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Hausse des commentaires homophobes : l'extrême droite montrée du doigt

Alors que l'église luthérienne souhaiterait voir la thérapie de conversion homosexuelle mise en avant, un projet de loi pour l'interdire dans la province est en train de voir le jour.

Photo : iStock

Radio-Canada

Fierté Montréal observe depuis quelque temps une augmentation des propos homophobes sur les réseaux sociaux. Selon l’organisme, ce phénomène mondial, porté par les idées d’extrême droite, commence à se faire sentir au Québec.

Depuis le mois de mai, plus de 1000 messages haineux ont été recensés sur les différentes plateformes de Fierté Montréal. Du jamais-vu, selon son vice-président, Jean-Sébastien Boudreault, qui s’inquiète d’une « libération de la parole homophobe et transphobe ».

On a vu une différence depuis l'année dernière. On fait attention, on est en communication avec les services de police, on est en communication avec plein de gens pour essayer de voir si ces paroles vont se transformer en acte.

Jean-Sébastien Boudreault, vice-président de Fierté Montréal

13 édition de Fierté Montréal: entrevue avec Jean-Sébastien Boudreault

Le Service de police de Montréal n'a pas noté jusqu’ici la moindre augmentation du nombre d'incidents à caractère homophobe. Même constat du côté du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, qui recense les incidents haineux. Une dizaine de cas sont signalés chaque année, et le chiffre reste stable.

En revanche, le Centre reçoit davantage de signalements d’internautes. Le chercheur Benjamin Ducol affirme que son organisme est de plus en plus saisi pour des propos publiés en ligne, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les commentaires des articles de médias d’information.

L’extrême droite critiquée

Jean-Sébastien Boudreault regrette que l'influence des mouvements américains d'extrême droite se fasse désormais sentir de ce côté-ci de la frontière. Il note que certains militants ayant accompagné l'arrivée au pouvoir du président Donald Trump sont ouvertement homophobes.

Il déplore aussi les positions prises par des leaders, comme le président brésilien Jair Bolsonaro ou le premier ministre hongrois Viktor Orban, qui ne cachent pas leur inimitié pour les communautés LGBTQ.

Quand les têtes dirigeantes se permettent des discours haineux, les gens se laissent de plus en plus aller. De nos jours, ils le font cachés derrière un écran.

Jean-Sébastien Boudreault, vice-président, Fierté Montréal

Le chercheur Benjamin Ducol poursuit en spécifiant que l’alt-right, la droite alternative, a repris le flambeau de l’extrême droite traditionnellement homophobe. L’alt-right, dit-il, reprend l’idée que l’homosexualité est contre nature, mais a développé un nouveau discours selon lequel la diversité de genres et des orientations sexuelles est en train de pervertir l’identité occidentale.

Les groupes de l’alt-right participent à véhiculer les discours homophobes, transphobes sur les réseaux sociaux, notamment. C’est un enjeu, parce que l’effet de volume participe à normaliser ces discours.

Benjamin Ducol, chercheur, Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence

Comme un retour de balancier

GRIS-Montréal, un organisme qui a pour mission de démystifier les orientations sexuelles et les identités de genre, constate également une recrudescence des propos homophobes. Sa directrice générale, Marie Houzeau, désigne aussi l’extrême droite, mais elle explique également ce phénomène par le dynamisme des communautés LGBTQ.

Elle observe un intérêt croissant sur la place publique pour les dossiers liés aux LGBTQ, mais, selon elle, cela entraîne plus d’espace d'expression pour les discours homophobes. « Comme un retour de balancier », conclut-elle.

Marie Houzeau remarque par ailleurs que davantage de personnes expriment une opinion sur l'homosexualité et que leur argumentation est souvent basée sur des préjugés.

Des gens se disent pour ou contre l’homosexualité, ça devient sujet à débat, comme si on parlait de la ligne rose du métro. Ce sont des questions de droits humains, évidemment ce n’est pas sujet à débat.

Marie Houzeau, directrice générale de GRIS-Montréal

Malgré tout, Marie Houzeau tient à préciser que le sort des LGBTQ au Québec demeure enviable si on le compare à celui de plusieurs pays où la discrimination est une violente réalité. Elle s’inquiète cependant de voir une régression de la tolérance.

« Il ne faut jamais baisser la garde », tranche Jean-Sébastien Boudreault.

Grand Montréal

Communauté LGBTQ+