•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les ventes des librairies indépendantes sont en hausse, malgré une forte concurrence

Une femme range des livres dans un rayon d'une librairie

Selon la BTLF, il s’est vendu 216 739 titres dans les librairies indépendantes québécoises en 2018.

Photo : Radio-Canada

Laurence Gallant

Depuis quelques années, le mois d’août est marqué par des journées bien occupées dans les librairies indépendantes. Grâce au mouvement citoyen Le 12 août, j'achète un livre québécois!, le public afflue en dans les librairies et encourage les auteurs, les maisons d'édition, mais aussi ces commerces de proximité qui parviennent à relever, avec brio, de grands défis au quotidien.

On est époustouflés de voir la clientèle de la librairie L'Alphabet. C'est un achalandage constant, beau temps, mauvais temps.

Normand Provençal, consultant et directeur par intérim à L'Alphabet

Le vent semble avoir tourné pour les librairies indépendantes québécoises. Après des années plus moroses marquées par des fermetures et des craintes devant l'essor du livre numérique et de la vente en ligne, les chiffres démontrent que les libraires respirent un peu plus librement.

Une étude commandée par l'Association des libraires du Québec, basée sur les résultats réels observés à la caisse, est réjouissante pour les librairies indépendantes. Dans les trois dernières années, elles ont connu un taux de croissance moyen de 5 % par année.

Le nombre de points de vente a aussi légèrement augmenté : il est passé de 99 en 2016, à 108, deux ans plus tard.

Une tendance qui ne serait pas étrangère au récent engouement autour de l'économie de proximité, et à ce discours que certains leaders portent dans l'espace public sur le commerce local, sur l'équité dans la taxation des géants du web, croit Jean-Benoît Dumais, directeur général de la Coopérative des librairies indépendantes du Québec.

Jean-Benoît Dumais sourit à la caméra. En arrière-plan, une vue sur Québec.

Jean-Benoît Dumais, dg de la Coopérative des librairies indépendantes du Québec

Photo : Radio-Canada

On pense par exemple à Peter Simons ou Christiane Germain dans d'autres industries, je pense que ce discours là tranquillement fait son chemin dans l'esprit du public qui cherche à soutenir des joueurs, des entrepreneurs locaux qui contribuent au tissu social également de la société et ça se traduit aussi pour les libraires de quartier, ajoute-t-il.

À Rimouski, la librairie L'Alphabet connaît un succès à l'image de ce qui peut être observé dans l'ensemble de la province. Mais les défis ont été et sont encore nombreux.

Normand Provençal, qui a siégé à titre de président de l'Association des libraires du Québec entre 2000 et 2008, en a beaucoup à raconter sur l'évolution du marché du livre. Ceux qui prédisaient la mort du livre papier avec l'avènement du numérique ont été confondus, à ses yeux. Les librairies semblent également s'être adaptées face à la concurrence d'Amazon.

Un homme en entrevue devant des rayons de livres

Normand Provençal est consultant et directeur par intérim de la librairie L'Alphabet.

Photo : Radio-Canada

Ça a causé, il y a une douzaine d'années, beaucoup de craintes de la part des librairies indépendantes, [en voyant aller] les Amazon, tous les Walmart de ce monde qui offrent du livre également, et ça ne s'est pas avéré. Si on parle juste des ventes numériques, c'est à peine 5 % du chiffre d'affaires et ça se maintient comme ça. Les librairies indépendantes se sont dotées d'un outil effectivement pour qu'on puisse commander par Internet et à l'échelle de la province et c'est livré en un temps presque record, indique celui qui agit actuellement à titre de consultant et de directeur par intérim à la librairie L'Alphabet.

On s'est adaptés. Et aujourd'hui, on ne craint pas le numérique.

Normand Provençal, consultant et directeur par intérim à L'Alphabet

L’énergie de la relève

Dans un centre-ville qui cherche à se dynamiser, la librairie L’Hibou-coup de Mont-Joli accueille les lecteurs depuis plus de 40 ans. Alors que son fondateur est sur le point de prendre sa retraite, une relève motivée a fait son apparition dans les rayons.

