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L'Acadie peut-elle être chantée en anglais?

Un drapeau acadien devant une scène extérieure.

La scène acadienne est le berceau de bien des artistes du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Radio-Canada

Ronnie Leblanc est musicien d'origines acadiennes, mais il chante en anglais. Son groupe de musique, An Accoustic Sin, a tenté tant bien que mal de se frayer un chemin sur la scène acadienne, mais sans succès.

Ce musicien joue depuis fort longtemps et est bien connu des Acadiens, mais pourtant, il ne sait plus où trouver sa place sur le marché musical acadien.

On essaie beaucoup d'aller dans les places pour les Acadiens, dans les gros festivals, mais on n'a jamais eu la chance d'y aller et je me demande, pourquoi je n'ai pas la chance, se demande Ronnie LeBlanc.

Un homme et sa guitare.

Ronnie LeBlanc est un musicien d'origine acadienne, qui chante en anglais. Il ne sait pas où trouver sa place sur le marché acadien.

Photo : Facebook / @ronnieleblancmusic

Je suis bilingue, je suis anglais, français, je suis acadien, je suis un LeBlanc, pourquoi je ne pourrais pas jouer là?

Ronnie LeBlanc, chanteur

Il se réjouit de voir des événements comme le Festival Acadie Rock, qui encourage la musique bilingue. Il croit toutefois que davantage devrait être fait pour encourager les artistes comme lui, qui sont d'origine acadienne, mais qui veulent produire en anglais.

Mon problème c'est que je suis anglais et acadien, je joue de la musique toute ma vie, j'écris mes chansons, mais je voudrais jouer pour vous autres, pour les Acadiens, c'est la seule affaire que je veux, indique le chanteur d'An Acoustic Sin.

Je ne veux pas déchirer les festivals acadiens, je veux juste être là et faire partie de ça.

Un homme joue de la guitare dehors.

An Acoustic Sin est bien connu sur la scène néo-brunswickoise.

Photo : An Acoustic Sin

Pour Jean Surette, directeur général de Musique NB, c'est plutôt la responsabilité des artistes de se frayer un chemin sur les scènes qui les intéressent. Il croit qu'un chanteur anglophone qui veut intégrer la scène acadienne doit y penser deux fois.

C'est pas assez de juste se dire Acadien, comme il y a des artistes anglophones qui veulent aller vers des marchés francophones, exprime le directeur général.

Il n'est toutefois pas impossible de le faire, explique-t-il.

David Myles a vu que c’était possible de développer le marché francophone donc il a trouvé des gens pour l’aider à réaliser son album, pour coécrire des chansons, pour la réalisation aussi, il s’est trouvé quelqu’un pour faire le booking dans les marchés francophones, dit-il.

Célébrer l’Acadie dans les deux langues officielles?

Laura Sauvage, Vivianne Roy de son vrai nom, connaît bien ce défi de langue et de culture, car elle est l'une de celle qui a réussi à se faire une place sur la scène francophone.

Il y a des gens qui sont fermés à cette idée, qui disent qu’il faut chanter en français.

Laura Sauvage, auteure-compositrice-interprète
Laura Sauvage pose dans une salle de bowling.

Laura Sauvage pose dans une salle de bowling.

Photo : Simone Records

Je pense que je suis l'une des chanceuses, à cause que je suis aussi connue avec les Hay Babies, qui est un groupe francophone, mais j'pense que c'est pas tout à fait ouvert encore [à la musique anglophone], explique la chanteuse.

Elle admet qu'il peut être risqué de chanter dans la langue de Shakespeare lors des festivités acadiennes, surtout dans les célébrations du 15 août. La chanteuse acadienne garde un souvenir amer de sa performance en anglais le 15 août 2017, à Moncton.

J'ai fait Acadie Rock deux ou trois ans passés, ç'a moins bien marché, mais c'est aussi à cause de la musique. C'était juste un vraiment mauvais jugement de me mettre à 6 heures le soir le 15 août parce que ce n'est pas vraiment de la musique familiale, se remémore Laura Sauvage.

Depuis plusieurs années, le festival Acadie Rock mise sur une programmation bilingue, où des artistes locaux et internationaux se partagent la scène.

Une programmation inclusive qui permet de célébrer la culture acadienne et de renforcer les liens entre francophones et anglophones.

Un chanteur et une chanteuse sur scène.

Le groupe de la Nouvelle-Orléans Sweet Crude, lors du spectacle du 15 août 2018 à Moncton.

Photo : Radio-Canada

En français s’il-vous-plaît!

Ronnie LeBlanc réclame une plus grande inclusion de la part des programmeurs, mais encore faut-il que les spectateurs soient au rendez-vous. 

Plusieurs festivaliers rencontrés au Festival acadien de Caraquet croient qu’il est normal que la musique francophone occupe une place majoritaire lors de ce type d’événement.

« Ce n’est pas surprenant, on s’attend à ça, on veut ça,  on veut que ce soit en français, c’est notre culture! »

Annette Cormier, festivalière

Alors que certains spectateurs sont ouverts à faire une certaine place aux Acadiens anglophones, d’autres sont plus catégoriques.

Le festival acadien devrait demeurer français seulement [...] le but c’est de célébrer nos souches, nos racines acadiennes, le français, dit Isabelle Thériault, festivalière.

Laura Sauvage croit toutefois que les Acadiens doivent laisser la chance à la musique anglophone de faire sa place dans leur coeur.

Il y a toutes sortes d'Acadiens qui ne parlent pas en français. S'ils s'intéressent [à la scène acadienne] et qu'ils ont besoin d'un extra coup de main pour aller chercher ces Acadiens-là, il faut leur donner une chance, dit-elle.

Et tu sais, ce sont autant des Acadiens que [quelqu'un] qui vient de Québec pour travailler sur un festival acadien.

Avec les renseignements de Camille Bourdeau

Nouveau-Brunswick

Musique