•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le principal centre de recherche sur les pesticides en difficulté financière

Bâtiment de l'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement, à Saint-Bruno-de-Montarville.

L'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement a des installations à Saint-Bruno-de-Montarville (photo) et à Québec.

Photo : IRDA

Thomas Gerbet

Le ministère de l'Agriculture du Québec se dit « préoccupé » par la crise à l'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA). Cette corporation à but non lucratif accuse un important déficit et a perdu plus de 10 % de ses employés dans les derniers mois.

Après la crise au Centre de recherche sur les grains, point de départ de l'affaire Louis Robert, c'est au tour de l'Institut de recherche en agroenvironnement de traverser une tempête.

L'IRDA présente un déficit de 912 619 $, soit 8 % de son budget total.

La principale raison invoquée par l'organisme est la diminution de la participation de son plus important contributeur, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ).

Cette baisse de financement, combinée à l'inflation et aux hausses de salaire normales, crée une certaine pression sur les centres de recherche.

Mathieu Bilodeau, porte-parole de l'IRDA

Mais Québec affirme à l'inverse que sa contribution a augmenté de 13 %. Le cabinet du ministre de l'Agriculture attribue plutôt le problème à « une mauvaise gestion interne ».

Plusieurs rencontres se sont tenues avec les dirigeants pour échanger sur les voies possibles pour corriger la situation sans affecter les activités de recherche.

Mélissa Lapointe, porte-parole du MAPAQ

L'IRDA mène des travaux de recherche appliquée en agriculture, qui portent sur la diminution de l'usage des pesticides, mais aussi sur la santé des sols, la qualité de l'eau et de l'air, la protection des écosystèmes, le bien-être animal ou encore l'agriculture biologique.

Vague de démissions

La situation financière difficile a créé une commotion ces derniers mois à l'interne. Selon nos sources, une dizaine d'employés, sur un total de 120, ont démissionné depuis le mois de mars.

Une directrice des finances, un responsable de la comptabilité, un responsable de laboratoire et un directeur des technologies de l'information ont claqué la porte, entre autres.

Par ailleurs, l'IRDA confirme avoir mis à pied deux employés et ne pas avoir renouvelé les contrats de cinq professionnels en recherche.

« Je le concède, il y a eu beaucoup de départs », dit le porte-parole de l'Institut Mathieu Bilodeau. Il affirme toutefois que « ça n'a pas affecté les activités de recherche », ce que contestent nos sources à l'interne.

Le MAPAQ accompagne l’IRDA de près afin de remédier rapidement à la situation.

Laurence Voyzelle, attachée de presse du ministre de l'Agriculture du Québec

« Un rôle essentiel »

« Toute la population devrait être préoccupée par cette situation, parce que ça concerne les impacts environnementaux de l'agriculture », dit le professeur associé au Département d’économie agroalimentaire de l'Université Laval, Guy Debailleul, également coprésident de l'Institut Jean-Garon.

« L'IRDA a un rôle essentiel, puisqu'elle informe les agriculteurs », explique le professeur qui a été administrateur de l'Institut dans le passé.

L'an dernier, un chercheur de l'IRDA a par exemple démontré que réduire l'utilisation des pesticides dans les grandes cultures (maïs, soya) n'a pas d'effet négatif sur la rentabilité des entreprises agricoles.

Le mois prochain, à l'Assemblée nationale, une commission parlementaire doit se pencher sur les effets des pesticides sur la santé et l'environnement et sur les solutions de remplacement possibles.

Un accompagnement de Québec

Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, André Lamontagne, s’est dit « très préoccupé » lorsqu'il a appris les difficultés financières auxquelles faisait face le « principal partenaire » du MAPAQ au chapitre de la recherche.

J’ai rencontré le conseil d’administration puis les dirigeants de l’IRDA le 4 juin. J’ai pu les entendre, j’ai pu poser des questions. Ce qui en ressort de la bouche même des gens de l’IRDA c’est un problème surtout au niveau de la gestion, au niveau de la comptabilité. Déjà, ils avaient mis en place des mesures concrètes pour rectifier la situation, a-t-il affirmé.

Depuis le 4 juin, on les accompagne. J’ai une ressource au ministère qui les accompagne au niveau de leur plan stratégique, au niveau du plan d’action qui va aller avec le plan stratégique. On leur a offert aussi un soutien au point de vue d’une ressource pour le redressement financier comme tel. Alors, on a bon espoir, a-t-il ajouté.

L’IRDA dispose d’une « marge de manœuvre pour venir à bout » la situation dans laquelle il est plongé, selon le ministre, car il ne s’agit pas d’un « problème de revenus », mais plutôt d’un problème « au niveau de la gestion de leurs entrées financières ».

Québec solidaire compare le MAPAQ au Titanic

« Le gouvernement est en train de laisser le MAPAQ couler comme le Titanic, a réagi la porte-parole de Québec solidaire en matière d'Agriculture, Émilise Lessard-Therrien. À cause du désintérêt des gouvernements successifs et du sous-financement, le MAPAQ s'est désinvesti des services d’accompagnement aux agriculteurs et de la recherche. »

« L’IRDA est un organisme essentiel pour le virage réclamé en agriculture, ajoute la députée. Dans un secteur d’activité où le lobby est aussi puissant, il est primordial de maintenir en santé les institutions qui font contrepoids à l’industrie. »

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique provinciale

Environnement