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Après le coup de force de Salvini, l'Italie est dans l'incertitude politique

Debout en chambre, Matteo Salvini se dresse les mains sur les hanches.

« Il faut rendre la parole aux Italiens [par le vote]. C'est un choix de courage, de cohérence, mais aussi de dignité », selon Matteo Salvini.

Photo : Reuters / Remo Casilli

Agence France Presse

Élections à l'automne ou gouvernement transitoire de techniciens : l'Italie était plongée dans l'incertitude, vendredi, après l'éclatement de la coalition au pouvoir depuis 14 mois, décidé au beau milieu de l'été par le grand favori des sondages, le populiste d'extrême droite Matteo Salvini.

Si des élections sont convoquées, deux solutions sont possibles : un exécutif technique peut être formé pour mener le pays au scrutin, ou le gouvernement actuel peut expédier les affaires courantes dans l'attente du vote.

Matteo Salvini l'a répété lors d'un bain de foule à Termoli : sa priorité est de retourner aux urnes le plus rapidement possible. Son parti a déjà déposé au Sénat une motion de défiance envers le chef du gouvernement, pour accélérer la chute de l'exécutif.

Le chef de la Ligue a transformé son tour des plages, entamé mercredi, en une campagne électorale au pas de course qui le prendra jusqu'en Sicile dimanche.

Juste après avoir décrété la fin de son alliance avec le Mouvement 5 Etoiles (M5S) jeudi, il a profité d'un rassemblement à Pescara pour intimer aux parlementaires de lever leur cul de leur chaise et revenir à Rome pour faire tomber le gouvernement.

Il faut rendre la parole aux Italiens [par le vote]. C'est un choix de courage, de cohérence, mais aussi de dignité.

Matteo Salvini, vendredi à Termoli, après une série d'égoportraits avec des partisans euphoriques

L'annonce du leader populiste a pris de court son désormais ex-allié Luigi Di Maio, chef de file du M5S, et le numéro un du gouvernement Giuseppe Conte, proche du M5S, qui l'ont accusé de vouloir capitaliser sur des sondages favorables plutôt que de se soucier du pays.

Ce qui s'est produit était prévisible, car c'est comme si un mari et sa femme vivaient sous le même toit, mais séparés, a réagi auprès de l'AFP-TV Gaetano Falcone, un retraité romain.

Pour Alfredo Marino, un touriste italien de passage à Rome, la situation de l'Italie peut être améliorée et si la Ligue peut le faire, tant mieux, même s'il s'est dit de gauche.

Selon les médias italiens, la Ligue voudrait que les élections législatives se déroulent dans la seconde moitié d'octobre. Les dimanches 13, 20 et 27 sont évoqués.

La présidente du Sénat a convoqué les chefs des groupes parlementaires de la Chambre haute lundi pour établir avec eux la date à laquelle sera discutée la motion de censure contre le gouvernement, tandis que Matteo Salvini a convoqué le même jour tous les élus de la Ligue.

Salvini devrait étudier la Constitution sur laquelle il a prêté serment et arrêter de traiter le Parlement comme une gêne pour ses projets politiques. L'Italie n'est pas et ne deviendra jamais comme la Hongrie de Viktor Orban

Le député de gauche Federico Fornaro

Quelle que soit la date des élections, la Ligue se présentera en position de force avec 34 % recueillis aux européennes de mai et des sondages qui lui donnent 36-38 % des intentions de vote, lui permettant potentiellement de gouverner seule, ou avec l'appui acquis d'avance du parti post-fasciste Fratelli d'Italia.

L'électorat du Nord riche du pays, qui représente la base sociale de la Ligue, était très fatigué par ce gouvernement, il ne le supportait plus, a assuré à l'AFP Massimo Franco, éditorialiste du Corriere della Sera.

Selon lui, c'est la Ligue qui a imposé la fin de la coalition et dans les faits c'est le parti qui a diffusé en premier un communiqué suivi plus tard de celui de Salvini.

Que décidera le président?

La grande inconnue reste la position du chef de l'État, Sergio Mattarella, qui a seul le pouvoir de dissoudre le Parlement, après consultation des présidents des deux chambres et des dirigeants politiques, et de convoquer un scrutin.

Or, M. Mattarella est notoirement opposé à des élections en septembre-octobre, période où le gouvernement de la troisième économie de la zone euro, très endettée, doit préparer le budget de l'année suivante, en discuter avec Bruxelles et le faire adopter au Parlement.

Un gouvernement expédiant les affaires courantes n'aurait pas le poids nécessaire pour négocier avec Bruxelles, ce qui pénaliserait l'Italie sur les marchés, alors que les taux italiens ont déjà grimpé après les annonces de Salvini.

Le Sénat pourrait se réunir le 20 août pour acter la chute du gouvernement, avec une dissolution du Parlement quelques jours plus tard. De nouvelles élections devraient être convoquées dans un délai de 70 jours, selon la Constitution italienne.

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