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Dans un studio de télévision, le maire Jean Drapeau est assis, les mains jointes devant lui.

Le maire Jean Drapeau a régné plus qu'un quart de siècle sur Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

Radio-Canada

Il y a 20 ans, le 12 août 1999, s’éteignait un géant politique : Jean Drapeau. Visionnaire, mais aussi autocrate, le maire Jean Drapeau aura régné plus qu’un quart de siècle sur Montréal. Nos archives retracent le parcours et les réalisations de cet homme passionné de sa ville.

Toute sa carrière, Jean Drapeau l’a consacrée à la vie publique et à sa ville, Montréal.

Maire de Montréal de 1954 à 1957 et de 1960 à 1986, Jean Drapeau voit se succéder sept premiers ministres fédéraux et neuf premiers ministres du Québec au cours de ses huit mandats.

Voulant donner prestige et grandeur à Montréal, Jean Drapeau réalise des projets d’envergure qui frappent l'imaginaire.

Son principal legs : avoir fait de Montréal une ville moderne suscitant le rêve et l’attention du monde entier.

L’homme aux mille projets

Penser Drapeau, c'est penser spectaculaire, c'est penser sans frontières. C'est surtout penser grand.

Le journaliste Gilles Gougeon en 1976

Le 60, 13 janvier 1976

Le 13 janvier 1976, à la veille des Jeux olympiques de Montréal, l’émission Le 60 s’intéresse aux politiques et aux grandes réalisations du maire Jean Drapeau.

À l’inauguration de la Place des arts en septembre 1963, « les Montréalais frémissent d’émotion », décrit le journaliste Gilles Gougeon.

En octobre 1966 arrive le « plus beau métro au monde ».

Le printemps suivant, « les Montréalais explosent de joie et de vanité » avec l’Expo 67, pour laquelle on vient les voir des quatre coins du monde.

C’est aussi sous l’administration de Jean Drapeau que Montréal hérite, en 1969, de la première équipe canadienne du circuit du baseball majeur : les Expos.

Jean-Jacques Bertrand et Jean Drapeau, casquette des Expos sur la tête, dans les gradins bien remplis du stade Jarry.

Jean Drapeau, maire de Montréal, et Jean-Jacques Bertrand, premier ministre du Québec, participent au premier match des Expos, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Francis J. Menten

En 1976, la métropole québécoise s’apprête maintenant à accueillir les Jeux olympiques d’été, mais le dépassement de coûts éveille des préoccupations.

Jean Drapeau réalise des événements d’envergure pour sa ville, mais souhaite-t-il également contribuer au développement économique du Québec? s’inquiète l’économiste interrogé dans cet extrait du 60.

Car Montréal est en train de perdre au même moment son titre de capitale des affaires et de métropole du Canada au profit de Toronto.

Le 60, 13 janvier 1976

« Que pensez-vous que Jean Drapeau a fait pour Montréal? », demande le journaliste dans ce second extrait de l’émission Le 60 diffusée le 13 janvier 1976.

Si certains Montréalais admirent leur maire, d’autres ne se gênent pas pour le critiquer.

Nombre d'entre eux sont fiers du métro et du rayonnement de l’Expo 67, mais ils redoutent maintenant la facture salée des Jeux olympiques.

Il a fait de belles dettes, on est bien organisé!

Un citoyen de Montréal

« Je ne suis pas sûr que c'est important », déclare un Montréalais interrogé sur les JO de 1976, « peut-être pour le prestige, mais d’un point de vue économique, pas certain de ça… »

« Il a fait beaucoup de grosses choses pour les gros, mais disons que pour le Québécois moyen ou le Montréalais, je ne pense pas qu'il a fait grand-chose », résume un autre.

Sous Jean Drapeau, Montréal devient une ville de grandeur.

Le maire semble toutefois peu se préoccuper des problèmes de logement, de planification urbaine et de pollution qu’il laissera à ses successeurs.

L’homme politique

Décès de Jean Drapeau, 12 août 1999

Qui était Jean Drapeau? Un grand homme qui voyait loin ou un petit homme qui voyait grand?

C’est la question que pose le journaliste Gilles Gougeon en retraçant le parcours de Jean Drapeau.

Ce long reportage est diffusé à la mort de Jean Drapeau, le 12 août 1999, au Téléjournal qui lui est consacré.

À 26 ans, le jeune avocat originaire de Rosemont trempe déjà dans la politique.

