•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Trop de médias sociaux nuit à la santé mentale des filles, selon une étude

Une jeune femme consulte son téléphone portable.

Plus de 90 % des adolescents utilisent Internet pour le réseautage social.

Photo : iStock / triloks

Radio-Canada

L'utilisation très fréquente des médias sociaux par les adolescentes peut compromettre leur santé mentale en réduisant leurs heures de sommeil et le temps qu’elles consacrent à l’exercice physique, et en augmentant leur exposition à la cyberintimidation.

C’est le constat établi par le Pr Russell Viner et ses collègues de l’Institut de la santé de l’enfant Great Ormond Street de l’University College de Londres, au Royaume-Uni, dont l’étude a porté sur près de 10 000 adolescents, filles et garçons, âgés de 13 à 16 ans, suivis pendant trois ans entre 2013-2015.

Nos résultats laissent à penser que les médias sociaux en soi ne causent pas de dommages, mais que leur utilisation trop fréquente perturbe les activités qui ont un effet positif sur la santé mentale.

Russell Viner

Ainsi, les présents travaux ne montrent pas d’effets directs d’une surconsommation des médias sociaux sur le développement du cerveau, mais bien des effets « par ricochet ».

Une adolescente regarde son téléphone dans un café.

Les experts en santé publique s'inquiètent de plus en plus de l’incidence des médias sociaux sur la santé mentale des jeunes.

Photo : iStock

Contexte

  • Environ 90 % des adolescents utilisent Internet pour le réseautage social.
  • Les experts en santé publique s'inquiètent de plus en plus des répercussions des médias sociaux sur leur santé mentale et leur bien-être.
  • Les conséquences de ces répercussions sont, à l’heure actuelle, contradictoires. Certains effets seraient positifs, comme le fait de briser l’isolement, mais d’autres, comme la cyberintimidation, seraient néfastes pour la santé mentale.
  • Environ la moitié des problèmes de santé mentale commencent vers l’âge de 14 ans.

À la lumière de leurs résultats, les auteurs estiment que davantage d’efforts devraient être déployés afin de réduire l'exposition des filles aux contenus nuisibles, mais aussi pour encourager de saines habitudes de vie, notamment dormir suffisamment et faire de l’exercice physique régulièrement.

L'effet des médias sociaux sur la santé mentale des garçons serait différent, précisent les auteurs, mais il n’a pas été révélé dans cette étude.

Le détail de ces travaux est publié dans le journal The Lancet Child & Adolescent Health (en anglais).

D’autres études

  • Le mois dernier, des psychiatres québécois affirmaient que le fait de consacrer beaucoup de temps aux médias sociaux ou à la télévision est lié à l’apparition et à l’intensification des symptômes de dépression chez les adolescents. Les chercheurs ont aussi étudié d’autres activités, telles que les jeux vidéo et la navigation sur Internet avec un ordinateur, mais aucun lien avec la dépression n’a été établi.
  • En 2018, une autre étude montrait que les réseaux sociaux et les téléphones cellulaires aidaient les adolescents à traverser des moments difficiles de leur vie.

En détail

Les chercheurs ont analysé les informations recueillies lors de trois séries d'entretiens avec des adolescents de près de 1000 écoles britanniques, en 9e (13-14 ans), 10e (14-15 ans) et 11e année (15-16 ans).

Il s'agit de la première étude observationnelle visant à suivre l'utilisation des médias sociaux et la santé mentale au cours de l'adolescence, avec suffisamment de participants pour la rendre représentative de l'ensemble du Royaume-Uni.

À ces trois périodes de l’adolescence, les participants indiquaient la fréquence à laquelle ils consultaient les médias sociaux.

L'utilisation très fréquente des médias sociaux (Facebook, Instagram, Twitter, Snapchat et WhatsApp) a été définie dans l'étude à au moins trois fois par jour.

Les auteurs notent qu'une des limites de l'enquête est qu'elle n’a pas tenu compte du temps passé par les adolescents sur les médias sociaux, mais uniquement du nombre de connexions.

Les données montrent quand même que, lors du premier interview, 43 % des garçons et 51 % des filles utilisaient les médias sociaux plusieurs fois par jour. Au second, ce pourcentage était passé à 51 % et 68 % respectivement. Puis, au troisième, 69 % des garçons et 75 % des filles utilisaient les médias sociaux plusieurs fois par jour.

Chez les deux sexes, l'utilisation très fréquente des médias sociaux a été associée à une plus grande détresse psychologique. Par exemple, lors du deuxième rendez-vous, 28 % des filles qui utilisaient très fréquemment les médias sociaux ont signalé une détresse psychologique, comparativement à 20 % chez celles qui les utilisent seulement une fois par semaine ou moins. Cet effet n'était pas aussi évident chez les garçons.

Les auteurs ont constaté que pratiquement tous les effets sur le bien-être des filles étaient associés à la réduction du temps de sommeil, à une réduction de l’activité physique et à l’exposition à la cyberintimidation.

Un groupe d'adolescents assis à l'extérieur regardent leurs téléphones cellulaires.

L'effet des médias sociaux sur la santé mentale des garçons serait différent, mais n'a pas été révélé dans ces travaux.

Photo : iStock

En revanche, ces trois facteurs semblent expliquer seulement 12 % de l'incidence de l'utilisation très fréquente des médias sociaux sur la détresse psychologique des garçons.

Selon les chercheurs, ces résultats permettent de penser que les médias sociaux n’ont pas les mêmes effets sur la santé mentale des garçons et des filles.

Les différences évidentes que nous avons découvertes entre les sexes pourraient simplement être attribuées au fait que les filles accèdent aux médias sociaux plus fréquemment que les garçons ou au fait que les filles avaient des niveaux plus élevés d'anxiété au départ.

Dasha Nicholls, coauteur des travaux

La cyberintimidation peut être plus répandue chez les filles, ou elle peut être plus étroitement associée au stress chez les filles que chez les garçons, estime Dasha Nicholls.

Quoi qu’il en soit, les auteurs de ces travaux sont d'avis que d’autres recherches doivent être réalisées afin de mieux cerner les effets des médias sociaux sur les adolescents selon le sexe.

Réseaux sociaux

Science