ZIS ne peuvent pas reconstruire ni rénover des résidences endommagées par les inondations. Ils ne peuvent pas non plus construire ni agrandir des bâtiments secondaires sur le terrain.

2- Qu’arrive-t-il si ma résidence dans la ZIS est endommagée ou détruite par un feu?

La réglementation liée à la ZIS permet de reconstruire ou de rénover les résidences endommagées par le feu à moins qu’une réglementation municipale ne l’interdise.

3- Est-ce que je peux reconstruire une piscine, une terrasse ou refaire un aménagement paysager abîmé?

Oui, les constructions accessoires déjà existantes peuvent être réparées ou reconstruites, mais des ajouts ne peuvent pas être faits. Ainsi, l’ajout d’une nouvelle piscine ou l’agrandissement d’un patio ne peuvent être faits.

4- Qu’arrive-t-il si ma résidence est coupée en deux par la délimitation de la ZIS?

Si votre résidence a été inondée, la réglementation de la ZIS s’applique, qu’elle soit complètement ou seulement en partie dans la zone.

5- Est-ce que mes assurances coûteront plus cher?

Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation affirme avoir demandé aux compagnies d’assurances si la ZIS pourrait avoir une incidence sur les frais des résidents, et elles répondent que ce ne serait pas le cas.

La ZIS s’appliquera jusqu’à ce que les municipalités aient fourni une carte révisée de leurs zones inondables. Les cartes doivent être soumises avant la fin de l’année 2020.

Mauricie et Centre du Québec

Environnement