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Le Québec inc. réclame au moins 60 000 immigrants par an

Le milieu des affaires québécois veut recevoir 60 000 immigrants par an pour combler la pénurie de main-d’œuvre. Une cible qui va bien au-delà des objectifs du gouvernement.

Un soudeur à son établi, le visage recouvert d'un masque de protection

Un soudeur à l'œuvre

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Romain Schué

Alors que le gouvernement Legault compte progressivement réaugmenter les seuils d’immigration au niveau auquel ils étaient avant la récente baisse promise en campagne électorale, le milieu des affaires prône une augmentation nettement plus importante. Le Québec inc. espère faire entendre sa voix et convaincre l’équipe caquiste lors la commission parlementaire qui se tient cette semaine.

Un seuil « minimal » de 60 000 nouveaux arrivants par an est unanimement évoqué par l’ensemble des représentants du milieu économique, qui défileront tout au long de la semaine devant les députés provinciaux.

Ce chiffre est nettement supérieur aux volontés exprimées début juin par le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette. Après avoir baissé d’environ 20 % les seuils d’immigration, Québec compte admettre à nouveau, d’ici 2022, entre 49 500 et 52 500 personnes, soit approximativement la moyenne des dernières années.

Bien que saluée, cette décision n’est pas jugée suffisante par le Québec inc., puisque près de 120 000 postes restent vacants dans la province.

Face à la pénurie de main-d’œuvre, il est évident que les seuils actuels ne permettent pas de répondre aux besoins du marché du travail. Dans ce contexte-là, l’immigration est la voie privilégiée pour pouvoir y arriver.

Véronique Proulx, présidente de Manufacturiers et exportateurs du Québec

Selon la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), il est plus que temps d’agir. Le gouvernement souhaite se “hâter lentement”, alors qu'à nos yeux, il faut “accélérer le rythme”, mentionne la FCCQ dans son mémoire.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) va encore plus loin. Tout en précisant que la réduction des seuils a soulevé des préoccupations au sein de la communauté des affaires, l’organisation avance l’idée d’accueillir 78 000 nouveaux arrivants en 2022, dans une proportion équivalente au poids démographique du Québec dans le Canada (23 %).

Au total, la province devrait accueillir plus de 300 000 travailleurs étrangers au cours des 10 prochaines années pour combler cette pénurie de main-d’œuvre, conserver la croissance économique et remplacer les départs à la retraite, mentionne le Conseil du patronat du Québec (CPQ).

On n’a pas le choix, clame Yves-Thomas Dorval, président du CPQ.

Vers plus d’immigration économique

Le principal point commun entre le gouvernement et le milieu des affaires est la volonté de sélectionner une proportion plus importante de travailleurs qualifiés. Alors que la proportion de personnes sélectionnées dans la catégorie de l’immigration économique – gérée par Québec – est de 59 % à l'heure actuelle, le ministère de l’Immigration compte l’augmenter à 65 %. C’est par l’immigration économique que le gouvernement du Québec peut choisir les candidats dont le profil correspond le mieux à son marché du travail et ainsi répondre à ses besoins criants en main-d’œuvre, précise la CCMM.

Une augmentation rapide espérée pour diminuer l’inventaire au fédéral

Ce rehaussement des seuils ne devrait d’ailleurs pas se faire progressivement, mais, au contraire, le plus rapidement possible, affirme le CPQ. La raison? « Un goulot d’étranglement » avec le gouvernement fédéral pour l’émission de la résidence permanente.

Le premier ministre du Québec, François Legault, et son homologue fédéral Justin Trudeau

Le gouvernement de François Legault est en discussion avec celui de Justin Trudeau pour différentes questions liées à l'immigration.

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

En raison d’une entente avec Ottawa, Québec a le loisir de sélectionner ses travailleurs qualifiés en leur accordant un certificat de sélection (CSQ). Par la suite, après des vérifications médicales et des antécédents judiciaires, Ottawa délivre la résidence permanente. En revanche, le gouvernement fédéral est obligé de respecter les cibles de Québec et traite donc les dossiers sur le mode « premier arrivé, premier servi ».

Comme le révélait Radio-Canada en février, en raison d’un nombre important de demandes emmagasinées au fil des dernières années, mais aussi de la réduction des seuils fixés par le gouvernement Legault, les délais d’attente au fédéral n’ont cessé d’augmenter. Ainsi, un immigrant sélectionné par Québec doit attendre, en ce moment, en moyenne 22 mois – contre 19 mois en février – avant d’obtenir sa résidence permanente, permettant de travailler sans contrainte dans le pays.

