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Trouver un premier logement, la mission impossible des nouveaux arrivants

Photo de tours de condos près de la Tour CN.

Dans la grande région urbaine de Toronto, l’offre de logements ne semble pas être en voie d’augmenter au même rythme que l'augmentation de la population.

Photo : Radio-Canada / Marjorie April

Freddy Mata

Qu’ils soient résidents permanents, demandeurs d’asile ou réfugiés, les nouveaux arrivants peinent à trouver un premier logement dans la ville de Toronto.

La famille de Samy Bessaad vit au Canada depuis quatre mois et loue malgré elle un appartement situé dans le sous-sol d’une maison.

 L’appartement qu’on a pris n’était pas un choix de coeur, c’était juste le seul choix qui se présentait à nous , raconte l’homme d'origine algérienne qui a immigré au Canada avec son fils et sa femme.

Samy Bessaad et sa femme ont visité une quinzaine d'appartements, sans résultat.

 Après les deux ou trois premières semaines, on recevait beaucoup de refus, voire pas de réponse du tout et c’était très inquiétant. 

Samy Bessaad

Si certaines propositions ne répondaient pas à leurs exigences, d’autres par contre correspondaient à leur goût et à leur budget. Cependant, la famille Bessad ne satisfaisait pas aux critères fixés par les propriétaires de ces logements.

Pas de bail sans preuve d'emploi

Pour espérer signer un bail, les propriétaires exigent que les nouveaux arrivants présentent une preuve d'emploi, des références et leur cote de crédit.

Samy Bessaad se tient debout dans la cuisine de son appartement.

Malgré le fait qu'ils avaient de l'argent dans un compte bancaire, Samy Bessaad et sa femme ont peiné pour trouver un logement à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Même en présentant son relevé de comptes, les propriétaires ne voulaient pas louer d’appartement à Samy Bessaad, car il n’avait pas de preuve d'emploi.

Les nouveaux arrivants, des locataires vulnérables

Parfois la preuve d'emploi ne suffit pas, car en plus de ce document, des propriétaires ont d’autres conditions souvent illégales.

Une femme debout qui regarde la caméra.

L'agente immobilière Brigitte Cedilot indique que plusieurs documents peuvent être exigés aux nouveaux arrivants par les propriétaires de logements de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

En plus du premier et du dernier mois de loyer [les propriétaires] vont demander, par exemple, le paiement de deux mois de supplémentaires, parfois jusqu’à un an. C’est très demandant pour certaines personnes, explique Brigitte Cedilot, agente immobilière chez Royal LePage Signature.

Étant donné qu’ils sont dans le besoin, ceux qui cherchent un logement se plient le plus souvent aux exigences des propriétaires.

Je suis un nouvel arrivant, je n’ai pas de travail. Ma stratégie a été de proposer de payer deux ou trois mois de loyer à l’avance. J’ai aussi montré mon relevé de compte, mais les gens me refusaient quand même, dit Samy Bessaad.

Badreddine Jablate, qui est arrivé du Maroc en janvier avec sa femme et ses trois enfants, dit qu’il a fait face à des surenchères lorsqu’il recherchait une maison à louer.

Sur la photo on voit un homme qui se tient debout devant une maison  et qui fixe son regard vers la caméra.

Badreddine Jablate a commencé à chercher une maison pour sa famille alors qu'il habitait encore au Maroc.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Pour éviter toute mauvaise surprise, c’est pendant que sa famille était encore au Maroc que M. Jablate a commencé à chercher un logement avec l'aide d’une amie de la famille qui vit à Toronto depuis 2017.

Les choses n’étaient cependant pas faciles pour Badreddine Jablate et sa famille.

Pour toutes les offres que l’agent immobilier de notre amie nous proposait, on nous demandait 12 chèques postdatés.

Badreddine Jablate

Outre des chèques postdatés, Badreddine Jablate faisait également face à de la surenchère de la part des propriétaires.

Ils augmentaient le coût des loyers quand ils apprenaient que nous étions des immigrés.

Badreddine Jablate

Selon Laurence Makanda, conseillère en établissement au Centre francophone de Toronto, des propriétaires profitent de la vulnérabilité de certains clients : C'est quelque chose qui, normalement, ne devrait pas être fait, mais étant donné que les personnes sont dans le besoin, elles vont quand même le faire. Même si on dit aux gens de ne pas émettre plusieurs chèques postdatés, par exemple, ils le font tout de même, déclare-t-elle.

Laurence Makanda assise dans son bureau, regarde la camera.

«Il y a des barrières linguistiques pour nos clients, donc on va établir les contacts avec les propriétaires éventuels, mais notre rôle se limite à ça», affirme Laurence Makanda du Centre francophone de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

 Vous avez une famille et vous logez dans un motel ou chez des amis, vous avez vraiment envie de quitter cet endroit et trouver quelque chose de permanent 

Laurence Makanda, conseillère en établissement au Centre francophone de Toronto

Lorsqu’ils sont bloqués, il arrive que des nouveaux arrivants recourent à des amis ou à des membres de leur famille qui remplissent les conditions pour se porter garants.

La situation est plus alarmante pour des demandeurs d’asile et des réfugiés. De récentes données publiées par le gouvernement suggèrent qu'un nombre croissant de nouveaux arrivants au Canada finissent par se retrouver dans des refuges ou dans la rue.

Vers la fin de l'année 2018, la Ville de Toronto estimait qu'environ 40 % de la clientèle des refuges pour sans-abri se présentaient comme des réfugiés ou des demandeurs d'asile.

Un accompagnement limité

Badreddine Jablate qui arrose les fleurs devant sa maison.

Badreddine Jablate aurait souhaité recevoir un accompagnement dans la recherche du logement pour sa famille.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Les ressources pour aider les nouveaux arrivants à trouver un premier logement sont limitées.

C’est un peu frustrant, car pour tous les autres aspects, dont la recherche d’emploi, l’obtention du numéro d’assurance sociale, il y a un bel accompagnement des organismes communautaires, mais pas pour le logement.

Samy Bessaad

Les intervenants de première ligne se disent impuissants devant la crise de logement qui secoue Toronto.

Nous faisons face à cette situation, mais nous avons les mains liées. Les gens viennent avec des attentes que nous ne pouvons pas satisfaire, avance Laurence Makanda.

La ville de Toronto a l'un des taux d'inoccupation les plus bas du pays, soit 1,1 %. Avec cette crise de logements, les personnes qui s’installent dans la Ville Reine éprouvent d'énormes difficultés à trouver un premier appartement

Laurence Makanda, conseillère en établissement au Centre francophone de Toronto

D’autres obstacles se dressent sur le chemin des nouveaux arrivants francophones.

Il y a des barrières linguistiques pour nos clients. On va établir les contacts avec les propriétaires éventuels, mais notre rôle se limite à ça, ajoute-t-elle.

Samy Bessaad demande aux autorités de faciliter l’accès au logement pour les nouveaux arrivants.

 On est obligé de laisser une adresse pour tous nos papiers, pour la carte de résident permanent , donc [le logement] c’est vraiment le point de départ de notre nouvelle vie en arrivant ici au Canada , fait-il remarquer.

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