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L’environnement, incontournable champ de bataille électoral

Le reportage de Louis Blouin

Photo : Radio-Canada / Thierry Laflamme

Louis Blouin

Les points de vue sont polarisés et le débat politique est acrimonieux. L’environnement pourrait s’avérer l’un des sujets déterminants pour beaucoup d’électeurs lors des prochaines élections fédérales. Regard sur le Nouveau-Brunswick, où le débat pourrait tracer des démarcations claires.

Je pense que le statu quo n’est plus acceptable, déclare Angèle McCaie, résidente de Rogersville, au Nouveau-Brunswick.

Dans le jardin communautaire du village, elle discute de ses priorités en vue du scrutin de l’automne. L’endroit est à son image : proche de la nature et soucieuse de l’environnement.

Depuis quelques années, des phénomènes inquiètent cette mère de famille. La tempête de verglas qui a frappé sa province en 2017 et les inondations dans la région de Saint-Jean cette année ont marqué son esprit.

On continue à voir des augmentations de température, des feux de forêt, des inondations dans des endroits où il n’y en avait pas auparavant, remarque-t-elle.

Angèle McCaie devant le jardin communautaire de Rogersville, au Nouveau-Brunswick.

Angèle McCaie, résidente de Rogersville, au Nouveau-Brunswick, fait de l'environnement une priorité en vue de l'élection fédérale d'octobre.

Photo : Radio-Canada / Thierry Laflamme

Les engagements des partis fédéraux en matière de climat guideront son vote. Elle réclame des cibles plus ambitieuses de réduction des gaz à effet de serre. Mme McCaie est aussi en faveur de l’imposition de plafonds d’émissions aux entreprises les plus polluantes, comme le géant Irving dans sa province.

Pour elle, la tarification du carbone mise en place par les libéraux est insuffisante. Donner un montant d’argent pour tes émissions, ça contribue certainement, mais une fois que l’environnement sera détruit, ça ne va pas donner grand-chose, évalue-t-elle.

Je pense qu’il faut aller à l’extrême, parce que tout ce qu’on a fait jusqu’ici n’a pas fonctionné, ajoute-t-elle.

Il faut vraiment qu’ils [les décideurs politiques] réduisent la consommation, qu’ils soient plus ambitieux, qu’ils soient plus agressifs.

Angèle McCaie, résidente de Rogersville, au Nouveau-Brunswick

Un avant-goût de l'élection provinciale

Dans son coin de pays, Angèle McCaie n’est pas la seule à faire de l’environnement une priorité. À la dernière élection provinciale, les électeurs de sa circonscription, Kent-Nord, ont créé la surprise en choisissant un premier élu vert.

Kevin Arseneau, député vert à la législature du Nouveau-Brunswick, posant devant son tracteur. Il a fondé une coopérative agricole.

Les électeurs de la circonscription provinciale de Kent-Nord, au Nouveau-Brunswick, ont choisi un premier député vert à la dernière élection : Kevin Arseneau.

Photo : Radio-Canada / Thierry Laflamme

Le député Kevin Arseneau, qui a fondé une coopérative agricole, croit qu’une percée verte est possible au niveau fédéral au Nouveau-Brunswick, notamment dans la région de Fredericton.

Les changements climatiques sont en train de tout affecter autour de nous. Les gens sont en train d’en prendre conscience et je pense qu’il y a cet appétit, fait-il valoir.

À ses yeux, les citoyens cherchent des élus qui pensent la politique différemment. Les gens sont tannés de se faire dire des choses en période électorale, puis de voir complètement le contraire une fois au gouvernement, résume-t-il.

À la dernière élection, Trudeau a fait une grande campagne à la gauche et il a gouverné à la droite. Il a acheté un pipeline et n’a pas fait passer sa réforme électorale.

Kevin Arseneau, député vert de la circonscription provinciale de Kent-Nord

Angèle McCaie voit d’un bon œil le gain de popularité des verts. Les gens veulent avoir une perspective différente et je pense que les verts sont très bien équipés pour faire partie de cette conversation, souligne-t-elle.

En attente d’un pipeline

Au Nouveau-Brunswick, comme ailleurs au pays, des forces contraires cohabitent. Plus au sud, le décor est différent, tout comme les priorités.

