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Les livreurs Foodora seront-ils les premiers employés d’une application à se syndiquer?

Une affiche rose sur un poteau et une piétonne.

Les livreurs de Foodora peuvent voter du 9 au 13 août pour se joindre ou non à un syndicat.

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

Philippe de Montigny

Les quelque 950 livreurs de l’application de livraison de repas Foodora à Toronto et à Mississauga ont jusqu’à mardi pour choisir de se joindre ou non à un syndicat.

L'application de livraison de repas leur impose un horaire, comme s'ils étaient des employés, mais sans leur en accorder les bénéfices. Les livreurs, qui se déplacent à vélo pour la plupart, veulent être mieux payés, obtenir certains avantages sociaux et se protéger des conditions de la route dangereuses.

Brice Sopher travaille pour Foodora à temps partiel depuis quatre ans et veut maintenant se syndiquer. On est responsable pour tous les trucs dont on a besoin pour travailler. S'il faut que je répare mon vélo, c'est moi qui paie. Je paie pour mon téléphone, les données que j’utilise, dit-il.

Le montant qu’on reçoit de Foodora est minime lorsqu’on déduit ces dépenses

Brice Sopher, livreur de Foodora

Les livreurs reçoivent par ailleurs 4,50 $ par livraison et 1 $ par kilomètre parcouru, mais seulement pour le trajet entre le restaurant et le client.

Ils reçoivent aussi l’ensemble des pourboires, mais l’application Foodora force les clients à choisir un montant avant de passer leur commande, ce qui pousse bien des gens à ne rien donner, souligne le Torontois.

Un livreur derrière son vélo qui tient son téléphone intelligent.

Brice Sopher, livreur de Foodora à Toronto, souhaite se syndiquer pour améliorer ses conditions de travail.

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

Revendications des livreurs de Foodora :

  • Sécurité : en cas d’accident sur la route, les livreurs disent être souvent poussés par les répartiteurs à effectuer une livraison et ils doivent payer tout traitement (comme de la physiothérapie) de leur poche.

  • Rémunération : les livreurs reçoivent 4,50 $ (frais de livraison payés par le client) et 1 $/km (selon le trajet de la livraison), alors que Foodora reçoit 30 % du prix de la commande (payé par le restaurant).

  • Avantages sociaux : puisqu’ils sont considérés comme des travailleurs autonomes, les livreurs n’ont pas de congés de maladie, de vacances payées, de congés parentaux, ni d’assurance-emploi.

Bien que les livreurs soient admissibles aux prestations de la Commission de la sécurité professionnelle et de l'assurance contre les accidents du travail (CSPAAT) en cas de blessure, certains disent qu'il est difficile d'obtenir des remboursements de leurs frais médicaux et que Foodora ne leur offre aucune aide.

Foodora répond par courriel que l'entreprise soutient ses employés à toutes étapes d'une réclamation auprès de la CSPAAT. Les répartiteurs sont d'ailleurs tenus de rapporter les accidents et d'aider les livreurs blessés, parfois même en organisant un déplacement vers un hôpital, souligne la porte-parole Sadie Weinstein.

Sprint final vers l’accréditation syndicale

Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) a déposé une demande d’accréditation syndicale auprès de la Commission des relations de travail de l’Ontario, la semaine dernière, après une campagne de sensibilisation lancée par des livreurs de Foodora.

Le vote se déroule au cours de cinq jours, jusqu’à mardi midi.

Si on réussit présentement l'accréditation pour Foodora, c'est sûr que ça va ouvrir la porte pour Uber, Skip the Dishes et les autres entreprises d'économie de partage.

Jean-Philippe Grenier, vice-président, Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes
Jean-Philippe Grenier, troisième vice-président au Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes.

Jean-Philippe Grenier, troisième vice-président au Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes

Photo : Radio-Canada

Foodora, de son côté, encourage ses livreurs à voter contre l'accréditation syndicale, en leur envoyant, par exemple, des messages directement par l'entremise de l'application.

Dans l’un de ses messages, on peut lire en anglais : Les cotisations syndicales pourraient vous coûter jusqu’à 1100 $. Votez "NON" avec nous.

Une capture d'écran de l'application Foodora.

Une capture d'écran d'un message envoyé par Foodora aux livreurs par l'entremise de son application pour les inciter à voter contre l'accréditation syndicale.

Photo : Brice Sopher

Le syndicat dit avoir soumis une plainte auprès de la Commission des relations de travail, accusant Foodora de désinformer et de répandre des mensonges pour faire peur aux livreurs afin qu’ils votent contre l’accréditation syndicale.

C’est de la désinformation au niveau des avantages qu’un syndicat peut apporter et au niveau des avantages qu’un salarié peut avoir, donc on trouve que c’est une pratique déloyale et on la dénonce fortement, affirme M. Grenier.

Foodora se défend

Foodora a refusé de nous accorder une entrevue, mais dans une déclaration envoyée par courriel, une porte-parole répond que l'entreprise n'a pas contrevenu aux lois ontariennes.

Nous étalons les faits pour que les livreurs prennent une décision éclairée.

Sadie Weinstein, porte-parole de Foodora Canada

Elle ajoute que l’expérience des livreurs est une priorité pour l’entreprise, qui se dit à l’écoute de leurs suggestions et de leurs préoccupations. Nous ne croyons pas qu’un syndicat soit nécessaire pour faire changer les choses, écrit Mme Weinstein.

L'entreprise indique toutefois qu'elle respecte le droit des livreurs d’entreprendre cette démarche pour se syndiquer : Peu importe le résultat du vote, nous avons hâte de régler cette demande du STTP devant la Commission des relations de travail de l’Ontario.

Toronto

Relations de travail