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« De graves irrégularités » dans la prison où est mort Jeffrey Epstein

Des employés devant l'entrée du Metropolitan Correctional Center.

L'administration américaine s'est engagée à « sécuriser » la prison où était incarcéré Jeffrey Epstein ainsi qu'à faire la lumière sur son suicide apparent.

Photo : Reuters / Eduardo Munoz

Agence France-Presse

Le secrétaire américain à la Justice, William Barr, a dénoncé lundi de « graves irrégularités » à la prison fédérale où a été retrouvé mort samedi le financier Jeffrey Epstein. Il a promis de rechercher les éventuels complices de ses agressions sexuelles sur des mineures, dans le cadre d'une enquête qui pourrait s'étendre à la France.

M. Barr, qui avait annoncé samedi l'ouverture de deux enquêtes après l'annonce de la mort d'Epstein (apparemment par suicide), s'est dit consterné et franchement en colère en apprenant les carences pour sécuriser de manière adéquate la prison de Manhattan où il était détenu depuis le début du mois de juillet.

Plusieurs médias avaient indiqué dimanche que le financier avait été laissé seul dans sa cellule, alors que les détenus sont censés être toujours deux, et que les rondes prévues toutes les 30 minutes n'avaient pas été respectées.

Jeffrey Epstein, 66 ans – qui avait été retrouvé légèrement blessé le 23 juillet après ce qui semblait être une première tentative de suicide –, ne bénéficiait par ailleurs plus de surveillance renforcée antisuicide depuis le 29 juillet. Cette décision a contribué à alimenter l'indignation qui a accueilli l'annonce de sa mort.

Nous irons au fond des choses. [...] Il y aura des comptes à rendre.

William Barr, secrétaire américain à la Justice

Le week-end a vu apparaître une abondance de théories du complot, relayées par Donald Trump.

Beaucoup ce ces théories laissaient entendre que M. Epstein aurait été assassiné en raison des hommes de pouvoir qu'il avait fréquentés et qui auraient voulu l'empêcher de parler – du prince Andrew à Bill Clinton en passant par l'ex-émissaire spécial pour l'Irlande du Nord George Mitchell ou le patron de Victoria's Secret, Leslie Wexner.

Les causes de la mort de Jeffrey Epstein n'ont pas encore été confirmées. Le médecin légiste de Manhattan a indiqué dimanche, après avoir effectué l'autopsie, qu'il réservait ses conclusions dans l'attente de « plus d'informations ».

Un prédateur insatiable et sa présumée complice

Jeffrey Epstein, mal rasé, regarde l'objectif de l'appareil photo.

Une photo de Jeffrey Epstein qui apparaît dans le registre des délinquants sexuels de l'État de New York.

Photo : Reuters

M. Epstein a été retrouvé mort dans sa cellule du Metropolitan Correctional Center – une prison réputée particulièrement sûre –, où il attendait son procès qui devait commencer au plus tôt en juin 2020.

Les témoignages qui sont ressortis par le biais de documents judiciaires brossaient de ce brillant et riche homme d'affaires, ex-professeur de mathématiques, l'image d'un prédateur insatiable de mineures.

Le secrétaire Barr a assuré lundi, comme l'avait fait samedi le procureur fédéral de Manhattan, que « l'enquête allait continuer, visant quiconque [ayant été] complice d'Epstein ».

Fille du défunt magnat britannique des médias Robert Maxwell, Ghislaine Maxwell, 57 ans, qui a été très proche de Jeffrey Epstein, fait désormais figure de suspecte numéro 1. Elle a par contre nié toute implication.

Cette femme est accusée par certaines victimes présumées du financier d'avoir activement recruté de jeunes adolescentes afin de satisfaire l'appétit d'Epstein et d'avoir même participé aux abus.

D'autres personnes sont sur la sellette, dont le Français Jean-Luc Brunel, patron d'une agence de mannequins.

Dans des documents judiciaires rendus publics vendredi, une victime présumée d'Epstein, Virginia Giuffre, affirmait que Ghislaine Maxwell l'avait forcée à avoir des relations sexuelles avec lui.

Perquisitions sur « l'île de la pédophilie »

Selon plusieurs médias, des agents du FBI ont effectué lundi un raid sur une petite île américaine des Caraïbes appartenant au financier.

Deux responsables anonymes des forces de l'ordre, cités par la chaîne NBC, ont confirmé que la police fédérale américaine avait lancé une perquisition dans la résidence de M. Epstein sur l'île de Little St. James, dans les îles Vierges, que le riche homme d'affaires aurait acquise dans les années 1990.

Certains médias américains l'ont surnommée « l'île de la pédophilie », en raison des jeunes filles mineures que M. Epstein y aurait fait venir.

Contacté, le FBI n'a pas immédiatement confirmé ces informations.

Enquête réclamée en France

Jeffrey Epstein voyageait régulièrement en France, où il avait au moins une propriété. C'est en rentrant de France en jet privé qu'il avait été interpellé, au début du mois de juillet.

C'est justement dans l'Hexagone que deux ministres ont réclamé lundi l'ouverture d'une enquête dans cette affaire.

L'enquête américaine a mis en lumière des liens avec la France. Il nous semble ainsi fondamental, pour les victimes, qu'une enquête soit ouverte en France afin que toute la lumière soit faite, ont écrit dans un communiqué les secrétaires d'État français Marlène Schiappa (Égalité femmes-hommes) et Adrien Taquet (Protection de l'enfance).

La mort de M. Epstein ne doit pas priver les victimes de la justice à laquelle elles ont droit; c'est une condition essentielle à leur reconstruction. C'est aussi une condition à une protection plus efficace à l'avenir d'autres jeunes filles face à ce type de réseaux organisés, face à ce type de prédateurs.

Marlène Schiappa et Adrien Taquet, secrétaires d'État français

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a quant à elle rappelé lundi qu'il n'appartenait pas au gouvernement de décider des poursuites à entamer, après que les deux secrétaires d'État eurent réclamé l'ouverture d'une enquête en France.

Les poursuites ne sont pas des décisions du gouvernement. Depuis 2013, les instructions individuelles sont prohibées, conformément au principe d'indépendance de l'autorité judiciaire, a-t-elle souligné dans un message transmis à l'Agence France-Presse.

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