La raffinerie Irving est visible du centre-ville de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Installations de l'entreprise Irving dans la région de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Thierry Laflamme

L'énorme raffinerie Irving, la plus grande au Canada, est visible du centre-ville. Un rappel constant qu'elle est au cœur de l'activité économique de cette région.

Avec 1400 employés, on peut y produire jusqu’à 320 000 barils par jour.

Dans un pub du centre-ville de Saint-Jean, Michael Stephen nous explique qu’il a choisi son camp en vue de la prochaine élection. L’industrie pétrolière, c’est son gagne-pain. Comme son père et son grand-père avant lui, il est tuyauteur.

Après avoir voté pour le Parti libéral du Canada en 2015, il votera conservateur pour la première fois.

Le fait d’arborer le rouge ne semble pas très utile en ce moment, constate-t-il.

M. Stephen accuse les libéraux d’avoir oublié sa province après y avoir raflé tous les sièges en 2015. Ce travailleur de l’industrie pétrolière aurait aimé voir Justin Trudeau défendre davantage le projet de pipeline Énergie Est, abandonné par TransCanada en 2017.

Un nouveau pipeline serait le changement dont le Nouveau-Brunswick a besoin depuis un moment.

Michael Stephen, tuyauteur de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick

Depuis l’abandon du projet de pipeline, son salaire a diminué de 20 % et les perspectives sont moins encourageantes.

Il appuie la proposition conservatrice d’aménager un corridor énergétique qui traverserait le pays, notamment un pipeline. Michael Stephen croit qu’une partie du sud du Nouveau-Brunswick passera au bleu en octobre.

Pour lui, alimenter la raffinerie de Saint-Jean avec un nouvel oléoduc serait moins dangereux et moins dommageable pour l’environnement. En ce moment, le pétrole brut de l’Alberta y est acheminé par train. De grandes quantités arrivent aussi par bateau en provenance de l’Arabie saoudite, notamment.

Le tuyauteur Michael Stephen devant un restaurant de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

L'industrie pétrolière est le gagne-pain de Michael Stephen, qui habite la région de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Thierry Laflamme

Je comprends qu’il faut une transition verte, mais elle ne peut pas survenir du jour au lendemain, précise-t-il, citant la réalité économique de sa province. En juillet, le taux de chômage atteignait 8,5 % au Nouveau-Brunswick (5,7 % au pays), le quatrième plus élevé parmi les provinces canadiennes.

Vous ne verrez pas beaucoup de gens conduire des voitures de marque Tesla ici, fait-il remarquer.

M. Stephen est aussi d’accord avec la promesse du chef conservateur Andrew Scheer d’éliminer la tarification sur le carbone imposée par les libéraux.

Selon lui, le prix sur le carbone « rate la cible » dans sa province qui est d'encourager les gens à réduire leurs émissions. Les personnes habitant les secteurs ruraux sont pénalisées, croit-il.

Beaucoup de Néo-Brunswickois, comme moi, n’ont d’autre choix que de conduire leur voiture pour aller au travail. Je dois marcher deux heures pour me rendre à l’arrêt de bus le plus proche, fait-il valoir.

Il déplore que les revenus de la tarification du carbone ne soient pas entièrement retournés aux familles et qu’une partie serve à financer des projets verts sélectionnés par le gouvernement.

Un fossé qui se creuse?

Attaques acrimonieuses, climat partisan sur la tarification du carbone : Angèle McCaie s’inquiète de la polarisation du débat sur l’environnement. Elle craint que les politiciens contribuent à diviser davantage la population.

J’ai l’impression que ça va dans la direction de nos voisins américains. Honnêtement, je trouve ça vraiment triste. On est à un point où on doit travailler ensemble, explique-t-elle.

Pour le député Kevin Arseneau, tous les partis doivent collaborer pour accélérer la transition vers une économie verte. Plus on attend, plus ce sera drastique, prévient-il.

Il aimerait aussi voir les partis de gauche unir leurs forces en vue des prochaines élections pour faire avancer la lutte contre les changements climatiques.

Je souhaiterais voir un rapprochement entre le Parti vert et les néo-démocrates. Je pense que les deux plans se marient très bien ensemble, estime-t-il.

C’est tout le temps la petite politique partisane qui finit par s’imposer. C’est ce qui fait le plus mal à la politique aujourd’hui. C’est ça qui fait le plus mal à l’électeur. C’est ça le cynisme qu’on voit dans la population, conclut-il.

Notre dossier Élections Canada 2019

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