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Coastal GasLink : le contrat force un chef à dissuader toute opposition au gazoduc

Une pancarte indiquant « Force is not consent », en rouge, plantée dans la neige.

Le projet du pipeline Coastal GasLink, en Colombie-Britannique, a suscité l'ire de certains membres des Premières Nations, le long du tracé de 675 kilomètres.

Photo : The Canadian Press / DARRYL DYCK

Radio-Canada

En concluant une entente pour le projet de gazoduc Coastal GasLink, le chef de la Première Nation de Nak'azdli Whut'en a accepté une clause l’obligeant à mettre un frein à toute opposition de sa nation à ce projet controversé dans le nord de la Colombie-Britannique.

Dans une copie du contrat obtenue par CBC, il est mentionné que le chef doit prendre toutes les mesures nécessaires pour dissuader ses membres de toute action qui pourrait entraver, faire obstacle, compromettre, retarder, arrêter ou interférer avec le projet, ses entrepreneurs, toute autorisation ou processus d’approbation.

La clause vise également à empêcher toute campagne médiatique négative ainsi que le dénigrement du projet sur les réseaux sociaux.

Coastal GasLink, un pipeline de 675 kilomètres, doit transporter du gaz naturel entre la région de Dawson Creek et les installations de LNG Canada prévues à Kitimat.

Le projet a bénéficié de l’aval du gouvernement de la Colombie-Britannique et d’un soutien exceptionnel du fédéral, lequel a octroyé l’investissement le plus important du secteur privé dans l’histoire du Canada.

Mais le projet de gazoduc a déjà fait l’objet de vives critiques et de manifestations menant même à des arrestations de la part de la GRC.

Démocratie ébranlée

Cette condition imposée dans le contrat inquiète certains membres de cette Première Nation, à l’instar de Nicholette Prince, outrée de prendre connaissance de cette clause qu’elle juge contraignante.

À mes yeux, cela indique qu’on ne nous considère pas comme des êtres humains à part entière, en toute honnêteté.

Nicholette Prince, membre de la Première Nation Nak'azdli Whut'en

Aucune municipalité n’accepterait de signer de telles restrictions [apportées au droit] civil, ajoute-t-elle.

C’est pourtant une clause répandue, selon Merle Alexander, un avocat spécialisé en développement économique des Premières Nations. « Ça commence à apparaître dans les contrats standards », observe-t-il, ajoutant qu’il ne s’agit pas d’une spécificité de Coastal GasLink et que certaines communautés parviennent à faire retirer ces clauses des contrats.

Le chef minimise les effets de la clause

La communauté des Nak'azdli Whut'en avait jusqu’au 1er mai 2018 pour se prononcer sur le projet de Coastal GasLink. Le vote de son chef, Alec McKinnon, a été décisif au moment où la décision a été soumise au conseil : trois membres étaient en faveur du projet, et trois autres, contre.

Alec McKinnon se demande aujourd’hui comment l’entreprise peut garantir l’application de cette clause, en lui opposant le droit à la liberté d’expression.

On voit beaucoup de Britanno-Colombiens et de Canadiens descendre le projet, et on ne voit pas leur premier ministre ou celui de leur province leur taper sur les doigts pour leur dire : "Vous ne pouvez pas publier ça sur Facebook!"

Alec McKinnon, chef de la Première Nation des Nak'azdli Whut'en

Malgré la décision cornélienne à prendre, Alec McKinnon affirme que la signature du contrat restait une bonne chose à faire pour les bienfaits économiques de sa nation.

Avec les informations de Chantelle Bellrichard.

Colombie-Britannique et Yukon

Autochtones