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Que sont les gangs de rue à Toronto?

Un gang de rue, dans la pénombre

Un gang de rue

Photo : iStock / shironosov

Rozenn Nicolle

Début août, le chef de la police de Toronto, Mark Saunders, a pris la parole durant une conférence de presse pour parler d'une série de fusillades survenues dans sa ville. Il a expliqué que la vaste majorité de ces crimes étaient perpétrés par des gangs de rue. Mais que signifie ce terme et qui désigne-t-il?


Portrait type : défavorisé

Ce ne sont pas des cartels mexicains ou les Hells Angels, prévient d’entrée de jeu le criminologue Irvin Waller. Cet auteur et professeur émérite à l’Université d’Ottawa présente le portrait type des personnes impliquées dans les « gangs » de Toronto comme des jeunes hommes venant des quartiers défavorisés.

Certes, la drogue et les opioïdes font partie du problème, admet M. Waller, mais ces jeunes sont pour lui des détaillants. C’est possible qu’il y ait des relations avec les réseaux de drogue au Mexique. Nous avons des groupes d’origine de Somalie, ou du Sri Lanka ou autre, mais ces gangs ne sont pas si bien organisés, affirme-t-il.

Un homme aux cheveux gris avec des lunettes, dans une rue résidentielle ensolleillée, regarde avec un air grave un journaliste hors champs.

Irvin Waller, professeur de criminologie à l'Université d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Ils sont surtout de minorités visibles, rapporte-t-il, expliquant que les membres de gangs de rues viennent le plus souvent de quartiers où les inégalités sont les plus frappantes. Selon lui, on ne peut aborder le problème de la violence dans la ville sans s’attarder sur ses origines. Et pour lui, elles sont avant tout sociales.

Terminologie : erronée

Adam Ellis faisait partie d’un gang quand il était plus jeune et, aujourd’hui, il les étudie dans le cadre de son doctorat en criminologie. Selon lui, le mot gang lui-même est une façon de criminaliser ces jeunes.

Un homme barbu avec un tatouage sur la nuque pose devant un terrain de basket extérieur.

Adam Ellis regrette qu'aussi peu d'études soient faites sur les membres des gangs de rue.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Le gang est un produit de la société et sa terminologie n’est pas la terminologie que l’on utilise dans la rue pour nous décrire, auprès de nos amis, de notre famille.

Adam Ellis, étudiant au doctorat en criminologie à l'Université de Toronto

Pour lui, utiliser ces termes afin de désigner certains groupes d’amis est une autre façon de les stigmatiser encore plus, car au mot gang est associée l’idée de violence.

On étiquette tout un groupe comme violent, mais 98 % ou 99 % des jeunes impliqués dans ces groupes de rue n’appuient pas sur des gâchettes, ils ne tirent pas sur des gens.

Adam Ellis, étudiant au doctorat en criminologie à l'Université de Toronto

Il faut changer le discours, dit-il.

Diagnostic : inconnu

Ces mauvaises conceptions viennent aussi du fait, selon les deux hommes, que les informations sur les gangs de rue sont très pauvres et incomplètes.

C’est un manque important, car la première phase dans une solution efficace, c’est un bon diagnostic du problème, qui va au-delà de qui a été arrêté et qui a été victime.

Irvin Waller, professeur de criminologie à l'Université d'Ottawa

Il n’y a aucune recherche à Toronto sur les gangs de rue, renchérit Adam Ellis. Comment peut-on comprendre le problème si on ne peut même pas le définir, demande-t-il.

La police de Toronto n’a, à l'heure où nous publions, pas donné suite à nos demandes d’entrevue ni à nos questions sur l’information disponible sur les gangs de rue de Toronto.

Le plus gros problème, c’est que nous avons un système tellement axé sur la criminalité et la punition des délinquants qui commettent des infractions criminelles, au lieu de les voir sous l’angle de la santé publique et de le considérer comme une personne blessée, dénonce Adam Ellis.

Le chef de la police n’est d’ailleurs pas en désaccord. On ne naît pas membre d’un gang, on le devient, avait lancé Mark Saunders en conférence de presse le vendredi 9 août.

Le chef Saunders s'exprime au micro devant les médias.

Le chef de la police de Toronto, Mark Saunders, a déclaré vendredi que des arrestations avaient eu lieu après une semaine de violence armée et que de nouvelles arrestations pourraient avoir lieu.

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Il doit prochainement dévoiler le nouveau plan de la police pour lutter contre la violence armée.

Politiques inefficaces?

Pour le criminologue Irvin Waller, les gouvernements sont responsables de la recrudescence du crime à Toronto.

La raison principale de cette augmentation depuis cinq ans à Toronto, c’est le manque d’action efficace contre les facteurs de risque, et un maire qui insiste seulement sur une solution du tout répressif, du tout policier et d’incarcération, lance-t-il.

Selon lui, la solution doit d’abord être permanente, durable, et comprendre une étape d’évaluation des résultats.

Pour diminuer la criminalité, il faut aller au-delà des ressources de la police, identifier les difficultés dans ces quartiers, les écarts entre les besoins et les ressources, identifier les familles qui produisent les jeunes hommes qui en décousent avec la police, et le développement de la vie de ces jeunes.

Irvin Waller, professeur de criminologie à l'Université d'Ottawa

Ce n’est pas une question d’avoir une action de cinq ans dans une zone, comme le fait le gouvernement fédéral. Il faut investir de manière adéquate et à long terme, former des éducateurs de rue, il faut aussi avoir des gens dans la ville, pas dans la police, pour planifier cela, ajoute le professeur. Il faut également évaluer les résultats, ce que Toronto ne fait pas, selon lui.

Afin de faire valoir son point de vue, M. Waller a écrit une lettre à John Tory, lui recommandant certaines politiques basées sur des résultats scientifiques qu’il a lui-même étudiés et publiés dans son dernier ouvrage.

Dans un courriel à Radio-Canada, un porte-parole du maire soutient que M. Tory est en faveur d’une approche consistant à investir dans les collectivités et qu’il étudie présentement les propositions avancées par le professeur. La Ville n’a cependant pas encore répondu à nos questions sur la façon dont elle évaluait l’efficacité de ses programmes.

Lundi, le maire annonçait par communiqué que le fédéral, la province et la Ville verseraient collectivement 4,5 millions de dollars à la police de Toronto.

Toronto

Crimes et délits