Une jeune trentenaire, posée devant des rayons de livres, sourit à la journaliste

Marie-Ève D'Astous est la fille de l'auteure Isabelle Berrubey.

Photo : Radio-Canada

Le nombre de défis le nombre de projets est hallucinant, le nombre de possibilités qui s'offrent à nous est hallucinant en tant que libraire. Je ne m'attendais pas nécessairement à ça en arrivant.

Marie-Ève D’Astous, commis libraire à L'Hibou-coup

Je savais que j'allais avoir beaucoup de choses à apprendre, mais il y a tellement de projets qu'on peut monter et qu'on peut explorer, on peut aller chercher les écoles, on peut aller chercher au niveau de la population, faire des activités..., estime Marie-Ève D’Astous.

Au Québec, les ventes destinées aux écoles et les bibliothèques, par exemple, représentent 42 % des ventes totales des librairies, ce qui fait que, sans surprise, le livre jeunesse récolte la part du lion dans de nombreuses librairies.

La librairie L'Hibou-coup, qui fournit aussi plusieurs institutions, s'est ainsi développé une spécialité en livres et en albums jeunesse.

Une libraire feuillette un album jeunesse

Les ventes de livres pour la jeunesse ont représenté 29 % des ventes en librairies québécoises entre 2016 et 2018, selon la BTLF.

Photo : Radio-Canada

On a beaucoup de familles qui viennent. Les enfants qui adorent la lecture viennent avec leurs parents, souvent c'est eux autres qui les incitent, quand ils ont vu un bon livre à l'école, quand ils ont rencontré un auteur dans le cadre d'une activité, ils viennent chercher le dernier livre à la mode, si on veut, explique Marie-Ève D’Astous.

Seulement en 2018, 60 800 titres jeunesse ont été achetés dans les librairies indépendantes, ce qui représente près du tiers des ventes au Québec.

Mais autant en albums jeunesse qu'en littérature québécoise, le public est friand du dernier polar dont tout le monde parle, tout comme de ces ouvrages qui traversent le temps. Et les activités festives comme Le 12 août, j'achète un livre québécois, ne sont pas étrangères à leur succès.

Je pense que ça leur fait découvrir [aux clients] de nouveaux auteurs, et ça met en valeur aussi notre littérature, donc je pense que oui, ça a eu un impact concret sur les auteurs d'ici, et sur l'importance qu'on accorde à notre littérature, à notre culture. Je pense que les effets sont très positifs, croit Ariane Francoeur, qui travaille à L’Alphabet depuis quatre ans.

Ariane Francoeur sourit à la journaliste, un livre à la main

Ariane Francoeur travaille à la librairie L'Alphabet.

Photo : Radio-Canada

Elle a pu constater l’affluence importante générée par les activités du 12 août, tout comme dans les jours précédant et suivant cette journée festive.

Une passion communicatrice

Du reste, les libraires rencontrés sont unanimes : leur contact privilégié avec les lecteurs, qui permettent à ceux-ci de faire des découvertes au-delà de l'impératif de la nouveauté, fait la force des librairies indépendantes.

Régulièrement on se le fait dire, que oui on n’a peut-être pas les rabais des grandes surfaces, mais on a un service à la clientèle qui est personnalisé, affirme Marie-Ève D’Astous.

Quand le client rentre ici, il rentre comme s'il était chez lui, ou en visite chez un grand ami.

Marie-Ève D’Astous, commis libraire à L’Hibou-coup

Pour le directeur général de la Coopérative des librairies indépendantes du Québec, ces commerces demeurent sans équivoque des lieux de diffusion culturelle importants, surtout dans une société où bien des choses sont dématérialisées, où on vit de plus en plus dans des relations à distance ou virtuelles.

Ce lieu-là de rencontre avec toute la force conseil des libraires,[...] c’est ce rapport personnalisé, ce rapport humain où il est possible d’obtenir des conseils des amoureux du livre, des spécialistes du livre pour faire ses choix, [...] qui nous distingue plus que jamais, conclut Jean-Benoît Dumais.

Selon la BTLF, il s’est vendu 216 739 titres dans les librairies indépendantes québécoises en 2018.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Bas-Saint-Laurent

Commerce