Farouchement anticonscription, Jean Drapeau est candidat malheureux sur la scène fédérale en 1942 et sur la scène provinciale, en 1944.

C’est à l’aube des années 50 que Jean Drapeau se fait davantage connaître du grand public.

Avec son collègue avocat Pacifique Plante, il s’implique au sein du Comité de moralité publique. La Commission Caron, auquel il participe comme procureur, étale au grand jour le crime organisé à Montréal.

Assis autour de la table, l'animateur Roger Baulu, le maire Jean Drapeau et l'animateur Jacques Normand.

Le maire Jean Drapeau s'amuse avec les Couche-tard Roger Baulu et Jacques Normand en 1961.

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Lors de la campagne électorale municipale de 1954, il ne promet d’ailleurs qu’une seule chose : nettoyer la métropole.

Il gagne son pari et devient du même coup, à 38 ans, le plus jeune maire de l’histoire de Montréal.

Jean Drapeau perd les élections municipales de 1957 contre Sarto Fournier mais reprend le pouvoir en 1960.

C’est d’ailleurs à partir des années 60, pendant son deuxième mandat, que Montréal change de visage et accède au statut de grande ville.

Fiers de leur maire, les Montréalais réélisent Jean Drapeau en 1962 et en 1966.

L’année 1967 constitue un tremplin international pour lui. Cinquante millions de visiteurs venus de partout dans le monde convergent vers Montréal pour l’Exposition universelle.

En 1970, la campagne électorale se déroule en pleine crise d’Octobre. Jean Drapeau refuse de repousser les élections et accuse au passage le parti adverse d’être un nid de felquistes.

Le 25 octobre 1970, c’est avec une majorité jamais vue de 92 % qu’il remporte les élections.

Autoritaire, Jean Drapeau concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Son règne est également caractérisé par des affrontements avec les syndicats, notamment ceux des policiers et des pompiers.

Son projet le plus ambitieux, les Jeux olympiques de Montréal de 1976, deviendra aussi le plus controversé.

En 1976, pour la seconde fois sous son administration, la métropole québécoise s’ouvre au monde. Les JO de Montréal sont un succès, mais leur coût faramineux demeure tout aussi célèbre.

Jean Drapeau est écorché par le rapport Malouf, mais parvient à se maintenir à la tête de Montréal sans plus d’explications.

En 1982, il connaît ses premiers ennuis de santé. Le règne de l’homme affaibli tire à sa fin. Il a perdu son magnétisme et on lui reproche désormais ses lacunes en urbanisme.

Jean Drapeau démissionne le 27 juin 1986. Comme le montre notre long reportage, il peine à terminer son discours, pris par l’émotion.

« Monsieur Drapeau disait toujours que l'activité suprême de la personne, c'est l'activité politique », témoigne son bras droit Yvon Lamarre. « Pour lui, la politique, c'était tout. »

Deux ans après la démission de Pierre Elliott Trudeau et un an après celle de René Lévesque, un troisième géant tire sa révérence.

La scène politique ne sera plus jamais la même.

Le monument

Le Téléjournal, 13 août 1999

Jean Drapeau se fait discret durant les treize années qui suivent son départ de la vie politique.

Au lendemain de son décès, les Québécois prennent la mesure de l’homme.

Les journalistes Daniel Carrière et Alain Picard recueillent les réactions de citoyens et de personnalités publiques pour le Téléjournal du 13 août 1999.

Leurs avis demeurent partagés sur son héritage, mais il ne fait nul doute que Jean Drapeau a changé le visage de Montréal.

« Je n’ai jamais senti d’élément autoritaire chez Jean Drapeau », affirme l’architecte français Roger Taillibert. « C’était un homme précis qui regardait dans le détail toutes les choses ».

« C’est souvent le trait caractéristique des régimes où il y a une très grande autorité, puis une architecture qui est au service de ce pouvoir-là plutôt qu’une architecture qui sert la collectivité dans son ensemble », soutient pour sa part Dinu Bumbaru d’Héritage Montréal.

Les Montréalais réalisent au même moment que le maire Jean Drapeau leur a laissé un grand nombre de monuments, mais qu’aucun ne porte son nom.

En 2000, l’administration de Pierre Bourque renomme le parc des Îles à la mémoire de l'ancien maire.

En plus du parc Jean-Drapeau, la station de métro Île-Sainte-Hélène devient la station de métro Jean-Drapeau en l'honneur de celui qui a présidé à la construction du métro de Montréal.

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