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Quand la charge mentale ne prend pas de vacances

Une femme prend sa tête dans ses mains.

Beaucoup de femmes ont l'esprit trop occupé par la charge mentale pour vraiment se ressourcer pendant les vacances.

Photo : getty images/istockphoto / nicoletaionescu

Fanny Bourel

Préparer les bagages, réserver les billets d’avion, planifier des activités, penser à appliquer de la crème solaire aux enfants, prévoir des collations pour le trajet en voiture... La charge mentale qui pèse sur les épaules des femmes tout au long de l’année ne s’efface pas une fois l’été arrivé. Témoignages et conseils.

« Je ne vois pas mes vacances en famille comme des vacances! Comme je suis responsable de tout, mes congés ressemblent plutôt à un travail d’organisatrice. J’en profite peu, mais je suis satisfaite de voir mes enfants se faire de beaux souvenirs », explique d’emblée Myriam quand elle raconte son voyage en roulotte dans les Maritimes avec son conjoint et leurs deux enfants.

Les témoignages similaires à celui de Myriam ont fusé lorsque nous avons appelé des internautes à nous faire part de leur expérience sur les réseaux sociaux.

En effet, le partage des tâches liées aux vacances reste déséquilibré au sein de nombreux couples hétérosexuels, qu’ils soient parents ou non.

Les femmes accomplissent tout un travail qui ne se voit pas forcément, mais qui permet à l’ensemble de la famille de passer de bonnes vacances.

Camille Robert

Cette doctorante et chargée de cours au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) s'est penchée sur l'histoire du combat féministe pour la reconnaissance du travail ménager dans un livre. Elle a également codirigé l'ouvrage Travail invisible : portraits d’une lutte féministe inachevée.

S’improviser agente de voyage

On verra sur place, c’est ce que le fiancé d’Anaïs lui a dit avant qu’ils s’envolent pour les Philippines cet hiver. Le couple de vingtenaires sans enfant a l’habitude de partager les tâches ménagères.

Pourtant, c’est elle qui a pris en charge l’organisation de ces trois semaines passées sous le soleil, de la réservation des billets et des chambres d'hôtel à l’établissement de l’itinéraire en passant par la prise d'informations sur les lieux à visiter à chaque étape de leur parcours ou encore sur les horaires de bus.

La seule mission de mon conjoint était de lire le guide de voyage qu’on avait acheté, mais une fois sur place, il s’est rendu compte qu’il avait oublié de le glisser dans son sac, se rappelle-t-elle.

Résultat, la jeune Montréalaise avait la tête trop occupée pour se détendre. Les vacances sont faites pour que l’esprit se ressource, mais mon mental ne s’est pas reposé les premiers jours, dit-elle. La seule fois où elle a pu vraiment déconnecter du travail et des tâches, c’est lorsqu'elle est partie seule en voyage dans les Rocheuses, sans personne de qui il fallait s’occuper.

Le coût psychologique des vacances

Des femmes stressées par les vacances, la médecin et psychothérapeute Aurélia Schneider, autrice du livre La charge mentale des femmes, en voit régulièrement dans ses consultations. Gérer les vacances représente un coût psychologique pour les femmes, à qui incombe souvent le fait de penser à aller à la pharmacie avant de partir ou de trouver des idées de menus une fois à destination, constate-t-elle.

Cette gymnastique mentale incessante et énergivore génère de l’anxiété et de la fatigue pour bien des femmes, déjà épuisées par leur quotidien.

Quitter ses repères, faire face aux imprévus, composer avec l’incertitude peut empirer la situation, ajoute Aurélia Schneider.

Un avis que partage Myriam, qui a commencé la planification des vacances il y a cinq mois. Sur la route, tu as seulement une glacière et pas de four. S’approvisionner en aliments et préparer le souper est plus compliqué, surtout quand ton enfant est allergique.

Et les hommes dans tout ça? 

Les hommes prennent eux aussi en charge des responsabilités lors des vacances. Le conjoint de Myriam assure la conduite de la fourgonnette qui tire la roulotte. Certains s’occupent du barbecue, d’autres, de l’entretien du chalet.

« On surestime la part des hommes et on sous-estime celle des femmes. Les hommes accomplissent souvent des tâches plus ponctuelles et plus visibles que les femmes », tempère Camille Robert, soulignant le fait que les filles sont davantage éduquées pour s’occuper des autres que les garçons.

Lorsqu’ils sont mis devant la réalité du déséquilibre dans le partage de l’organisation des vacances, plusieurs hommes répondent à leur conjointe la même phrase que le fiancé d’Anaïs : Tu fais ça tellement mieux que moi..

En effet, avec l’habitude, les femmes exécutent certaines tâches plus efficacement que leur conjoint. Quand il s’est essayé à réserver des nuits d’hôtel, il était tellement plus lent que moi que je me suis dit qu’il valait mieux que je m’en occupe, raconte-t-elle.

Une attitude qui contribue à entretenir la spécialisation de la femme dans certaines tâches et les inégalités dans la répartition du travail, croit Camille Robert. Cela prend peut-être plus de temps sur le coup, mais cela évite de maintenir le statu quo à long terme.

Des pistes de solution

Faire évoluer les modèles et les représentations sociales alimentant les inégalités entre les sexes prend du temps. Comment alors alléger la charge mentale des femmes?

Communiquer avec sa moitié arrive en numéro un des conseils donnés par nos deux spécialistes. « Nommer les tâches réalisées permet de rendre visible le travail effectué », explique Camille Robert. Parler a aussi été positif pour Anaïs et son fiancé. Je me suis sentie reconnue dans ce que je faisais pour nous deux, dit-elle. Et puis, cela désamorce des conflits.

Aurélia Schneider conseille, même si l'on aimerait que son conjoint décide spontanément de prendre en charge le dîner, d’exprimer explicitement à l’autre ses besoins en lui demandant de s’occuper des sandwichs. La télépathie n’existe pas dans le couple, souligne-t-elle.

Plutôt que de déléguer des tâches, elle préfère parler de partage du travail. Elle conseille de donner à l’autre des tâches à effectuer de A à Z et de le laisser les faire à sa façon.

Quand on délègue, on reste responsable, on surveille la bonne exécution du travail. La charge mentale se fait toujours sentir, car la tâche reste dans un coin de la tête. Or, l’objectif est de ne plus y penser.

Aurélia Schneider

Si c’est possible, la psychiatre préconise également de ne pas partir en vacances dès la sortie du bureau. Cela fait perdre du temps “psychologique” de vacances, précise-t-elle. Si l'on part déjà fatiguée et stressée, on va mettre deux ou trois jours à se sentir vraiment en vacances.

Le mirage des réseaux sociaux

Autre facteur aggravant de la charge mentale : les photos idylliques publiées sur les réseaux sociaux. Avoir l’impression que les autres passent des vacances idéales peut renforcer nos attentes envers les nôtres, qu'on voudrait parfaites.

Le perfectionnisme fait partie, avec le manque de confiance en soi et la difficulté à gérer les imprévus ainsi que son temps, des facteurs qui rendent une personne plus vulnérable à la charge mentale, explique Aurélia Schneider, qui met en garde les femmes contre la tentation de vouloir trop en faire ou de planifier les vacances à l’excès.

Pour relaxer davantage pendant ses congés, il est également possible de mettre ses enfants à contribution (Nouvelle fenêtre), selon leur âge.

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