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Le vol de données a coûté 70 millions à Desjardins jusqu'à maintenant

L’enseigne de Desjardins, à l’extérieur du complexe du même nom, à Montréal

La facture du vol de données pourrait être plus salée, reconnaît Desjardins.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La Presse canadienne

Le vol de données personnelles qui a ébranlé le Mouvement Desjardins en juin oblige l'institution à prévoir une charge de 70 millions de dollars au deuxième trimestre, ce qui n'a toutefois pas empêché le groupe coopératif financier d'afficher un excédent en légère hausse au cours de cette période.

Pour la période de trois mois terminée le 30 juin, l'excédent avant ristournes aux membres a été de 692 millions, en progression de 2,2 % par rapport à la même période l'an dernier. Abstraction faite des éléments non récurrents, la progression aurait été de 26,3 %.

Ces résultats « témoignent de la solidité financière du Mouvement Desjardins, mais aussi sa capacité à faire face à des situations imprévues comme on l'a vu au cours de l'été », a affirmé lundi le président et chef de la direction de Desjardins, Guy Cormier, en faisant référence à la fuite massive de données personnelles lors d'une conférence téléphonique visant à présenter ces résultats.

Les deux premiers trimestres combinés se traduisent par un excédent de 1,093 milliard. Ce résultat représente une diminution de 7,2 % par rapport aux six premiers mois de 2018, mais s'explique, d'une part, par les indemnisations inhabituellement élevées encaissées par l'assureur de dommages de Desjardins après un hiver marqué par de multiples carambolages, des toits effondrés, des tempêtes à répétition, des épisodes de verglas et, bien sûr, les inondations printanières dévastatrices.

D'autre part, les résultats de 2018 avaient été gonflés par des revenus non récurrents, et « quand on exclut ces revenus exceptionnels, les excédents du premier semestre sont en hausse de 40 millions ou de 4,2 % », a expliqué M. Cormier, ajoutant que « le deuxième trimestre de 2019 est le deuxième meilleur trimestre de toute l'histoire du Mouvement Desjardins ».

Le coût d'une fuite massive

Le simple fait de tenir une conférence téléphonique au deuxième trimestre – un geste rare pour le Mouvement qui tient habituellement une seule conférence pour ses résultats annuels – témoigne de l'importance qu'a eue la fuite de données qui a touché 2,7 millions de ses membres particuliers.

La somme de 70 millions mise de côté pour compenser la fuite se décline ainsi : 30 millions ont été alloués aux frais entraînés par la protection d'Equifax offerte et payée par Desjardins, ainsi qu'aux coûts liés aux ententes avec une autre firme de vérification de crédit, TransUnion, auxquels s'ajoutent des frais juridiques.

Guy Cormier est d'ailleurs convaincu que ce montant ne sera pas dépassé, puisqu'il couvre la totalité de la protection.

La facture pour les cinq prochaines années que Desjardins aura à assumer pour la protection qu'on offre avec ce service Equifax a été totalement captée dans les charges du deuxième trimestre. Donc, il n'y aura pas d'autres coûts pour Equifax et TransUnion.

Guy Cormier, PDG de Desjardins

L'autre montant de 40 millions est une provision visant à payer les déboursés éventuels de la « Protection membres Desjardins ».

« Ce 40 millions, on l'a évalué en fonction d'hypothèses sur notre service d'assistance. Combien de gens, on pense, qui pourraient être victimes de la fuite. On a fait des analyses avec nos assureurs et nous sommes très rassurés actuellement que ce 40 millions, pour les prochaines années, pourrait être suffisant », a avancé le PDG.

La facture pourrait toutefois être plus salée, puisque Desjardins affirme qu'elle pourrait « réévaluer cette provision périodiquement selon la situation ».

Le Mouvement n'a d'ailleurs pas mis un sou de côté pour faire face à d'éventuelles actions collectives en justice. « Tout ce qui touche les recours collectifs, actuellement il n'y a rien d'intégré, dans la mesure où les recours n'ont même pas été acceptés et que les dossiers n'ont même pas été traités en Cour », a expliqué Guy Cormier.

Aucun impact sur les ristournes

Ce dernier affirme toutefois avec force que la somme n'est pas soustraite des ristournes aux membres : « Nous avons augmenté notre provision de ristourne de 12 % au deuxième trimestre […] On s'enligne pour verser une ristourne égale ou même supérieure à celle de l'année passée. Donc, pour les membres, il n'y aura pas de baisse de ristourne. »

Ce 70 millions, aurait-il pu être alloué à d'autres projets d'investissement? Aurait-il pu être alloué à d'autres éléments d'innovation de produits? La réponse est oui, mais très certainement pas à une baisse de ristournes. Au contraire, on a provisionné une hausse de 12 %.

Guy Cormier, PDG de Desjardins

Rappelant que le Mouvement Desjardins affiche un excédent de plus de 2 milliards de dollars, il reconnaît que « ça paraît gros 70 millions, mais on a de la marge de manœuvre […] On est très confiant d'être capable de compenser ce 70 millions au cours des prochains mois à même nos opérations courantes ».

Mesures spéciales pour ceux qui n’ont pas un historique de crédit

Le Mouvement Desjardins s'est par ailleurs retrouvé aux prises avec un problème assez unique, lui qui recrute des membres de façon intensive dans les établissements scolaires. Plusieurs de ces membres sont des mineurs et de très jeunes adultes qui n'ont aucun dossier de crédit et qui, donc, ne pouvaient bénéficier d'aucune protection de leur identité de la part d'Equifax.

« On a trouvé une solution depuis environ trois semaines où, à travers un parent ou un tuteur, on a envoyé une lettre pour chacun de ces enfants qui avaient été victimes de la fuite. On leur a donné une procédure et ils ont eu un code, et ils ont pu appeler chez Equifax. Et aujourd'hui […] il y a une solution propre aux mineurs qui ont été victimes de la fuite de Desjardins. Ils peuvent avoir une protection. Et s'il y avait quelque chose sur leur dossier de crédit – ils n'en ont pas actuellement, mais si un jour ils en ont un – le tuteur ou le parent va recevoir la lettre au nom de son enfant », a expliqué M. Cormier.

« Le parent ou le tuteur d'un jeune est en mesure de communiquer avec Equifax ou mieux de communiquer avec Desjardins, et on sera capables de faire activer une protection pour le jeune. »

Quant aux jeunes adultes de 18 ans et plus qui n'ont jamais contracté de prêt étudiant et qui n'ont aucun dossier de crédit, ceux-ci peuvent bénéficier de la même protection que les membres mineurs.

Dans un courriel d'explications envoyé à la demande de La Presse canadienne, une porte-parole du Mouvement a précisé que « lorsque [ce jeune adulte] obtiendra du crédit et qu'un dossier de crédit sera ouvert avec les mêmes informations que celui ouvert pour l'alerte de fraude, cette alerte y sera transférée ».

Économie