Le fédéral respecte les quotas déjà indiqués et entendus avec le Québec. S’ils ont un inventaire, ils ne pourront pas traiter ceux [qui viennent d’être sélectionnés par Québec] avant d’éliminer l’inventaire qui existe.

Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec

Ces trop longs délais sont problématiques autant pour les candidats que pour les employeurs. Il faut diminuer les délais au fédéral et donc réduire l’inventaire, soutient le CPQ. Sans une hausse des seuils d’immigration, nous traînerons ce même problème encore plusieurs années.

Québec se dit ouvert

Le gouvernement a de son côté indiqué être prêt à « entendre » ces différents intervenants et ne ferme pas la porte à revoir ses cibles.

On avait besoin de prendre un pas de recul pour s’assurer de développer un plan d’immigration qui soit cohérent.

Simon Jolin-Barrette, ministre de l'Immigration

Selon le ministre Jolin-Barrette, baisser les seuils a permis de réparer le système d’immigration et mettre en place toutes les réformes qu’il nécessite.

La décision finale du gouvernement, pour la période 2020-2022, sera déposée d’ici le 1er novembre à l’Assemblée nationale, a-t-il certifié la semaine passée.

Plus de réfugiés au Québec, dit une agence de l’ONU

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Québec devrait considérer d’élever ses niveaux de réinstallation de réfugiés. Son représentant au Canada, Jean-Nicolas Beuze, défendra cette position de l'agence de l’Organisation des Nations unies (ONU) devant les députés provinciaux le 15 août. Les réfugiés ont des connaissances et compétences professionnelles qui répondent aux besoins de main-d’œuvre du Québec, mentionne le HCR, qui évoque la « tradition d’accueil de la province ».

Le gouvernement compte de son côté plafonner ce chiffre à 7500, chaque année, jusqu’en 2022. Entre 2016 et 2018, Québec a admis annuellement près de 9000 réfugiés.

Une grille de sélection à revoir

Qualifiée de boîte noire par la FCCQ, qui déplore le manque de transparence concernant la sélection des immigrants, la grille de sélection devrait également être revue, selon le Québec inc. On est incapable de dire, si on rajoute un point par exemple pour le domaine de formation ou les années d’étude, quelle répercussion ça va avoir sur le profil des immigrants qui vont réussir à passer à travers cette grille-là, explique Alexandre Gagnon, l’un des directeurs de la FCCQ.

En présentant le nouveau système Arrima, le ministre Jolin-Barrette avait déjà admis qu'il avait l'intention de revoir prochainement cette grille.

Une grille de sélectionAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le grille de sélection actuelle a été mise en place le 2 août 2018.

Photo : Capture d'écran

Avec ces changements, en évitant d’accorder trop de points aux plus diplômés, le milieu des affaires espère lutter contre la surqualification des immigrants, dont les compétences ne répondent pas nécessairement aux besoins du marché du travail.

Selon des données récentes de l’Institut du Québec, à Montréal, 63 % des immigrants détenant un diplôme universitaire sont surqualifiés, surpassant ceux résidant à Vancouver, précise la CCMM, qui mise aussi sur une entente avec les ordres professionnels pour la reconnaissance des acquis et des compétences des immigrants professionnels.

Les restaurateurs veulent assouplir le programme des travailleurs temporaires

En compagnie de l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ), le milieu des affaires souhaite également une révision du programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), qui est de compétence fédérale. Des négociations sont d’ailleurs en cours entre Québec et Ottawa, puisque le gouvernement Legault souhaite des assouplissements dans ce programme.

Ce programme est relativement lourd, fait valoir François Meunier, porte-parole de l’ARQ, en mentionnant la difficulté de recruter pour des emplois peu qualifiés (en cuisine notamment) et l'obligation de réaliser une étude d'impact sur le marché du travail, pour justifier l'embauche d'un candidat étranger.

Pour nous, il faut que le gouvernement provincial renégocie ou même rapatrie la gestion du PTET pour tenir compte de la réalité de l’industrie.

François Meunier, porte-parole de l’Association des restaurateurs du Québec

La durée de ce permis devrait passer de un à deux ans, avance Manufacturiers et Exportateurs du Québec. Une revendication qui va dans la ligne de celle de Québec.

Lorsque les entreprises vont recruter ces travailleurs à l’étranger, ils vont passer par des agences pour pouvoir les identifier, les qualifier. Ça peut coûter entre 7000 et 12 000 $ pour un candidat, commente Véronique Proulx, présidente de MEQ. Si vous avez quelqu’un qui vient seulement pour une année, chaque année vous devez recommencer le processus. C’est excessivement coûteux.

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