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Trottinettes électriques : pas d'amendes encore pour les usagers négligents

L'usager d'une trottinette électrique Lime sur une piste cyclable.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Romain Schué

Les usagers qui ne stationneront pas leur trottinette électrique dans les zones prévues à cet effet ne recevront pas, pour le moment, d’amendes de la part de l’exploitant. Malgré un règlement sévère imposé par la Ville de Montréal, l’entreprise Lime compte appliquer ces sanctions ultérieurement.

Pourtant, sur son application, Lime n’écarte pas la possibilité de sévir contre les contrevenants.

Alors que les utilisateurs sont invités à consulter les règles en cours à Montréal avant d’emprunter une trottinette électrique, Lime précise que « le non-respect de ces règles peut mener à des amendes ou une suspension de compte ».

« Ça va être au cas par cas. On développe ça et on va voir ça dans les jours, les semaines, les mois qui s’en viennent », a indiqué le directeur d’expansion de Lime pour le Québec, Mat Lobraico, tout en précisant qu’à terme, « c’est sûr qu’il va y avoir des amendes ».

Ce dernier, présent pour le lancement mardi de ces véhicules en libre-service, n’a cependant pas voulu avancer de montants. « Il y a trop de différents cas pour donner un prix en particulier », a-t-il indiqué, en mettant en avant « la communication » avec les usagers.

Ce qu’on prévoit, c’est de faire notre déploiement puis de réviser ça une fois que c’est déployé. [Suspendre le compte] et mettre une grosse amende, c’est quelque chose qui va être pensé. On va prendre notre temps.

Mat Lobraico, directeur d’expansion de Lime pour le Québec

Un règlement « sévère »

Le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal ont imposé à Lime un règlement jugé « très sévère », selon les propres mots de l’administration montréalaise, afin d’éviter les abus rencontrés dans différentes autres métropoles, notamment à Paris.

Pour éviter une telle situation, où l’on retrouve ces engins parfois éparpillés sur les trottoirs, les trottinettes électriques, dont la vitesse est limitée à 20 km/h, doivent être déposées dans l’une des 239 zones prévues à cette fin. Il s’agit d’un espace délimité par le logo d’une trottinette, peint au sol. Les usagers devront par ailleurs photographier leur trottinette dans l'application, afin de prouver qu’elle est garée dans un endroit autorisé.

Quatre trottinettes stationnées en position verticale.

Ces trottinettes électriques doivent être stationnées en position verticale dans l'une des zones prévues.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

« On surveille l’opérateur pour qu’il soit responsable », prévient Éric Alan Caldwell, responsable de la mobilité pour la Ville de Montréal.

Selon ce dernier, Lime a « une obligation de résultat » au terme de ce projet pilote qui se conclura le 15 novembre, avant d’envisager un éventuel renouvellement du permis d’exploitation l’an prochain, à partir du 15 avril.

Les utilisateurs, qui doivent avoir au moins 18 ans ou détenir un permis de cyclomoteur, sont obligés de porter un casque. Circuler sur les trottoirs est également interdit. Les utilisateurs doivent impérativement emprunter une piste cyclable ou une rue dont la vitesse maximale autorisée ne dépasse pas 50 km/h.

Concernant ces dispositions, il appartiendra au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de faire respecter les règles.

Des amendes de 25 $ pour JUMP

Après un premier rappel à l’ordre de la Ville de Montréal, des amendes ont été données par l’entreprise de vélos électriques JUMP, en raison de vélos accrochés à du mobilier urbain ou à des arbres. La filiale d’Uber a prévu de donner dans un premier temps des avertissements aux usagers avant de transmettre des amendes de 25 $. Si les infractions se répètent, l’entreprise assure que le compte de l’usager sera fermé. « La situation s’améliore », a d’ailleurs convenu Éric Alan Caldwell.

Un millier de trottinettes espérées et un concurrent en vue

L’entreprise américaine ne manque pas d’ambition. Son objectif? Être présente dans tous les arrondissements de la métropole. À ce jour, seuls Ville-Marie, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce accueillent ces trottinettes, tout comme la municipalité de Westmount.

D'ici quelques semaines, celles-ci pourront également être empruntées dans Rosemont–La Petite-Patrie et Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Lime, qui peut exploiter en ce moment 430 trottinettes électriques à Montréal, vise la barre du millier de trottinettes, comme c’est actuellement le cas à Calgary qui vient de lancer elle aussi un projet pilote. Ce serait très bien, a convenu Mat Lobraico.

D’autres entreprises lorgnent également le marché montréalais, a appris Radio-Canada.

Bird, une firme californienne que l’on retrouve aussi à Paris, est en discussions avec la Ville de Montréal pour obtenir un permis d’exploitation similaire. Selon une porte-parole, Bird vise une arrivée au Québec d’ici la fin du mois d’août ou au début du mois de septembre.

Les données, une source de richesse

L’industrie des trottinettes électriques est en pleine croissance et pourrait atteindre la valeur de 500 milliards de dollars d’ici 2030.

Jean-François Ouellet, professeur agrégé à HEC Montréal, explique que ce moyen de transport semble répondre à un besoin, d’où l’engouement constaté dans la centaine de villes dans le monde où est implantée la trottinette électrique.

Mais outre l’utilité de ces trottinettes pour les citoyens, les entreprises sont à la recherche d’informations sur les comportements et habitudes des citoyens dans les grandes villes.

« La réalité est que c’est une guerre aux données actuellement, de façon à comprendre de manière précise la mobilité des consommateurs dans les villes », explique M. Ouellet en entrevue à RDI économie.

L’implantation de la voiture autonome dans les prochaines années nécessite une connaissance de la mobilité des citoyens en ville.

« Il est extrêmement crucial d’avoir une vision complète de l’ensemble de la mobilité des citoyens qui sillonnent les rues d’une ville. Or, les données en matière de mobilité n’existent pas à l’heure actuelle, ce qui confère une valeur considérable à ce que Lime et Bird peuvent collecter », indique le professeur à HEC Montréal.

Selon M. Ouellet, les études montrent que les comportements des consommateurs diffèrent selon le moyen de transport emprunté.

Vous n’avez pas le même comportement lorsque vous allez, par exemple, sur la rue Sainte-Catherine, à Montréal, lorsque vous y allez en voiture versus lorsque vous y allez en transport en commun ou à pied. Vous ne fréquentez pas le même genre de commerce […], vous achetez considérablement plus lorsque vous êtes en voiture et [vous achetez] plus fréquemment et vous restez plus longtemps lorsque vous êtes en transport actif comme la marche.

Jean-François Ouellet, professeur agrégé à HEC Montréal

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